Témoignage: le polyamour est-il la meilleure façon d’aimer ?

Mis à jour le 16 février 2018 par ELLE Belgique
Témoignage: le polyamour est-il la meilleure façon d’aimer ?

 

Le polyamour c'est refuser l’exclusivité, vivre sa vie amoureuse avec honnêteté. Et si c’était la meilleure façon d’aimer ?

  • Le polyamour, c’est quoi ?

> C’est avoir la possibilité d’être amoureux de plusieurs personnes en même temps et de s’impliquer dans plusieurs relations sans que personne n’en souffre. Il implique donc le consentement de chacun.

> Vivre une histoire à l’insu de son partenaire en faisant tout pour la lui cacher n’est pas du polyamour mais de l’infidélité. La notion de confiance, d’honnêteté, de transparence n’est pas là.

> Le polyamour, ce n’est pas non plus de l’échangisme qui consiste en une non-exclusivité sexuelle, mais sexuelle seulement, et pas affective.

> Quand à la polygamie, elle implique la vie conjugale à plusieurs, ce qui n’est pas une condition du polyamour.

  • Témoignage

Pendant très longtemps, j’ai eu une vision plutôt classique du couple. J’ai été mariée pendant six ans à un homme infidèle, et j’en ai beaucoup souffert. J’étais irréprochable et j’ai découvert qu’il avait des aventures sexuelles régulières en fouillant dans son téléphone. Crises, excuses et pardon. Une boucle infernale. J’étais d’une suspicion et d’une jalousie terribles. Le surveiller me prenait toute mon énergie et mon temps. Il possédait toutes les qualités que je pouvais espérer mais ce que j’avais fini par étiqueter comme « son besoin pathologique de séduire et son manque d’amour pour moi » ont eu raison de nous. J’ai fini par le quitter et refaire ma vie avec un autre homme, Laurent.

Je l’ai rencontré il y a quatre ans. Nous sommes heureux, comblés. Dès le départ, je lui ai demandé d’établir une sorte de contrat de fidélité totale entre nous. Pas question d’entretenir la moindre relation ambiguë avec qui que ce soit. J’avais besoin d’être entièrement rassurée car mon mariage m’avait laissée très fragilisée. Laurent a refusé. « Je t’aime, tu me combles, je veux vivre avec toi et te rendre heureuse, mais je ne peux pas te garantir que je n’aurai jamais envie, tout le reste de ma vie, de séduire quelqu’un d’autre. » Je n’ai pas eu peur. Laurent est quelqu’un de bien, avec une sensibilité et un bon sens hors du commun. Je l’aime profondément. Nous sommes vraiment des âmes sœurs.

Nous avons alors convenu que s’il lui arrivait d’être troublé par une autre femme, il ferait tout pour me protéger et pour faire en sorte de ne jamais me faire souffrir. Nous venions de souder notre relation par une notion qui m’était étrangère : le respect de l’autre mais aussi le respect de soi.

Le respect dans le couple, j’avais toujours pensé que ça consistait à oublier son individualité, certains désirs et envies pour faire place à différentes formes de concessions. Avec Laurent, je comprenais qu’il n’était pas nécessaire de s’oublier pour mieux aimer. Ce qui compte, dans un couple, c’est d’alimenter le quotidien, d’entretenir le désir, le plaisir d’être ensemble, la complicité. De bâtir des fondations, de communiquer, de faire en sorte que tous les efforts qu’on fait soient tournés vers la solidité, la durabilité. C’est de tout faire pour aller bien, soi-même, et de pouvoir ainsi insuffler une énergie sans cesse renouvelée dans le « nous deux ». Pour certains, il peut s’agir de s’épanouir dans le travail, dans un loisir, dans une passion. Pour d’autres, cela peut prendre d’autres formes. Alors quand j’ai rencontré David, je n’ai pas eu peur pour mon couple.

