Airbnb: comment financer son emprunt avec sa chambre d’amis ?

Mis à jour le 12 février 2018 par Céline Pécheux
Airbnb: comment financer son emprunt avec sa chambre d’amis ?

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Louer sa chambre d’amis pour financer l’emprunt de son appartement ou ses prochaines vacances, un bon plan ? Témoignages et mode d’emploi.

Un « atelier d’artiste » dans le Berlin alternatif : 49 € la nuit. Une chambre dans un véritable palazzo florentin : 170 €. Un duplex familial dans le quartier Dansaert à Bruxelles : 110 €. ça fait longtemps que le concept d’hébergement collaboratif n’est plus l’apanage des altermondialistes.

Créé en 2008 par Joe Gebbia et Brian Chesky, le site Airbnb en est la preuve. Ces deux jeunes Américains, diplômés en design, ont commencé par louer un matelas gonflable dans leur loft de San Francisco pour payer leur loyer (« Airbnb » n’est autre que la contraction de Airbed and Breakfast, NDLR).

Aujourd’hui, dopé par la crise, leur site de  location entre particuliers voit sa cote de popularité exploser. D’un coté, ceux qui disposent d’une habitation et désirent la louer pour arrondir leurs fins de mois ; de l’autre, des voyageurs qui souhaitent louer une chambre, un appartement, ou encore un bateau (comme le créateur Jean-Paul Lespagnard lorsqu’il loge à Hong Kong) pour pas trop cher et vivre à la « locale».

À Bruxelles, ils sont plus de mille à proposer leur chambre d’amis ou leur appartement aux touristes de passage. Et si c’était ça, la solution pour acheter grand ? Ceux qui l’ont fait racontent…

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  • Thomas et Marie

Une chambre d’amis dans une villa à Waterloo 

Quand Marie et Thomas ont acheté leur maison à Waterloo, ils ont cherché un moyen d’amortir leur emprunt. L’idée de louer la  chambre d’amis à des visiteurs de passage leur est apparue comme une évidence.

« Passionnés de voyage, on est fans du concept d’hébergemwent collaboratif depuis longtemps. Quand on part en vacances, on loge chez l’habitant. Notre maison est grande, c’est l’occasion d’accueillir chez nous des gens du monde entier pour leur faire découvrir notre région », explique Thomas. En plus de leur permettre de belles rencontres, la formule de la chambre d’hôtes couvre aussi une partie des frais de la maison. Quand on leur demande si ça ne leur fait pas peur de recevoir des inconnus à la maison, ils répondent qu’ils fonctionnent au feeling. « Rien qu’en chattant par mail ou en regardant les profils Facebook ou Linkedln, on sait déjà si la personne est digne de confiance ou pas. Après, il faut installer la relation et avoir le sens de l’hospitalité sans se laisser cannibaliser. »

Car, au-delà d’un hébergement personnalisé, l’amateur du concept Airbnb recherche une rencontre, une disponibilité, une oreille parfois. Quand on prend la décision d’ouvrir une chambre d’hôtes, la maison devient un espace semi-public dans lequel on croise des étrangers, du saut du lit au coucher. « D’où la nécessité de bien définir les espaces privatifs et communs, et de se laisser la possibilité de refuser une location ou de faire marche arrière si l’on pense s’être trompé », conseille Marie.

Recevoir des gens chez soi, c’est aussi du travail supplémentaire en termes de tâches ménagères, de la préparation des petits déjeuners au repassage du linge de lit. « Les jours où l’on a des visiteurs, on jongle entre les lessives et le web – en plus d’être sur Airbnb, nous avons notre propre site internet – et à défaut de proposer une table d’hôtes, on sert un petit déjeuner très soigné où tout, ou presque, est fait maison. »

www.malmaisonnette.be

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  • Marie-Luce

Un duplex design en plein cœur du Châtelain

Depuis son incription sur Airbnb en 2013, Marie-Luce a surtout hébergé des Français au dernier étage de sa maison ixelloise, mais aussi des Américains, des Australiens et des Russes. Son mari et elle ont entièrement refait et décoré l’appartement avant de s’inscrire sur le site. Ils ont même imaginé un ingénieux escalier-étagère qui donne accès à une deuxième chambre en mezzanine.

« Nous avons pensé, aménagé cet espace comme l’endroit idéal où nous aimerions séjourner lors de nos déplacements à l’étranger. » Un appart ultradesign et autonome qui obtient la note de satisfaction maximum sur Airbnb. Résultat : son calendrier est quasi plein jusqu’en juin prochain et certains voyageurs resteront plus d’une semaine. Son prix : 90 € la nuit pour une personne + 10 € par locataire supplémentaire, petit déjeuner compris. Bien moins cher que le petit hôtel juste à côté.

Déclare-t-elle ses revenus locatifs ? « Oui. L’intérêt pour moi n’est pas de faire de l’argent, mais des rencontres intéressantes. Le revenu des locations est un petit plus qui me permet de travailler à la maison sur mes projets artistiques », explique-t-elle.

Quant à la formule que propose Airbnb, Marie-Luce est conquise. « Grâce à cette plate-forme, on accueille chez soi des gens du monde entier sans risque. Airbnb vérifie leur identité, numéro de téléphone, adresse email et prélève une caution de garantie sur leur carte de crédit avant leur arrivée. Je n’ai jamais eu aucun problème », poursuit-elle. La seule zone d’ombre, c’est la loi. On est dans le flou total.

