Structure, tailleur, répétition. Entre dentelle siliconée à l’allure presque tailleur, fausses fourrures pensées comme un bouclier pour l’intime et un Le Smoking recalibré avec rigueur contemporaine. La main précise d’Anthony Vaccarello et le pouvoir de séduction des icônes éternelles de la maison.
La Tour Eiffel scintille derrière les vitres d’un intérieur moderniste où trône un torse romain, écho aux nombreux souvenirs qui peuplaient l’appartement de Pierre Bergé et Yves Saint Laurent rue de Babylone. Une moquette rose poudré fait office de podium, baignant le défilé dans cette atmosphère nocturne, presque cinématographique, qui caractérise les présentations d’Anthony Vaccarello.
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Le designer belge ne déroge pas à sa méthode. Travail par blocs, répétition assumée, et plongée constante dans l’immense répertoire de la maison. Saison après saison, il revisite ces mythologies : le safari, les transparences, le cuir ou le jeu des genres. Une manière, selon lui, de continuer à faire vivre l’héritage d’un géant.
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Vaccarello le résume lui-même dans ses notes de collection : « C’est la répétition qui définit le langage stylistique de la maison. » Une phrase qui explique l’ouverture du défilé, dominée par une série de costumes.
Épaules solides, versions simple ou double boutonnage, rigueur mesurée et sensualité intacte : ces tailleurs, portés à même la peau par des silhouettes aux cheveux plaqués et au regard souligné de khôl, rappellent instantanément l’image mythique capturée par Helmut Newton dans une ruelle du Marais, où Vibeke Knudsen incarnait l’androgynie du smoking féminin.
Cette pièce fondatrice de Saint Laurent — « une architecture pour le corps façonnée par la pureté et la précision » — avait provoqué un choc lors de sa création en 1966. Sa sexualité ambiguë brisait un tabou et reflétait une époque où les femmes revendiquaient l’égalité, jusque dans le langage du tailleur.
Aujourd’hui, cette fluidité paraît presque acquise. « Il n’y a aucune projection stéréotypée du pouvoir », précise Vaccarello dans le dossier de presse. Le costume devient alors un dialogue naturel entre les genres : épaules affirmées, taille subtilement marquée et silhouette en V, une ligne que le créateur affectionne particulièrement et qui ponctue la collection.

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Après les tailleurs apparaît la dentelle transparente : nuisettes, jupes crayons, mini-robes et petites vestes ornées de fleurs-bijoux en guise de boutons. Leur texture étonne. Les motifs floraux sont recouverts de silicone afin de préserver leur structure rigide, presque architecturale. Une alliance inattendue de dureté et de légèreté, où l’intimité rencontre la vulnérabilité.
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Puis viennent les manteaux. Pas de véritables fourrures — la maison est fur-free depuis 2021 — mais d’imposantes pièces en shearling, volumineuses et enveloppantes. Drapées, ceinturées à la taille basse par des ceintures-bijoux, elles prolongent une palette de terres brûlées et de bruns profonds.

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Ces manteaux deviennent à la fois protection tactile et instrument de séduction pour une femme oscillant entre immobilité bourgeoise et fragilité urbaine. Vaccarello évoque comme inspirations la mélancolie élégante de Romy Schneider dans Le commissaire Pelissier, l’héroïne tourmentée de La primavera romana della signora Stone de Tennessee Williams ou encore La statue de sel de Gore Vidal, roman scandaleux de la fin des années 1940 qui abordait pour la première fois l’homosexualité.

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Impossible pourtant de ne pas penser au moment où Yves Saint Laurent lui-même proposa, dans les années 1970, une mode inspirée des années de guerre : robes sensuelles, tailleurs et manteaux de fourrure souples.
Le défilé se conclut par un autre mythe de la maison : Le Smoking. La pièce est revisitée avec une désinvolture maîtrisée, revers en pointe encadrant un décolleté vertigineux, bijoux massifs presque sculpturaux en ponctuation.

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Une silhouette familière, toujours fatale, chargée de tension. La signature d’une main sûre qui ne répète jamais mécaniquement les archives mais discipline les icônes de la maison pour en distiller, encore une fois, le désir.