J’ai été bouleversée par cet homme qui se trouve être très différent du mien. Il est beaucoup plus âgé que Laurent, il a une vision étonnante à propos des choses et de la vie. Il m’ouvre d’autres horizons. Il m’attirait intellectuellement et physiquement mais je ne voulais pas être « infidèle » au sens propre du terme. Je ne voulais pas de rendez-vous à la sauvette, de mensonges, de dissimulation. Après m’être assurée qu’il s’agissait d’une histoire d’amour sincère et que les intentions de David étaient claires, qu’il était d’accord de partager certains moments de ma vie sans me vouloir pour lui seul (si ça n’avait pas été le cas, nous en serions resté là), j’ai parlé à Laurent. Je lui ai expliqué que nous allions devoir affiner les termes de notre « contrat de couple ». Que j’avais besoin de vivre quelque chose avec David sans que nous en souffrions. Que ça allait me rendre plus forte, plus joyeuse. Nous avons donc convenu qu’un soir par semaine, parfois plus, je serais libre de retrouver David. C’est aussi simple que ça.

Pour le moment, Laurent ne vit pas d’aventure de son côté. Mais on sait tous les deux que ça peut arriver. Personne ne se sent trahi ou lésé. Je ne dois pas me cacher si je dois passer un coup de fil à David, mais dans la mesure du possible, je fais en sorte de ne pas le faire entrer dans notre vie de tous les jours à Laurent et moi. Je ne parle pas de lui, je ne donne pas de précisions quant à nos activités, j’essaye de ne pas fréquenter d’endroits où je pourrais rencontrer nos amis (qui sont pour la plupart au courant mais que je ne veux pas mêler à cette partie-là de ma vie).

Et pour David, tout est clair également : je ne quitterai jamais Laurent, je ne veux pas vivre avec lui, ça n’arrivera jamais. Comme c’est un ours solitaire, ça lui convient très bien. Les moments que nous passons ensemble sont incroyables, et il n’est pas toujours question de sexe. Nous passons parfois plusieurs semaines sans nous toucher. On va au resto, on visite des expos, on parle toute la nuit… Tout ce que Laurent voit, c’est que je suis heureuse, équilibrée, épanouie. Notre vie de tous les jours s’en ressent. Je suis plus attentionnée, plus attentive, et ce n’est pas motivé par la culpabilité mais simplement par l’amour intense, profond et durable que j’éprouve pour celui qui a l’intelligence de me laisser vivre ma vie. J’ai tellement de chance. »

Propos recueillis par Juliette Debruxelles

  • Et quand on est celui qui ne polyaime pas ?

Aimer à choix multiple de cette manière, c’est épanouissant. Mais pour le conjoint qui, lui, n’est amoureux de personne d’autre, c’est comment ? Difficile, sans doute, même si se réjouir du bonheur de son partenaire avec sincérité est une incroyable preuve de générosité. Il faut que chacun y trouve son compte, que la souffrance ne vienne pas perturber le contrat bien ficelé. Et parler, beaucoup, souvent, pour réévaluer les sentiments.

Il existe des pistes pour se libérer de la jalousie, pour vivre des relations épanouies dans le respect de l’autre et avec son consentement. Dans « La Salope éthique », on apprend comment réussir une relation non exclusive à long terme, comment aimer d’une manière ouverte plutôt qu’en trompant son partenaire. Des réponses pratiques à des questions inévitables. Une bible.

« La Salope éthique : Guide pratique pour des relations libres sereines », de Dossie Easton et Janet W. Hardy (Tabou Èditions).

  • Le vocabulaire polyamoureux

La compersion

C’est être heureux de savoir son partenaire heureux dans une relation avec quelqu’un d’autre. L’inverse de la jalousie et de la possessivité, en somme.

La fidélité

N’a plus son sens ordinaire chez les polyamoureux. Elle devient synonyme d’« honnêteté et confiance ».

La hiérarchie relationnelle

Certains polyamoureux hiérarchisent leurs relations : « relation principale » avec son conjoint et « relations secondaires » avec les personnes avec lesquelles elles vivent une histoire parallèle.