La Saint-Valentin version restaurant, c’est souvent le théâtre d’un malentendu : on vous promet l’amour en rose et on vous sert du convenu en rouge. Chez Ciao, le restaurant italien installé dans l’Hôtel The Merode à Bruxelles, on préfère miser sur la truffe noire. Pour deux jours seulement (les 13 et 14 février), le chef Leonardo Iacometti propose deux menus baptisés « Emozione » (95 euros) et « Passione » (115 euros). Des noms qui fleurent bon l’Italie sans tomber dans le cliché de la mandoline.
Des tagliolini qui justifient le déplacement
Les tagliolini maison à la truffe noire méritent qu’on commence par eux. Parce que c’est le plat qui fait basculer la soirée du côté des bonnes décisions : des pâtes fraîches et de la truffe au parfum boisé. Avant ça, l’accueil du chef et un carciofo alla romana (artichaut, topinambour, menthe) mettent en jambes. Et en plein mois de février, c’est exactement ce qui fonctionne.
La suite enchaîne avec un bar de ligne accompagné de puntarelle (ces chicorées romaines légèrement amères qui ont le bon goût de rappeler que l’Italie, ce n’est pas que les pâtes à la tomate) et un beurre blanc. Puis une sélection de cinq fromages italiens en supplément, histoire de faire durer le plaisir avant le dessert : un cœur fondant au chocolat et fruits rouges. Le menu « Passione » glisse un vitello tonnato entre l’entrée et les pâtes, cette alliance improbable mais redoutablement efficace entre le veau froid et la sauce au thon qui font la réputation de la cuisine piémontaise.
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Zéro circonvolution baroque
Leonardo Iacometti, le chef toscan aux manettes, a fait ses gammes dans des restaurants étoilés avant d’atterrir ici. Son credo : pas de circonvolutions baroques autour d’un légume, pas de mousse déclinée en sept textures, mais le produit avant tout. On est plus proche de la sobriété d’un Morandi que du baroque d’un Caravage. La cuisine suit les saisons, s’approvisionne localement quand c’est pertinent, importe d’Italie quand c’est nécessaire.
Cette approche, Ciao la décline sur l’ensemble de sa carte. Au-delà des menus de Saint-Valentin, le restaurant propose une variété de plats qui oscillent entre références régionales et touches contemporaines. La Piadina Romagnola emprunte à la cuisine de rue italienne, le Tonno Rosso marie culture italienne et japonaise, les Tortellini capturent l’essence de la Toscane et de l’Émilie-Romagne. On trouve aussi des gnocchis au cacciucco, une Parmigiana revisitée, et la Torta di Rose en dessert.
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À ses côtés, Sonia Capriolo officie comme sommelière et mixologue. Originaire du Piémont, elle a grandi entre les vignes de son grand-père, et ça se sent dans sa façon d’aborder le vin : on fait le plein d’histoires et de sensations. Sa carte oscille entre maisons traditionnelles et vignerons plus jeunes, cette génération qui secoue un peu le cocotier viticole italien sans pour autant tout jeter. Sonia harmonise saveurs et arômes sans dénaturer les vins, dans une approche qui privilégie l’émotion à la démonstration technique.
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L’art au menu
Et puis, difficile de parler de Ciao sans mentionner l’exposition « Shōkakkō : les petits bonheurs de la vie », concoctée par Emmanuelle Indekeu. Tous les six à neuf mois, cette conservatrice renouvelle la sélection d’œuvres qui ornent les murs du restaurant. Elle a passé l’année dernière à rassembler une collection qui mêle galeries belges renommées et collections privées emblématiques.
Manger en regardant de l’art, ce n’est pas nouveau : les Italiens de la Renaissance avaient déjà compris que la beauté ouvrait l’appétit. Ici, l’exposition incarne l’essence du restaurant et permet aux clients de profiter à la fois des plaisirs culinaires et visuels. Une harmonie qui évite l’écueil du musée froid ou de la galerie intimidante.
Un lieu, une histoire
Le lieu lui-même, niché dans un bâtiment du XVIIe siècle appartenant à la famille de Merode, fait partie intégrante de l’expérience. Ciao est installé au cœur du club social The Merode, mais reste ouvert aux non-membres.
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Bruno Pani, qui a fondé ce projet, a visiblement le sens du cadre. Fondateur de Profirst et cofondateur du Pain Quotidien (qui compte aujourd’hui sept succursales dont un magasin phare au Sablon), cet entrepreneur a lancé The Merode en 2021 avant d’être honoré du titre de “Brussels Leader of the Year” l’année suivante. C’est cette même année qu’il a ouvert Ciao au cœur du club.
Son parcours dit beaucoup de son approche : titulaire d’un diplôme d’ingénieur, il a débuté comme ingénieur du son pour des comédies musicales et des concerts avant de lancer Profirst en 1988. L’objectif ? Perturber et réinventer le secteur de l’événementiel. Une collaboration prestigieuse avec Giorgio Armani en 1994 lui a ouvert les portes de projets internationaux. En collaborant avec des architectes et des personnalités du monde de la mode belge, il a affiné un style qui fait la part belle au minimalisme, à l’élégance et au souci du détail.
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Chez Ciao, on retrouve cette logique du produit roi : rigoureux sans être guindé, ancré sans être passéiste. Une cuisine qui ne sacrifie rien sur l’autel de la modernité.
Les menus de Saint-Valentin sont disponibles deux jours uniquement (13 et 14 février).
Réservations sur Ciao Brussels | Enoteca & Bistronomy – Italian Restaurant in Brussels
Adresse : Place Poelaert 6, 1000 brussels