De Sofia à Bruxelles, en passant par les affiches de propagande communiste et les grandes agences de pub internationales, Christo Christov a connu plusieurs vies avant de trouver sa voix dans le relief discret d’un simple ruban de lettrage.

Son parcours a des airs de roman. Né un 27 janvier 1968 à Sofia, d’une mère ingénieure et d’un père musicien (batteur de jazz, rien que ça), il grandit entre passion artistique et blessure familiale. « Cet enfant dessine très bien, il sera artiste ! » s’exclame sa maîtresse d’école.
« Jamais ! Son père m’a quittée avec un bébé dans les bras. Plus d’artistes chez moi ! » était la réponse de sa mère.

Mais le destin, têtu, n’en fait qu’à sa tête.

L’adolescence de Christo se déroule sous le régime communiste. Un cadre paradoxal qui aiguise son regard et son amour de la typographie. À l’école primaire, il est déjà l’assistant du prof de dessin, spécialiste des slogans et affiches de propagande. Puis vient l’armée : entre 1987 et 1989, dans une base de missiles mobiles, il calcule des trajectoires, cartographie des paysages et en profite pour peindre des fresques pour l’Armée rouge.

Octobre 1989, tout bascule. La chute du communisme libère les frontières et les imaginaires.

« Je rêvais de faire de la publicité comme en Europe de l’Ouest. Sous le régime communiste, la pub n’existait tout simplement pas. »

En 1992, direction Bruxelles. Christo est admis à l’Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles, dont il sort major de promo, félicitations du jury et prix Young & Rubicam. S’ensuit une longue et brillante carrière de directeur artistique dans des agences prestigieuses : Young & Rubicam, Publicis, GBH, Gelder. Pendant près de trente ans, il façonne l’image de marques aussi variées que Breitling, Guinness, Caterpillar, Red Bull, ING ou les Bieres Corona Extra. Il dessine des lignes de vêtements, des montres en série limitée, des bijoux, des sacs pour Eastpak. Un créatif touche-à-tout, amoureux des mots et des formes.

Puis vient 2022, une nouvelle réinvention. Christo Christov crée ses premières œuvres à partir de rubans de lettrage 3D embossés, ces petites machines d’étiquettes qu’on trouvait souvent dans les maisons et dans tous les ateliers d’antan. Tableau, sculpture, écriture, typographie et dessin sont assistés par des vidéos et de la musique, créées et jouées également par l’artiste. Son art multidimensionnel et ses œuvres – NAYEM, Propaganda, LennonLand, Mamy Blue, Sol Major et bien d’autres encore,  interrogent la mémoire, le langage, le relief du sens et posent des questions.

Aujourd’hui, dans ses lieux de travail à Bruxelles et à Sofia, chaque œuvre ressemble à un manifeste silencieux : la matière y prend la parole, les mots y prennent du volume, et l’espace entre les lettres devient sculpture à part entière.

©Christo Christov

Cet article a été rédigé en étroite collaboration avec Christo Christov.