Le Show 2018 de l’Académie d’Anvers : c’était comment ?

Publié le 8 juin 2018 par Elisabeth Clauss
Le Show 2018 de l’Académie d’Anvers : c’était comment ?

Le défilé de l'Académie d'Anvers a dévoilé des collections futuristes et complémentaires dans leurs inspirations, spectaculaires, exprimant un optimisme contagieux.

 

Une énergie positive qui balayait le souvenir de la polémique orchestrée par B.O.F et qui avait agité l'école au printemps dernier. Les dernières années de master ont démontré leur aptitude à s'intégrer dans une réalité économique rationnelle, tout en imposant leur identité forte et progressiste :

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Kjell De Meersman 23 ans, a présenté une sulfureuse collection taillée dans le latex, à la frontière du fétichisme. A propos de l'industrie de la mode, le jeune homme, que nous avons interviewé, exprime une lucidité et une maturité exemplaires : ses études à l'Académie d'Anvers lui ont permis de réaliser quelles étaient ses véritables forces. "Quand j'ai commencé mes études de stylisme, c'était dans l'idée de travailler pour une marque. Je ne n'ambitionnais déjà pas de créer ma propre maison. Puis j'ai effectué des stages chez des créateurs et réalisé deux choses : d'abord, que travailler en studio, avec des horaires fixes, ce n'est pas mon truc. Ensuite, que ma force, c'est ma capacité à communiquer. Ce qui m'intéressais le plus, c'était le lien avec la clientèle. Pour moi, il existe un gros manque de compréhension des marques vis-à-vis de leurs clients. Je vais donc inventer mon propre job, une société de consultance qui fera le lien entre ceux qui font des vêtements, et ceux qui les achètent. Mon talent, c'est de trouver ce qui manque à une société, d'en déterminer les objectifs, et de résoudre les problèmes. J'adore harmoniser les choses. J'ai compris pendant mes études que démêler les nœuds, c'était ma force. C'est ce qui me rend heureux, et qui fait du bien autour de moi. Etre designer ? Je le suis déjà ! Designer de ma vie… Je veux aller plus loin, mettre mon expérience à contribution. Mais je sais que j'ai encore besoin de me former au terrain et au business. La créativité, je l'ai explorée à haut niveau pendant quatre ans au cours de mes études. L'une des grâces de cette école, c'est que les élèves viennent de partout dans le monde. C'est de tout cela que nous devons nous nourrir. Le problème des étudiants de mode, c'est que lorsqu'ils sortent des écoles, ils sont impatients, ils se précipitent pour lancer leur projet. Or il faut apprendre la réalité du métier, d'abord. La rapidité de la vie a tué le romantisme de l'attente. Ca vaut pour une robe haute couture, comme pour la création d'un business."

 

Kjell De Meersman

 

Kjell De Meersman
Kjell De Meersman

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Stefan Kartchev a de son côté imaginé une collection masculine de science-fiction, accessoirisée de chapeaux projecteurs d'hologrammes :

 

 

3/

Federica di Leo a outillé des femmes conquérantes, tandis que Shayli Harrison militait pour une ré-hybridation de l'humanité par la nature :

 

Federica di Leo

 

Federica di Leo
Shayli Harrison
Shayli Harrison

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Predrag Petrovic a ramené la couleur et une excentricité rafraîchissante dans le vestiaire masculin, Noa Kapchitz & Elijah Schali ont valorisé le travail artisanal de la peau, et Gennaro Genni Velotti a séduit le jury avec ses vestes épaulées oversized, sorte de manifeste post-magielien :

 

Predrag Petrovic

 

Predrag Petrovic

 

Noa Kapchitz & Elijah Schali

 

Gennaro Genni Velotti
Gennaro Genni Velotti

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Quant à Michal Gruca, 32 ans, qui a reçu le ELLE Belgïe Academy Award, il a débuté son cursus en Pologne, avec des études en médias vidéo et photos, avant de s'orienter vers le stylisme. « La mode, c'est un business, et je suis réaliste. Quand j'ai commencé mes études de mode, je voulais monter une maison de couture. Mais ça a vite changé. J'ai vu combien le métier est difficile. Désormais, je préfère l'idée de partager la création, de travailler en équipe... et de partager aussi les responsabilités. Je rêve de faire des stages en studios, et de confronter mes apprentissages de l'école au terrain. Idéalement, je serai free-lance, pour cumuler les projets. Je n'ai pas encore assez d'expérience pour dire si je suis prêt pour ce qu'est devenu l'industrie. Sur le plan créatif, vu la qualité de la formation ici, ça ne fait aucun doute. Mais sur la question de la production qui s'emballe, et la nécessité de changer les choses, je suis encore en questionnement. L'écologie est devenue un challenge incontournable dans l'industrie, et si j'ai un rêve, ce n'est pas de devenir riche et célèbre, c'est de faire une différence à ce niveau-là. »

 

Michal Gruca
Michal Gruca

6/

Les 3èmes années ont révélé des collections d'une stupéfiante maturité, mâtinées d'une extravagance nourrie par la liberté créative de ces jeunes designers issus du monde entier, qui s'inspirent, s'instruisent et s'entraident les uns les autres :

 

Le final

 

Victoria Huisman
Shuting Qiu
Shuting Qiu
Nikolai Artemev
Nadia Erwee
Maximilian Rittler
Magali Gregoir
Karolina Widecka
Di Du
Brandon Wen
Brandon Wen

7/

Et l'exercice de styles costumes ethniques :

 

8/

Si les deuxièmes années ont impressionné le public par la maîtrise technique et spirituelle de leurs créations, un passage spectaculaire a retenu le souffle et l'attention :

 

Siqi Sensen Li

 

Anna Mikhailova

 

Minjae Chang

 

Minjae Chang

9/

Les 1ères années ont exploré les notions de "robe" et de "jupe", au sens pratique, artistique, technique, symbolique, et nous ont offert, comme chaque année, la perspective d'une époque en pleine révolution, qui n'oublie pas que le vêtement sert d'abord de moyen d'expression. Cette génération de créateurs-là, qui n'en est qu'à son émergence, a de toute évidence encore beaucoup de choses à nous dire :

 

 

Photos : Etienne Tordoir / Catwalk Pictures