Plan prostitution à Bruxelles: témoignages des intéressées

Mis à jour le 16 février 2018 par ELLE Belgique
Plan prostitution à Bruxelles: témoignages des intéressées

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Dans une lettre envoyée au bourgmestre Yvan Mayeur et diffusée sur internet, des prostitué(e)s du quartier Yser font entendre leur voix, suite à l’instauration d’un nouveau plan communal. Explications et éclairages avec Christine Lemmens, de l’asbl Entre Deux, qui défend leurs droits.  

« Le nouveau règlement oblige les prostitué(e) s du quartier à se concentrer dans un seul lieu : la porte d’Anvers (à côté du bar Flamingo) »

« Depuis le 28 mars, nous sommes entassé(e)s sur un morceau de trottoir. L’arrêt du bus a été recouvert de ketchup et de chocolat pour nous empêcher de nous asseoir. Nous sommes toute la journée debout en plein soleil dans la zone bleue. Si nous en sortons, la police nous crie gentiment au mégaphone “Repassez la frontière”. Nous sommes dirigé(e)s au sifflet. Avant, nous nous étions réparti(e)s dans plusieurs petites rues, les choses s’étaient équilibrées, il y avait un respect : avec les passants, les agents de quartiers, les commerçants… Maintenant, ce sont des insultes de tous les côtés, comme si les gens pouvaient légitimement être agressifs avec nous. (…)

Vous n’avez sûrement pas idée de qui nous sommes. Beaucoup d’entre nous ont des enfants, des conjoint(e)s, sont marié(e)s. La personne prostituée n’est pas d’office alcoolique, droguée ou enfermée dans un réseau. Certain(e)s d’entre nous ont des diplômes universitaires. Nous ne faisons pas cela par plaisir, contrairement aux idées reçues. Beaucoup d’entre nous auraient le trottoir pour domicile si la prostitution n’avait pas existé. Si nous sommes là, c’est que nous ne sommes pas riches. En plus, nous ne faisons rien de mal, nous satisfaisons des besoins, nous ne sommes pas contre la loi.

« Moins de discrétion = moins de clients = plus de compétition = plus de pratiques à risques (comme accepter un rapport sans préservatif) et de clandestinité (sans encadrement par les assoc’ et la police). » 

Nous regrettons : d’être exposé(e) s à la vue de tous, comme dans un marché ; d’être humilié(e)s en public ; l’instauration d’un climat hostile et extrêmement tendu ; la discrimination de la part de plusieurs policiers, qui dépassent largement leurs fonctions ; la non-concertation de la part des autorités ; le non-respect des droits de l’Homme ; que cette situation précaire augmente les dangers liés à notre travail ; le fait qu’on nous empêche de travailler à l’aise, ce qui a de fortes conséquences sur notre vie quotidienne ; que la situation soit pire qu’avant et qu’aucune alternative ne soit proposée. Nous avons décidé d’écrire cette lettre car notre parole n’est relayée nulle part. Alors que nous sommes les premier(ère)s concerné(e)s, nous ne sommes même pas considéré(e)s en tant qu’êtres humains dans cette histoire. Nous, les prostitué(e)s d’Yser ».

« Je suis effarée de voir que certaines personnes veulent éradiquer la prostitution, au nom d’un féminisme théorique, alors qu’elles n’ont jamais mis les pieds sur le terrain. C’est une réalité qu’il faut encadrer, pas sanctionner. L’ASBL Entre Deux recommande d’urgence l’instauration d’une plate-forme régionale pour la prostitution, regroupant tous les acteurs concernés, avec des moyens pour les associations, notamment pour une présence de nuit. »

Céline Gautier