Vendredi 12 juin, sous la verrière du Studio 27 à Bruxelles. Une scénographie festive en sobriété – de longues tables et des bancs recouverts de feuilles d’alu épais – accueillait cent invités, pour la plupart acteurs majeurs de la mode, triés sur le volet. Les étudiants de Master, promotion d’excellence attentivement observée par tous les grands studios de création et les chasseurs de tête, présentaient leur collection de fin d’année aux plus grands noms du métier. Parfois le rouge aux joues, mais l’esprit affûté : c’est toute la philosophie de l’Ecole.
« Je suis d’autant plus motivé à pousser une mode prospective, à l’inverse de la globalisation et de l’aplanissement ». – Tony Delcampe
Matthieu Blazy (Directeur Artistique de Chanel), Anthony Vaccarello (Directeur Artistique de Saint Laurent), Nicolas Di Felice (Courrèges), Marine Serre, Julien Dossena (Directeur Artistique de Rabanne), Cédric Charlier, Marie Adam-Leenaerdt, Julian Klausner (Dries Van Noten), Louis Gabriel Nouchi et Olivier Theyskens, parmi d’autres professionnels qui font avancer la mode comme expression de l’époque, tous diplômés de la prestigieuse école bruxelloise, participaient à ce jury iconique. Pour les élèves qui présentaient leur travail, la tension était forcément particulière, mais l’attention qui leur était portée, déterminante.
Depuis 40 ans, La Cambre Mode[s] redéfinit le langage d’une mode prescriptrice
Son enseignement exigeant permet aux élèves d’accéder à l’essence de leur créativité, pour proposer une justesse narrative dans une industrie qui a tendance à perdre de sa pertinence. Lui-même diplômé de La Cambre, Tony Delcampe a pris la tête de l’Atelier Mode en 1999. La pédagogie qu’il a développée avec son équipe accouche de talents plébiscités par les grands groupes du luxe, par les maisons de création qui bougent les lignes, par les marques qui considèrent encore la mode comme un art du quotidien à l’essence pratique.
« J’ai toujours avancé sans me retourner, mais à l’occasion des 40 ans de l’Ecole, j’ai pu mesurer son impact. Les alumni qui avaient fait le déplacement pour soutenir la nouvelle génération de créateurs ont témoigné combien La Cambre avait influencé, et déterminé, toute leur carrière. Ça m’a aussi rassuré sur notre ligne pédagogique, qui est souvent à contre-courant. Nous plaçons les vêtements avant toute autre considération. C’est une pensée, un propos, et quand je vois tout le carnaval actuel qui puise dans la nostalgie, je suis d’autant plus motivé à pousser une mode prospective, à l’inverse de la globalisation et de l’aplanissement ».
Cette école publique, dont les diplômés occupent une grande partie du calendrier des défilés pendant les fashion weeks, sélectionne ses étudiants sur leur vision, leur capacité à évoluer et leur talent, non sur leur capacité à régler des frais d’inscription d’établissements privés. L’enseignement est (très) exigeant, permettant de repositionner la mode comme art appliqué avec une dimension rationnelle, perspicace et désirable.
Retrouvant ces anciens élèves à la carrière éloquente, Tony Delcampe a souligné que cette édition spéciale l’avait « profondément touché ; je savais qu’il y avait un lien fort entre tous mes étudiants, stars ou plus discrets, mais à l’occasion de ce jury, j’ai pu voir la réalité de cet esprit d’Ecole, qui était plutôt un ressenti depuis longtemps. J’ai réalisé que tout ce que nous construisons est réel. Ils étaient tous présents à l’appel, pour des retrouvailles très simples, sincères. On se parle parfois par messages ou téléphones, mais ce soir, nous avons partagé, nous nous sommes embrassés. J’ai pu observer le résultat de notre engagement pédagogique et mesurer son impact sur leur parcours. Nous continuerons de placer la barre de plus en plus haut. Je veux continuer à défendre le savoir-faire et le savoir-être ».
Les 8 Masters 2026, qu’on retrouvera bientôt dans les meilleures maisons, ou impliqués à fonder la leur
Marie Scerri
Des motifs remixés pour créer des associations fortes d’imprimés éloquents. Sa démarche est artistique dans le sens d’une réflexion spontanée, et ses constructions, millimétrées, structurées sans se départir de leur fluidité.

Marie Scerri © Etienne Tordoir & Jérémie Leconte / Catwalkpictures
Théodora Hadj Moussa Laublé
Une approche plastique, voire sculpturale et fonctionnelle, qui projette en vêtements une inspiration nourrie de constructions brutes.

Theodora Hadi Moussa © Etienne Tordoir & Jérémie Leconte / Catwalkpictures
Fantin Delattre
Des constructions de sangles et de structures imbriquées pour valoriser l’interaction des matières, dans un jeu de références animalières.

Fantin Delatre © Etienne Tordoir & Jérémie Leconte / Catwalkpictures
Lalou Weyrich
Une réflexion fondée sur le principe des livres pop-up, pour une collection en origami de pliages et de nouages.

Lalou Weyrich © Etienne Tordoir & Jérémie Leconte / Catwalkpictures
Manon Schied
Une collection fondée sur l’étude du vestiaire lesbien des années 30, et qui adapte les codes masculins pour retrouver le féminin.

Manon Schied © Etienne Tordoir & Jérémie Leconte / Catwalkpictures
Alexandre Piron
Le tailoring décomposé-recomposé et la réinterprétation des angles qui apportent de la rondeur à une collection aux volumes étudiés.

Alexandre Piron © Etienne Tordoir & Jérémie Leconte / Catwalkpictures
Adrien van Nuffel d’Heynsbroeck
La transversalité des vêtements entre les genres, qui repense les codes du masculin, l’usage des matières et l’interprétation des motifs.

Adrien van Nuffel d’Heynsbroeck © Etienne Tordoir & Jérémie Leconte / Catwalkpictures
Loïc Bernier
L’extrapolation des codes du masculin par des jeux de prothèses, avec une exploration des matières techniques qui fusionnent avec le corps.

Loïc Bernier © Etienne Tordoir & Jérémie Leconte / Catwalkpictures