Qui est Leyna Bloom, première mannequin transgenre de couleur en couverture de Sports Illustrated ?

Publié le 17 août 2021 par ELLE Belgique
Qui est Leyna Bloom, première mannequin transgenre de couleur en couverture de Sports Illustrated ? © Yu Tsai

En juillet 2021, et pour la première fois, la couverture du numéro spécial maillot de bain de la revue Sports Illustrated montrait Leyna Bloom une personne transgenre et de couleur. Un événement historique qui montre l'évolution des mentalités, alors que le magazine était jusqu'ici connu pour mettre en avant des femmes blanches cisgenres aux corps très formatés pour un public masculin tout aussi standardisé.

Cette décision historique intervient dans une démarche globale vers davantage d'inclusion au sein du magazine pour répondre aux préoccupations sociétales actuelles. En 2019, l'hebdomadaire américain présentait Halima Aden, une mannequin musulmane qui portait un hijab et un burkini, aux côtés de la star du football Megan Rapinoe, première femme ouvertement gay à apparaître dans le numéro. Cet été, ce sont trois femmes fortes et engagées qui ont été choisies pour illustrer le numéro spécial maillot de bain : la tenniswoman Naomi Osaka, la rappeuse Megan Thee Stallion et la mannequin transgenre Leyna Bloom.

Choisir de présenter une mannequin trans en couverture d'un magazine de sport apparaît comme un choix d'autant plus pertinent qu'il intervient au moment où les législateurs des États républicains ont décidé d'interdire aux filles et femmes transgenres de faire partie d'équipes sportives féminines. Au moins neuf États ont adopté de telles interdictions, bien qu'elles fassent l'objet de contestations judiciaires.

Une enfance douloureuse

Née à Chicago d'une mère philippine et d'un père afro-américain, Leyna Bloom se questionne très jeune sur son genre. Elle vit une enfance marquée par la pauvreté, la déportation de sa mère immigrée et par les moqueries racistes et transphobes de ses camarades de lycée. La danse est sa passion et, à l’âge de 14 ans, elle est admise à la Chicago Academy for the Arts. Seulement, on ne la laisse pas se produire en tant que femme, estimant qu’elle a bénéficié d’une bourse réservée aux hommes.

 

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Elle part alors pour New-York pour poursuivre ses rêves. D'abord à la rue, elle enchaîne les petits boulots pour survivre. La nuit, elle découvre l'univers des ballrooms et du voguing, mouvements undergrounds au travers desquels la jeunesse LGBTQ+ s'exprime librement. Cette communauté devient sa nouvelle famille. Celle que l'on surnomme "Polynesian Princess" danse le soir dans les théâtres et les scènes de danse d'Harlem.

Des défilés au septième art

En septembre 2017, elle défile à la Fashion Week de New York pour la marque Chromat. Un mois plus tard, elle devient la première mannequin transgenre à poser dans les pages de Vogue India. Elle devient égérie de H&M, Moschino et Tommy Hilfiger. Côté septième art, elle obtient le premier rôle du film de Danielle Lessovitz, Port Authority, dans un scénario qui fait largement penser à sa propre vie. Le pitch ? Un jeune homme blanc qu’on prend pour un loser et qui tente de survivre dans un New York qui ne veut pas de lui rencontre une « famille » de danseurs noirs et queer de Harlem, adeptes du "voguing". Parmi eux, il y a une fille superbe. Mais voilà, elle n’est pas seulement une fille superbe. Ce film lui permettra de monter les marches de Cannes en 2019.

 

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Plus récemment, elle a joué dans la dernière saison de la série à succès Netflix "Pose". Elle apparaîtra aussi prochainement dans le film "Asking for It" dans lequel elle joue le rôle d'une flingueuse nommée Jett dans un thriller centré sur les Cherry Bombers, un gang de femmes qui se venge d'une société en proie à une "moralité normative masculine".

Une première dans l'Histoire

En juillet 2021, elle entre une nouvelle fois dans l'Histoire en devenant la première femme transgenre à faire la couverture de Sports Illustrated. Sur Instagram, elle publie la photo de cover accompagnée de la légende suivante : "Ce moment guérit beaucoup de douleur dans le monde. Nous méritons ce moment ; nous avons attendu des millions d'années pour nous montrer en tant que survivants et être vus comme des humains à part entière et remplis de merveilles. Je suis tellement heureuse, honorée et humble de savoir que je suis la première femme trans à faire la couverture de Sports Illustrated !".

 

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Elle ajoute : "Je dédie cette couverture à toutes les femmes queens de ballrooms passées, présentes et futures. Ce moment historique est important pour les #girlslikeus car il nous permet de vivre et d'être vues. Beaucoup de filles comme nous n'ont pas la chance de vivre leurs rêves, ou de vivre longtemps tout court. J'espère que ma couverture donnera du pouvoir à celles qui luttent pour être vues et se sentir valorisées. Laissez-moi être un messager qui nous guide vers un avenir de respect et d'appréciation pour toutes les femmes, sous toutes les formes et dans tous les milieux".

« Ouvrir les yeux, dire les vérités et changer les esprits »

Le thème de ce numéro spécial ? « Ouvrir les yeux, dire les vérités et changer les esprits ». À ses côtés posent pour les trois couvertures distinctes de la célèbre édition Swimsuit 2021, Naomi Osaka et Megan Tree Stallion. C'est la première fois que le magazine mais en couverture une athlète noire haïtienne et japonaise, une rappeuse afro-américaine et une femme trans de couleur. Bloom n'est cependant pas la première personne transgenre à entrer dans le magazine puisque la mannequin brésilienne trans Valentina Sampaio y était déjà apparue l'année précédente.

 

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"Je veux juste rendre ma communauté fière, rendre l'Amérique fière, et montrer au monde quelque chose de nouveau et leur donner un aperçu de l'avenir", a-t-elle déclaré à propos de cette couverture. Alors que le numéro du maillot de bain de Sports Illustrated a été présenté pour la première fois en 1964, le premier modèle noir en couverture remonte à Tyra Banks en 1996. Une évolution lente mais nécessaire. "Lorsque nous avons fait le shooting, je leur ai dit : pas de bikinis, pas de strings, pas de nudité", a-t-elle confié au New York Times en mars dernier. "J'allais porter un une-pièce, c'est ce dans quoi je me sens le plus à l'aise. Nous avons tourné 12 costumes ce jour-là - certains coquets, d'autres sexy, d'autres vraiment forts. Chacun d'entre eux a capturé une partie différente de moi".

 

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