Se “déguiser en noir”, oui, c’est raciste !

Mis à jour le 16 février 2018 par Juliette Debruxelles
Se “déguiser en noir”, oui, c’est raciste !

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Déjà la formulation fait bondir. Mais soit. Car les réactions au “blackface” ne sont pas encore comprises de tous. D’ailleurs, on en parle dans le ELLE Belgique d’avril, en librairie dès aujourd’hui.

Les exemples sont légions. Une de nos collègues du ELLE France, il y a quelques années, avait déclenché une polémique qui avait dépassé les frontières en postant une photo d’elle grimée en Solange Knowles – dont elle est fan – sur les réseaux sociaux. Le week-end dernier, notre ministre MR des Affaires étrangères, Didier Reynders, se baladait, comme chaque deuxième samedi de mars, le visage noirci, accompagné de sa bande de potes (dont Yvan Mayeur, bourgmestre de Bruxelles), baptisés « Noirauds ». Un folklore datant de 1876, créé à des fins caritatives, mais qui choque, à juste titre, aujourd’hui.
Alors oui, « On a toujours fait comme ça ». Non « On ne peut plus rien dire ou rien faire ». Oui « Il y a des choses plus importantes qui se passent dans le monde » et « C’est quand même incroyable qu’on ne puisse même plus se peindre le visage si ça nous chante ».
Sauf que le #blackface, c’est clairement insultant. Et il n’y a qu’à lire des témoignages recueillis dans le ELLE Belgique d’avril pour s’en convaincre.
Certains sont catégoriques, d’autres apportent des nuances.
Comme Patrick, belge d'origine congolaise : « Théoriquement, il ne devrait y avoir aucun problème à « se déguiser en noir » pour témoigner de son admiration envers une star à la peau noire. Idem pour une personne de peau noire qui désire se mettre dans la peau d’une personnalité blanche. Mais pourquoi est-il nécessaire de se maquiller le visage en noir ou en blanc ? N’y a-t-il donc aucun autre moyen de décrire ou de représenter une personne au physique différent ? Je pense qu’il est dangereux de prendre à la légère les conséquences de certains actes, même si ceux-ci sont posés avec la plus grande des innocences. « Il y a des trucs à ne pas dire à un peuple déjà décapité » et qu’on le reconnaisse ou non, que l’on soit averti ou non, l’Histoire atteste du fait que le peuple noir est, malheureusement, un des peuples les plus victimes de la bêtise et de l’ignorance humaine. Si l’Histoire était décrite et apprise de manière plus neutre et globale, on saurait qu’on ne peut pas rire de tout, de n’importe qui et n’importe comment. Bref, se déguiser « en noir », oui, mais en considérant l’ensemble des attributs qui définissent un Homme noir. Le tout afin d’éviter de blesser, offusquer un ensemble de personnes au passé encore fort douloureux. »

Pour Marie, les choses sont plus tranchées : "Se déguiser en noir n’est pas acceptable car c’est un acte raciste. Au 19ème siècle, les minstrel shows, ces spectacles burlesques dans lesquels des comédiens blancs se grimaient en Noirs afin de ridiculiser ceux-ci, avaient énormément de succès outre-Atlantique. Ces représentations ont contribué à renforcer les stéréotypes négatifs sur les Noirs en les dépeignant comme des personnes vulgaires, paresseuses, ignorantes. Bon nombre de clichés qui subsistent encore aujourd’hui sur les personnes afro descendantes. Se grimer en noir n’est donc pas un acte anodin, ça renvoie à un passé chargé et à une histoire faite d’oppression et de domination. Il y a une méconnaissance de cette histoire, particulièrement en Europe, contrairement aux USA où ces pratiques sont très vite dénoncées. Il y a une mille et une autres façons de ressembler à une personne à la peau noire qu’en en se peignant la peau en noir très foncé, en se colorant les lèvres en rose et en arborant une perruque afro !"

https://youtu.be/p8KAWGjP7Gg

À voir : « Dear White People », dans lequel des étudiants noirs réagissent au racisme ordinaire et à l’organisation d’une soirée « afro » par des étudiants blancs d’une prestigieuse université américaine. (En salles le 25/3)