Vivez 2018 comme une oeuvre d’art

Mis à jour le 15 février 2018 par Elisabeth Clauss
Vivez 2018 comme une oeuvre d’art

Dire que c’est l’art qui imite la vie, c’est mal vous connaître. En 2018, pour évoluer avec panache, inspirez-vous des chefs d’oeuvres de tous temps : exp(l)oser son quotidien, c’est tout un art.

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Les Epoux Arnolfini de Van Eyck

 

Aimez-vous comme dans un Van Eyck

Avec ses Epoux Arnolfini, le Maître Flamand montre la tendresse hiératique qui sied à un couple qui sait se tenir, tout en répercutant son image à l’infini, dans un discret petit miroir en arrière-plan. C’est chic, c’est efficace, et en valeur « nombre de clics », depuis 1434, c’est un peu comme si Kim K. faisait le poirier sur un plongeoir au bord d’une piscine de champagne, avec Kanye coincé dans sa bouée licorne.

Comment vous faisiez avant :

Vous faisiez des selfies. Le comble du populeux. Vous deux à la plage, avec le nez qui brille et des traces de doigts à la crème solaire sur les lunettes de soleil. Vos peaux contentes aux lit (mais en cachant tout avec les draps). Une pelle à pleine bouche sur une terrasse de Saint Gilles au soleil couchant, et même, une nuit particulièrement arrosée, vous avez posté votre pause pipi derrière une voiture, mais qu’est-ce que vous avez ri !

Comment vous faites maintenant :

Altiers, vous ne vous effleurez plus que du bout du doigt, ce qui équivaut à un pelotage en règle à la calviniste du XVIème siècle. Vous tombez enceinte à chaque fois qu’il vous croise, même sans vous toucher, dans un couloir. Vous avez remplacé les reflets qui se répondent à l’infini du tableau de Van Eyck par des posts multiphotos sur les réseaux sociaux, et vous avez compris l’essentiel : l’intime, c’est l’envers du décor.

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Réfléchissez comme une oeuvre de Jan Fabre

Pour l’artiste belge, « le cerveau est la partie la plus sexy du corps humain ». C’est la vérité : tout le monde sait que les hommes pensent avec leurs organes les plus sexy. Tout dépend cependant de la cavité dans laquelle on les place. Pour Jan, c’est le crâne. Soit.

Comment vous faisiez avant :

Vous étiez du genre à tourner en boucle sur des pensées obsessionnelles jusqu’au bout de la nuit. A réfléchir à une question sans réponse, jusqu’à en oublier l’enjeu de départ. Pire, vous demandiez leur avis à vos amis qui, ne vivant pas dans votre tête (où il n’y a plus un placard de libre), vous embrouillaient à coups de conseils qu’ils étaient incapables d’appliquer. Bref, vous vous masturbiez le cerveau, sans espoir de détente à la fin.

Comment vous faites maintenant :

Comme on dit que quand le vin est tiré, il faut le boire, quand les idées sont bloquées, il faut utiliser un tire-bouchon. Pas au sens propre, ça ferait des saletés. Mais dans une acception imagée : viser juste, creuser profond. Depuis que vous avez compris que les réponses existentielles que vous cherchiez ne sont pas sur Wikipédia, vous avez, au choix, entrepris une thérapie, commencé la méditation ou vidé votre cave à vin. Mais dans tous les cas, désormais, votre réflexion a fini de partir en vrille.

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Organisez votre maison selon l’architecture d’Eric Deville

Photographe surréaliste belge, il décline dans sa série « Babel » la notion de maisons entassées à l’infini selon une progression organique. Ce qui correspond à peu près à votre façon d’accumuler tout et n’importe quoi dans vos cent mètres carrés, selon une ravissante quoique approximative cohérence.

