Dans les années 1960, Jackie Onassis et Audrey Hepburn ont élevé les lunettes de soleil XXL au rang d’accessoire culte. Un héritage que prolongent aujourd’hui les modèles aperçus au défilé Celine de Michael Rider. Parmi tous les accessoires qui dominent le vestiaire estival, les lunettes de soleil maximalistes semblent en effet avoir pris une longueur d’avance. Outre le succès des modèles Celine, des célébrités comme Rihanna, Dua Lipa, Jennifer Lawrence et Rosalía portent toutes des montures éclectiques qui affichent une véritable « main character energy ».

Ces lunettes exubérantes ne se contentent pas de dissimuler le visage à l’heure de l’hypervisibilité. Elles affirment aussi immédiatement une personnalité. Et pourquoi s’en priver ? Alors que la mode s’éloigne progressivement de son obsession pour le luxe discret, l’expression personnelle et le récit construit à travers les vêtements reviennent au premier plan. Avec les imposantes lunettes aviateur aux formes bombées et les boucles d’oreilles chandelier de Saint Laurent, on peut se glisser dans la peau d’une mondaine excentrique. Les lunettes masque futuristes de Balenciaga permettent, elles, de composer une allure de créature venue d’ailleurs. Loewe, Miu Miu, Chloé et Celine ont toutes présenté des lunettes de soleil affirmées sur les podiums de l’automne 2026.

Loewe automne 2026Celine automne 2026Paris Hilton et Nicole Richie avec leurs lunettes signature, 2004

Au début des années 2000, lorsque la culture des paparazzis battait son plein, Nicole Richie, Paris Hilton et les sœurs Olsen ont inauguré une nouvelle ère pour les lunettes surdimensionnées. Tout l’intérêt de ces modèles expressifs réside dans leur capacité à dissimuler le visage tout en affichant un parti pris stylistique.

Les verres noirs opaques créent instantanément une part de mystère. Ils possèdent aussi une réelle force visuelle, précisément parce qu’ils masquent naturellement une partie du visage et donnent envie de se demander « Qui est-elle ? ». Dans un quotidien où il faut constamment se tenir prête à passer devant un objectif, entre les réunions sur Zoom et les publications incessantes sur les réseaux sociaux, une paire de lunettes XXL permet aussi de sortir sans maquillage en toute discrétion.

Elle aide également à préserver le peu d’intimité qu’il nous reste à une époque où chacun semble constamment observé. Il n’est d’ailleurs pas anodin que ces grandes lunettes protectrices s’imposent au moment même où les femmes doivent craindre d’être filmées à leur insu par des hommes équipés de lunettes connectées. À ce titre, porter une monture audacieuse a quelque chose de libérateur, tout en offrant une nouvelle forme d’armure au visage.

La mode étant cyclique, nombre de ces nouvelles lunettes excentriques puisent dans des modèles anciens imaginés par Courrèges et Pierre Cardin dans les années 1960, ou encore par Karl Lagerfeld pour Chanel dans les années 1990. C’est notamment pour cette raison que des créatrices de contenu comme Christina Grasso recherchent en seconde main des lunettes Chloé, Celine, Miu Miu ou Tom Ford. Elles s’inspirent des modèles portés par Jane Birkin dans La Piscine, Małgorzata Braunek dans Hunting Flies, mais aussi par Sharon Tate et Sophia Loren.

« J’aime les grandes montures pour la même raison que je suis attirée par les vêtements noirs. En tant que personne sensible, je les perçois comme une forme d’armure, mais aussi comme un détail amusant devenu essentiel dans ma garde-robe », explique Christina Grasso. « C’est un accessoire de caractère. Porter des lunettes oversize, c’est un peu comme incarner une version amplifiée de moi-même, ce qui est, à mes yeux, tout l’intérêt de la mode. Et elles me remontent instantanément le moral. »

Comme beaucoup d’entre nous, elle a grandi en considérant les sœurs Olsen comme sa boussole stylistique. Pendant plus de dix ans, une photo d’elles portant les lunettes Chanel surdimensionnées à verres dégradés de la collection printemps-été 2007 est restée accrochée à son mur.

De son côté, la styliste maximaliste Sara Camposarcone a grandi bercée par les lunettes de soleil de Lady Gaga, des modèles aviateur des années 1990 ornés de chaînes dorées aux créations iconiques et exubérantes issues de la collaboration Jeremy Scott x Linda Farrow.

« Je considère surtout les lunettes de soleil comme un accessoire capable de réveiller une tenue. Toute paire suffisamment audacieuse pour donner du caractère à mon look me correspond », explique-t-elle. « J’aime particulièrement les montures des années 1970. Plus elles sont grandes, mieux c’est. Elles conviennent bien à mon visage et à mon style excentrique, et j’ai une préférence pour les modèles d’époque. »

Aucun autre accessoire ne permet de préserver une part d’anonymat tout en construisant un personnage avec autant d’efficacité que les lunettes de soleil XXL.

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