Premier défilé de Galliano chez Margiela, on en pense quoi ?

Mis à jour le 23 janvier 2018 par Elisabeth Clauss
Premier défilé de Galliano chez Margiela, on en pense quoi ?
Les 3 silhouettes favorites de Didier Vervaeren.
Les 3 silhouettes favorites de Didier Vervaeren.

Le défilé "Couture" de Maison Martin Margiela ce lundi à Londres, c'était le grand retour modique, modeste, ou modeux de Galliano ?

On l'aura attendu. Au tournant, sur le catwalk, et à Londres. Pourquoi au Royaume-Uni, alors que la Ligne Artisanale de MMM défile traditionnellement à Paris ? Peut-être bien parce que pour entrer publiquement dans la Maison, Galliano avait besoin d'être chez lui...

Ce qu'il fallait noter :

Comme "Saint Laurent Paris" qui a perdu son "Yves" à l'arrivée d'Hedi Slimane, "Maison Martin Margiela" s'est vue sucrer son "Martin" avec la nomination de John Galliano :

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Didier Vervaeren, "Fashion gourou" mais surtout designer, consultant en mode et chroniqueur radio :

"J'ai encore du mal à trouver la connexion avec le concept original des collections artisanales. Sous l'ancien régime c'était encore « fait avec ce qu'on déniche, un peu façon ready-made ». Ici en tout cas, le tailoring est assumé, un de leur grand point en commun. "Cette collection me semble pleine de détails et de finitions. Dès le début, on perçoit plusieurs thématiques, des détails historiques avec des grandes boutonnières, un travail sur le ruban, un jeu avec les masques avec des yeux brodés sur les robes, un clin d'oeil à Arcimboldo et puis beaucoup de glam. Et de l'autre côté, un aspect minimaliste plutôt « Margiela » ou cette silhouette avec le short en jean, qui me rappelle les débuts du créateur belge et son goût pour l'androgynie. Peut-être dommage, les chaussures qui attirent trop l'attention. Je les aurais préférées plus discrètes, mais ça, c'est du Galliano tout craché !"

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Nicola Vercraeye, gérant de la boutique MMM de Bruxelles :

"Un show très, très intéressant. On voit des silhouettes masquées à tête de mort : ça me fait penser à l'artiste belge James Ensor. Il est né à Ostende, avait un père britannique, et sa mère tenait une petite entreprise de masques de carnaval sur la côte belge. Dans les lignes, on sent fort l'influence de Galliano, mais je vois aussi des archives de Martin. Des vestes masculines retravaillées. Des bas nylon bicolores. La théâtralité, dans la veine des dernières collections de la Maison. Il faut savoir que cette collection artisanale incarne une image, elle n'est jamais ni produite, ni vendu. C'est une sorte de mood board vivant, qui donne une indication sur le prêt-à-porter qui arrivera lors de la Fashion Week suivante. Je l'attends avec impatience, car j'ai été fort impressionné par ce que j'ai vu du défilé de Londres."

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Béa Ercolini, rédactrice en chef ELLE Belgique :

"J'ai trouvé ce défilé schizophrénique. Par moment, très Margiela, minimaliste, dépouillé, subversif. Par moments, très Galliano, baroque, "God save the Queen". C'est comme si deux personnes se battaient, plutôt qu'une qui aurait intégré les codes d'une maison. Et j'ai vu de très belles pièces venant des deux camps. Chez certains créateurs, chaque collection développe un thème, une idée unique. Chez d'autres, plus « généreux », chaque silhouette décline toute une histoire. Ici, on est entre les deux. Quand une reprise de direction artistique et réussie, le nouveau designer parvient à créer une troisième entité entre la personnalité du créateur d'origine, la sienne propre, et leur fusion."

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... ce qu'en pense, moi :

J'aime. Beaucoup. Parce que au quotidien, le style minimaliste me parle, le noir caractéristique des créateurs anversois, ces lignes qui semblent « simples » et qui sont en réalité construites de détails infinis. Je retrouve ça dans ce défilé. En contrepoint, je suis très cliente de tout le "tralala victorien", le côté "Shakespeare c'est toujours mieux", et j'ai terriblement envie de ces chaussures de drag queen, qui semblent placer les mannequins sur le bout de leurs orteils. Comme si Galliano lui-même avouait qu'il revient sur la pointe des pieds. Ou au contraire, comme s'il assumait un certain côté perché. Dans ces silhouettes, j'ai eu l'impression qu'il intégrait à chaque vêtement un petit peu de son histoire. Il y a ce mannequin coiffée d'un calot de matelot, lui qui tout un temps aimer se looker en "pirate". On retrouve les visages, appliqués çà et là, toute une didactique margiélenne. Face à cette épure asexuée, un collant de latex rouge, quasi SM. Il y a beaucoup de messages dans cette collection. J'aime le foisonnement, l'excès, même si en l'occurrence, il est contrôlé. J'ai souri à la mariée, grimée en robot plein d'humour, qui m'a rappelé les séries japonaises de mon enfance. Pour moi, le grand Galliano est de retour, et Margiela n'a pas en rougir.

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En clôture du show, chaque silhouette est repassée, entièrement fabriquée en calicots, toiles et papiers blanc, comme lorsqu'elles sont élaborées en atelier. Maison Margielà, ici et maintenant.

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