Je ne sais pas si c’est l’effet du lac, de l’odeur des glycines ou le trajet en bateau, mais j’ai eu la sensation étrange d’avoir été happée hors du temps. Une parenthèse suspendue, quelque part entre le souvenir d’un été mythique et un rêve éveillé. Voilà ce qu’a été le défilé Croisière 2025/26 de Chanel à la Villa d’Este.

Il y a d’abord le décor, impensablement beau. Marbre chaud, escaliers théâtraux, jardins fleuris comme un tableau en mouvement, et cette lumière de fin d’après-midi que seule l’Italie sait offrir. Tout, ici, évoque le cinéma. Mais pas n’importe lequel : celui de Visconti. Sa façon de filmer le décadent, l’élégance mélancolique, le silence chargé. Dans ce palais Renaissance posé sur les rives du lac de Côme, j’ai retrouvé cette beauté immobile, à la fois grandiose et intime.

Sofia Coppola en a fait le prologue : un teaser sensuel et feutré, où les vêtements Chanel frôlent les murs comme des fantômes de fêtes passées. Ida Heiner, muse solaire, y incarne cette héroïne moderne, douce et déterminée, évoluant en short taille haute et maillot une-pièce à la frontière du glamour et de la désinvolture. On pense à Marie Antoinette, version La Piscine. Ou à une Claudia Cardinale disco, échappée d’un rêve stylisé des années 70.

Un défilé libre et coloré

Car c’est bien là l’autre battement du défilé : une pulsation seventies assumée. Sequins multicolores sur tailleur fluide, lurex doré, rayures lamées orange et rose, mini-robes bustier, capes longues, mules vernies, foulards noués autour des chevilles… C’est la fête, mais une fête Chanel : chorégraphiée, maîtrisée, pleine de clins d’œil à la Riviera comme à Studio 54. Même les perles — éternel totem maison — se font espiègles, glissant sur les galons ou s’installant aux poignets, façon bijoux de cheveux.

Ce que j’ai ressenti, c’est une joie tranquille. Une invitation à se réinventer, à se glisser dans un pyjama de soirée en soie brodé. Il y avait du soleil dans les tweeds, des reflets d’eau dans les robes pastel, une légèreté dans l’allure qui n’avait rien de naïf. Comme si Virginie Viard avait composé cette collection comme une partition de dolce vita, à mi-chemin entre la nonchalance des étés italiens et la rigueur des ateliers parisiens. C’est un joli au revoir…

Un front row à la hauteur du décor

Les invité·e·s semblaient sortis d’un carnet de voyage chic griffonné à la main : 1 200 convives venus du monde entier, foulards de soie au cou, cartes postales lacustres glissées dans la poche, et cette allure Chanel réinventée à l’infini — tantôt classique, tantôt punk. Keira Knightley, Anamaria Vartolomei et Caroline de Maigret, ambassadrices emblématiques de la Maison, ont incarné la sobriété graphique du noir et blanc avec un aplomb légendaire. Dans le premier rang, les silhouettes de Joan Thiele, Beatrice Grannò, Martina Scrinzi, Gaia Girace, Carlotta Gamba, Romana Maggiora Vergano et Selene Caramazza composaient une mosaïque d’élégance italienne, chacune interprétant le dress code avec une précision délicieuse, entre glamour discret et esprit de fête. Une scène digne d’un film, encore.

Ce n’est pas fini, si ?

Quand le dernier modèle a disparu dans les ombres dorées de la terrasse, j’ai eu envie de rester encore un peu. De ralentir. De boire un spritz trop sucré. De croire, l’espace d’une soirée, que tout peut redevenir doux, scintillant, harmonieux. Comme une séquence oubliée d’un film qu’on aurait adoré revoir.

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