Comment vous faisiez avant :

Dès que vos armoires débordaient, que vos tiroirs ne fermaient plus, que votre vaisselle devait se ranger dans la bibliothèque par manque de place, vous faisiez une descente chez Ikéa pour vous offrir un meuble que vous espériez peu standard (mais que vous reverriez finalement dans les foyers de la moitié de vos amis), pour tasser tout ça à la hardi que j’te pousse.

Comment vous faites maintenant :

Vous prenez l’expression « repousser les murs » au pied de la lettre. Sans demander le moindre permis de bâtir – à Bruxelles notamment, ça n’existe plus depuis cinquante ans semble-t-il – vous avez construit une extension sauvage à votre maison, envahi le palier des voisins, mis votre chambre sur la terrasse. Vous avez scindé votre salon en duplex, certes bas de plafond. Votre petit nid ressemble à une termitière, mais la nuit, vous montez rêver sur les toits.

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Réglez vos conflits à la Carl Fredrik Reuterswärd

L’artiste suédois a noué un canon de revolver pour le faire taire définitivement en 1985, suite à l’affaire John Lennon. La sculpture « Non-Violence », un mètre cinquante au garrot, est devenue le symbole du nouage de bec aux armes à feu. Comme quoi, dans la lutte contre la violence, il est toujours question de gros nœuds.

Comment vous faisiez avant :

Lorsqu’un blaireau vous gonflait, vous tiriez à vue. Avec des mots, qui faisaient des trous dans l’âme. Quand vous communiquiez, c’était pour gagner. Vous avez fait pleurer un poseur de PV employé par Vinci, juste en le regardant (mais c’était de la légitime défense). Vous saviez que la meilleure garde, c’est l’attaque nucléaire sans sommation. Certes, vous n’aviez plus d’amis. Mais plus d’emmerdes non-plus.

Comment vous faites maintenant :

En cas de tension, vous cultivez votre diplomatie. Non pour aboutir à une solution satisfaisante pour chaque partie (vous n’êtes pas les Nations Unies, vous abattez des oliviers pour dégager la vue par la fenêtre), mais pour éviter de vous énerver inutilement. C’est votre meilleure résolution de l’année nouvelle : retenir vos répliques fatales, pour avoir la paix. Mais qu’on ne vienne pas trop vous chatouiller sous le barillet : il vous reste quelques munitions, minutieuses.

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Prenez la vie comme un film d’Ingmar Bergman

C’est lent, c’est contemplatif, souvent c’est muet, c’est profond. Pas d’effets spéciaux, pas de sentiments spécieux, c’est le quotidien dichotomique. D’ailleurs, c’est en noir et blanc. C’est reposant.

Comment vous faisiez avant :

Chaque événement de votre existence donnait lieu à un récit en 3D avec sièges vibrants. Il fallait toujours des sous-titres parce que même quand vous alliez au Delhaize et que le self scan faisait des siennes, vous racontiez ensuite une épopée où les objets se retournaient contre vous, arrivant à la conclusion que vous deviez planter vos propres courgettes sur votre balcon. A chaque sms d’un homme – le vôtre ou un autre – il fallait décoder dix-huit niveaux de lecture et finalement, vous vivez dans un film d’Almodovar qui aurait clashé David Lynch.

Comment vous faites maintenant :

Vous vivez les choses en temps réel, sans vous projeter dans le futur, sans revisiter le passé. A l’image de l’interminable séquence du 7ème Sceau, où un oiseau vole contre le vent en plan séquence pendant ce qui semble deux ans aux spectateurs, vous acceptez le rythme consternant de la réalité. Plus d’accélérations compulsives à coups de réseaux sociaux, finies les soirées consacrées à n’attendre que le lendemain. Ah ça, quand on est conscient du moment présent, chaque minute devient interminable. Mais c’était bien votre obsession, vivre plus longtemps. Rassurez-vous : il vous en reste, des plombes de colombes avant le générique.

2018 ne sera pas l’année de la fuite, mais le moment de faire, enfin, votre cinéma.