Et si on ne parlait plus de pรฉnรฉtration mais de circlusion pour une fois ?

Alors que l’on dรฉbat sur le passage de “auteur” ร  “autrice”, sur les sacrificiels “iel” et “celleux” ou encore l’outrageux point mรฉdian, on s’intรฉresse beaucoup moins ร  l’usage d’un mot pourtant intรฉressant : la “circlusion”. Le terme qui, il faut le dire, ne court pas les rues, se dรฉfinit pourtant trรจs simplement : action consistant ร  enfiler, enserrer ou engloutir un pรฉnis dans son vagin ou son rectum. Il s’agit en fait du pendant fรฉminin de la pรฉnรฉtration.

Se rรฉapproprier sa sexualitรฉ par le langage

Le terme remonte ร  l’annรฉe 2016, quand la philosophe et fรฉministe allemande Bini Adamczak invitait ร  penser autrement nos rapports sexuels que sous l’angle de la sacro-sainte pรฉnรฉtration uniquement. L’objectif ? Se rรฉapproprier sa sexualitรฉ par le langage. Jusqu’ici, la langue se plaisait en effet ร  concevoir le rapport hรฉtรฉrosexuel selon un biais devenu commun : l’homme actif et la femme passive, l’homme dominant et la femme dominรฉe, celui qui donne et celle qui prend. Le langage sexuel masculin est militaire, son sexe bande (comme un arc), il “dรฉcharge”. La femme est pendant ce temps qualifiรฉe de “chaude” ou “froide”. Et que penser de la poรฉsie de langage, le fameux “je l’ai baisรฉe”, qui suggรจre injustement que le sexe se ferait non ร  deux mais ร  un.

Le terme “pรฉnรฉtration” n’a donc rien de mal en lui-mรชme, mais il suggรจre que l’un fait le boulot, pendant que l’autre attend. Comment parler du rรดle pourtant bien actif de la femme durant l’รฉbat ? Elle qui s’agrippe, se cambre, ondule, domine les va-et-vient, choisit le rythme, bref, c’est elle qui mรจne la danse. Parler de “circlusion”, c’est tout simplement rappeler que les femmes ne sont pas des รฉtoiles de mer. Pas question pour autant de faire la guerre ร  la pรฉnรฉtration, d’ailleurs elle peut parfaitement faire la paire avec la circlusion. L’un ne va pas s’en l’autre, puisque quand l’homme pรฉnรจtre, la femme circlut et inversement.

Enrichir son vocabulaire

C’est ce que Martin Page rรฉsume dans son ouvrage “Au-delร  de la pรฉnรฉtration” : “On ne veut pas exclure la pรฉnรฉtration.ย On peut garder la pรฉnรฉtration, mais entendre que la personne qui pรฉnรจtre ne domine pas forcรฉment, elle peut aussi รชtre attirรฉe par le fait dโ€™รชtre dominรฉe dans la circlusion”. Le mot “circlusion” vient donc enrichir notre vocabulaire, le peaufiner, lui offrir une subtilitรฉ supplรฉmentaire.

D’aprรจs Benjamin Wharf,ย la langue que nous parlons faรงonne notre perception du monde. Elle renforce aussi inconsciemment les stรฉrรฉotypes. Voilร  pourquoi changer notre maniรจre de penser le sexe est important. Il faut bien sรปr un temps monstre pour qu’une expression ou une habitude s’impose. Le fait qu’il s’agisse d’une prise de pouvoir des femmes dans la sexualitรฉ n’aide gรฉnรฉralement pas ร  accรฉlรฉrer le processus. Il faudra donc encore quelques dรฉcennies pour queย le verbe “circlure” intรจgre le vocabulaire courant. Ce qui n’empรชche pas de balancer nonchalamment ร  son amant lors d’une prochaine partie de jambe en l’air : “je te circlus quand ?”.

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