Guillermo Guiz en tournée : « Le stand up est devenu le mainstream de l’humour »

Publié le 10 septembre 2018 par Grégory Escouflaire
Guillermo Guiz en tournée : « Le stand up est devenu le mainstream de l’humour »

Guillermo Guiz a tout pour plaire : un bon fond, une bonne gueule, un bon passé de chroniqueur chez ELLE, et des bonnes vannes. Et il passe près de chez toi ces prochaines semaines... Une bonne occase pour discuter avec lui de sa popotte interne. Pour une petite leçon de stand up, c'est ici. 

Moi c’est clairement le stand up américain qui m’a donné envie de faire du stand up. Louis CK, Bill Burr, Dave Chapelle, (feu) Bill Hicks, David Cross… Et les Anglais aussi : Ricky Gervais, Eddie Izzard,… Jim Jefferies en Australie…

C’est Louis CK le déclencheur ?  

Moi à la base je m’intéressais pas du tout au truc, puis un jour j’ai regardé « Louie » (la série de Louis CK, ndlr) dans le cadre de mon boulot de journaliste séries pour un magazine. Je savais même pas qu’il faisait du stand up, je l’avais juste vu dans un épisode de « Parks and Recreation »… Et là je le découvre dans le premier épisode de « Louie » quand il est sur scène au « Comedy Cellar » (un célèbre « comedy club » à Manhattan, ndlr), et c’est le flash absolu ! Cette intelligence, cette brutalité et cette sincérité avec lesquelles il raconte ce qu’il a à raconter… C’est à partir de là que germe en moi l’idée de me lancer sur une scène.

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T’avais jamais envisagé la scène auparavant ?

Non, j’étais pas du tout humoriste ! C’est en voyant Louis CK et d’autres comédiens américains raconter des histoires très persos et très impudiques sur scène que je me suis dit : ‘Ok, ces mecs me parlent d’un point de vue philosophique et psychologique’… Et puis ça me faisait vraiment marrer – bien plus que n’importe quel humoriste francophone ! Et comme j’avais envie de challenge, j’ai décidé de me lancer sur une scène ouverte, et j’ai poussé la porte du Kings of Comedy Club.

Et les réactions étaient positives ? 

Oui bien sûr... Après pour être tout à fait honnête, quand tu débutes tu te prends forcément des bides hein ! Il faut savoir accepter qu'on n'est pas drôle tout le temps... Mais c'est vrai que la première fois que j'ai joué, tout s'est bien passé. Globalement au début j'étais drôle une fois sur deux ou trois, et puis j'ai appris à gommer les bides, mais bon c'est clair que ça prend du temps... Il faut bien deux ou trois ans avant d'être sûr de ne plus se prendre un bide sur scène !

C'est quoi un bon humoriste selon toi ? 

Disons que les humoristes qui me plaisent sont ceux qui me surprennent... Et pour me surprendre il faut aller sur des terrains que moi-même je n'emprunte pas. Il faut me challenger intellectuellement. Un bon humoriste c'est quelqu'un qui me fait réfléchir, qui me pousse dans mes retranchements - que ce soit dans l'absurde, dans la brutalité, ou dans l'intelligence.

Te fixes-tu des limites ? 

Non moi je dis ce que je pense et ce que je trouve potentiellement drôle, voilà mes limites. Faire des blagues c'est surtout une question de contexte : si le journal parle d'un infanticide et que le soir t'arrives sur scène avec une blague là-dessus, y a de grandes chances que ce soit pas drôle... Y a plein de paramètres que tu dois prendre en considération... Pour que ce soit drôle il faut que les planètes soient alignées, en fait : que tu trouves le bon angle, le bon ton, le truc original,... Ya des humoristes comme Blanche Gardin qui parlent de solitude, de trucs très durs, très noirs, et pourtant c'est marrant ! Alex Vizorek il parvient à te faire marrer avec des sujets comme l'art, c'est pas évident... En fait si tu considères que ta blague va être drôle, y a pas de raison de te censurer.

Qu'est-ce qui te fait vraiment marrer ? 

J'aime bien les comédies américaines régressives du style Will Ferrell, les films de Judd Apatow, Parks and Recreation,... Y a plein de trucs et de gens qui me font rire !

Mais surtout des Américains. 

Disons qu'ils ont un niveau d’introspection et de dévoilement personnel qu'on n'a pas l'habitude de voir ici, même si c'est en train d'évoluer... Désormais il y a de plus en plus d’humoristes en Belgique et en France qui se disent influencés par le stand up américain et qui parlent frontalement, sur scène, de leurs faiblesses et de leurs défauts… Mon spectacle à moi par exemple s'avère très introspectif et très impudique - et ça vient clairement de là-bas. Mais à côté de ça t'as toujours des humoristes qui font des personnages et c'est très bien aussi... Y a toujours plusieurs écoles.

Les sketches ne sont plus la panacée, en tout cas. 

C'est vrai que le stand up à la française a commencé avec Gad Elmaleh et Jamel Debbouze, qui s’adressaient directement au public sans forcément se cacher derrière des personnages, se déguiser ou faire des sketches en soi… Et aujourd'hui les plus grandes stars de l'humour font toutes du stand up ! C'est devenu le mainstream de l’humour !

Et dans ce mainstream c’est pas trop compliqué de trouver sa singularité ?

Moi j’essaie de coller le plus possible à ce que je suis : je n’ai pas d’auteur, j’écris tout tout seul et j’apprends tout par moi-même… Et comme je n’ai aucun background de comédien, je suis par la force des choses un petit peu singulier ! Après bon ça a les avantages de ses inconvénients, c'est-à-dire que je ne suis ni un excellent comédien ni un grand improvisateur, mais voilà : j'ai mes textes pour moi, quoi qu'il arrive. Je ne pompe pas sur les autres (petite pique à Tomer Sisley et co., ndlr).

Qu’est-ce que tu préfères dans ce métier ?  

C’est d’écrire une nouvelle vanne et de voir ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas, puis de l’affiner et d’en faire quelque chose qui finalement devient béton ! C’est de confronter ce que toi tu trouves drôle à ce que les gens vont trouver drôle – et honnêtement c’est jamais gagné ! Parfois t’es vraiment étonné de voir qu’un truc que tu pensais mineur fait rire tout le monde, et vice versa : c’est une science assez inexacte en fait. Mais se prendre un très gros éclat de rire sur quelque chose que t’espérais drôle, c’est vraiment que du plaisir, c’est sûr !

http://guillermoguiz.com/

"Guillermo Guiz a un bon fond" : au festival Waterlol le mercredi 12 et vendredi 14 septembre, au Centre Culturel René Magritte (Lessines) le vendredi 5 octobre, au Casino de Chaudfontaine le 6 octobre et à Huy le samedi 10 novembre

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