Selon elle, la réglementation en matière d’hébergement chez l’habitant en Belgique ne va pas tarder à se durcir. « Regardez ce qui se passe à New York ou à Berlin… À partir du moment où vous logez des gens chez vous, on peut considérer que votre habitation est un lieu public qui doit être soumis à des normes de sécurité. » Si la loi change, elle impliquera pour être aux normes des coûts importants que peu de privés pourront assumer. « Je trouverais ça dommage. Le public des chambres d’hôtes est très différent de celui des hôtels. Pour moi, il n’ya pas de concurrence déloyale. »

www.lanuitamericaine.be

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  • Stijn et Tom

Un appartement vintage à Forest

Si Stijn et Tom, le couple à la tête de l’agence de presse Pure, ont pu acheter une chouette maison à Forest il y a deux ans, c’est parce qu’ils ont décidé de mettre le dernier étage en location. Une solution toute trouvée pour amortir le coût de l’emprunt. « On a d’abord opté pour une location à long terme, mais nous avons eu énormément de problèmes avec notre locataire. Après cette mauvaise expérience, nous nous sommes inscrits sur Airbnb. »

Comparé à la location longue durée, le système que propose la location à court terme laisse la liberté de recevoir du monde quand on veut avec, en prime, un loyer garanti. Au début, grâce aux commentaires positifs postés par leurs visiteurs, les demandes affluent. « C’est comme si l’argent tombait du ciel ! » commente Stijn. Près de 1 400 € par mois à raison de 20 jours d’occupation. « Un bon plan », résument les jeunes propriétaires. « Pourquoi conserver le même locataire toute l’année quand on peut gagner le double avec une dizaine de touristes chaque mois ? »

Mais, très vite, ils se rendent compte que la location de leur petit appartement leur prend énormément de temps. Ils doivent être présents pour remettre et récupérer les clés et n’ont pas le droit à l’erreur, sous peine de recevoir un mauvais avis sur Airbnb et d’être déclassés. Autre désavantage, les tâches ménagères. « À chaque départ, il faut nettoyer l’endroit, changer le linge de lit, les serviettes… ça me prenait énormément de temps , explique Tom. Il y a quelques mois, nous nous sommes dit que ce serait encore plus intéressant pour nous d’installer nos bureaux à la maison plutôt que de louer un espace à l’extérieur. Nous avons transformé l’appartement du dernier étage en lieu de travail. Finalement, on n’y perd pas tellement au change et c’est nettement plus confortable. »

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  •  Ouvrir son AIRBNB mode d'emploi

Comment s’inscrire ?

La première chose à faire, en tant que loueur, c’est d’enregistrer sa photo de profil, son téléphone et son adresse sur le site. L’annonce est gratuite. Airbnb ne prélève une commission qu’au moment des transactions (3 % payé par l’hôte, de 6 % à 12 % par le voyageur). Ensuite, il faut renseigner ses comptes Facebook et Twitter… Une manière de prouver qu’on existe vraiment et qu’on a peut-être des amis en commun avec la personne qui logera un jour chez nous.

Passé la première étape, on comprend vite que la plate-forme, dont le leitmotiv est « Hospitalité et confiance », repose sur la bonne conduite de ses utilisateurs. Sous chaque profil, on trouve des commentaires et des notes sur les expériences passées des voyageurs et des loueurs. Pour plus de sécurité encore, le site a récemment renforcé l’identification des utilisateurs et mis en place une assurance pour les hébergeurs. « Une garantie hôte vous remboursera des éventuels dommages subis par votre logement à hauteur de 700 000 € », assure Airbnb.

Vient ensuite le moment de décrire le bien que l’on souhaite louer. La chambre ou l’appartement proposés doivent être confortables, en parfait état de propreté, et d’une superficie minimale de 12 m2. Ils doivent comporter un espace de rangement privatif, une literie en excellent état et des sanitaires, privés ou communs, avec au moins un lavabo, une baignoire ou une douche. Le loueur doit aussi fournir le linge de lit, le linge de toilette et, dans la plupart des cas, le petit déjeuner. C’est gratuit, bien fichu, chaleureux, et ça n’a pas l’air d’un business puisqu’on ne manie jamais d’argent, l’essentiel passant par PayPal.

Que dit la loi ?

Première ville à avoir légiféré sur la question de l’hébergement collaboratif, New York autorise les particuliers à louer leur logement à partir du moment où la location dure plus de 29 jours. Les locations de courte durée sont donc interdites, sauf si les loueurs bénéficient du statut formel d’hôtelier et restent présents dans leur appartement le temps de la location.

En Belgique, le flou juridique qui règne sur la location de logements privés façon Airbnb fait le bonheur de ceux qui en profitent. Selon la loi, les propriétaires ont le droit de louer leur résidence de manière « occasionnelle », mais aucun seuil n’est fixé : ni le nombre de nuitées, ni les revenus maximum générés. Rien n’interdit donc de louer son appartement une seule nuit ou trois mois d’affilée.

Question sécurité, alors qu’un petit hôtel de dix chambres doit se soumettre à des règles strictes, les membres d’Airbnb ne sont pas soumis aux mêmes contraintes. Une situation qui ne serait bientôt plus qu’un lointain souvenir, car une ombre plane désormais sur ce marché alternatif et lucratif : perçu comme une menace par le secteur hôtelier, celui-ci fait de plus en plus pression sur les législateurs pour durcir les règles en vigueur. Une nouvelle ordonnance, qui viendrait renforcer les conditions autour des logements touristiques, serait en préparation au sein du cabinet de Céline Fremault (cdH), ministre de l’Économie au sein de la Région Bruxelles-Capitale... À suivre.

Mais, en attendant, les Bruxellois n’ont jamais été aussi nombreux à proposer leurs « amazing » et « charming lovely trendy » appartements : l’offre a triplé en à peine deux ans.