Quarante ans, ça commence à faire beaucoup de mèches coupées. En 1985, le salon Dessange de la Grand Place ouvrait ses portes. Aujourd’hui, il est toujours là, toujours plein, et ses coiffeurs connaissent parfois mieux la vie de leurs clientes que leurs propres voisines. Ce n’est pas qu’une adresse de plus dans le centre de Bruxelles : c’est un lieu où se croisent les générations, les tendances et les confidences, le tout rythmé par le bruit rassurant du sèche-cheveux.
De Paris aux pavés bruxellois
On ne présente plus Dessange. La Maison fondée dans les années 50 par Jacques Dessange, celui qui maniait le carré comme personne et coiffait les stars de Cannes, a grandi bien au-delà de la France. L’enseigne s’est exportée partout, mais son ADN est resté le même : expertise, élégance et un petit supplément de chic très hexagonal.
À Bruxelles, l’histoire commence donc en avril 1985. Au cœur de la Grand Place, ce salon est devenu une institution sans jamais perdre son ancrage. Les clientes s’y pressent pour une coupe ou une couleur, mais reviennent surtout pour retrouver “leur” coiffeur, celui qui sait comment elles aiment leur frange ou à quel moment elles osent (ou pas) éclaircir leurs pointes. C’est peut-être ça, la vraie clé du succès : la continuité. Pierrot, manager depuis 35 ans, a vu défiler des générations entières de collaborateurs. Certains sont restés quinze, vingt, trente-cinq ans. Autant dire qu’ici, la fidélité se cultive des deux côtés du miroir.
Coupes, mariages et quelques secrets bien gardés
Dans les fauteuils, on parle de tout. D’un futur mariage, d’une rupture, du boulot qui stresse ou du voyage qui approche. Certaines clientes sont venues pour leur chignon de mariée dans les années 90 et reviennent aujourd’hui avec leur fille pour son grand jour. Entre-temps, elles auront partagé d’innombrables brushings et sans doute quelques confidences. On ne compte plus les histoires de vie qui se sont écrites entre ces murs, comme si le salon était un témoin discret des grandes étapes.
Bien sûr, il y a eu des évolutions. Un lifting complet du lieu pour lui redonner un coup de frais, une réouverture fêtée avec cocktail et défilé. Des prix d’excellence reçus pour saluer le service. Et ces formations régulières, deux fois par an, où l’équipe découvre les nouvelles collections de la maison aux côtés de Sébastien Maurizio, l’expert couleur Dessange. Mais au fond, ce qui marque le plus, c’est cette ambiance mi-professionnelle, mi-familiale, qui fait que la plupart des clientes ont fini par oublier le nombre d’années qu’elles viennent ici.
Pour les 40 ans, le salon s’est offert une petite fête en continu. Une vitrine habillée aux couleurs de l’événement, des polos noirs griffés “anniversaire” et, le week-end, champagne et mignardises. Rien de grandiloquent, mais assez pour rappeler que si le lieu existe encore, c’est grâce à celles et ceux qui le font vivre au quotidien.
<p>© Julien Vermeiren</p>
<p>© Julien Vermeiren</p>
<p>© Julien Vermeiren</p>
Rester actuel sans trahir son ADN
Quarante ans plus tard, le salon est toujours là, au milieu des enseignes qui vont et viennent. Pas besoin de slogans : il suffit de pousser la porte pour comprendre que ce qui marche ici, c’est la constance. On ne promet pas des révolutions capillaires tous les six mois, mais des coupes qui tiennent la route et un accueil qui ne se démode pas.
On peut trouver plus branché, plus alternatif, plus expérimental ailleurs. Mais ce que l’on trouve ici, c’est la sensation de se sentir accueillie, reconnue, parfois même devancée dans ses envies. Et dans une époque où les salons ouvrent et ferment au rythme des modes, tenir quarante ans au cœur de Bruxelles, ça dit tout.
Alors oui, Dessange Grand Place fête son anniversaire. Mais plus que ses quarante ans, c’est une certaine idée de la fidélité et de la beauté qu’il célèbre : celle qui traverse les générations, se transmet de mère en fille et résiste à tout, même aux années 80.