Mister BIG en mode belge

Mis à jour le 23 janvier 2018 par Elisabeth Clauss
Mister BIG en mode belge

Chris Noth, alias Mister BIG (Sex and The City) ou Mike Logan (New York Police Judiciaire) est venu à Bruxelles présenter son nouveau film White Girl et présider le FiFB. On en a profité pour le relooker, à la belge.

En Dries Van Noten
En Dries Van Noten et Lute Huelle
En Walter Van Beirendonck
En Walter Van Beirendonck

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En Dries Van Noten
En Dries Van Noten

Dans « Sex & The City » – dont il est bon de ne pas trop lui parler, car celui qui joue désormais Faust au théâtre a vendu son âme au diable en Prada –, le personnage de Mister BIG est lui aussi un homme insaisissable. Chris Noth, sous des pauses de séducteur blasé-gâté, se révèle bien plus subtile qu’il ne le voudrait, presque par mégarde. Il est l’ami ombrageux et sexy de nos insomnies, et cite Shakespeare comme nous Shakira.

Il venait à peine d’atterrir, jetlagué et culturellement largué. Reporter de l’extrême comme on le sait, je l'ai pris sous mon ELLE.

C’était un rendez-vous au sommet – littéralement : la Villa in the Sky, point gastronomique culminant de Bruxelles – avec un sex-symbol désabusé. Demain, j'irai le rhabiller. Mais ce soir, je vais lui ôter son armure. À la fourchette.

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En Dries Van Noten
En Dries Van Noten

Ne connaissant pas la Belgian Touch, au début, il était réticent. Puis il a pénétré chez Stijl Hommes. Dries Van Noten, Walter Van Beirendonck, pulls, manteaux et accessoires, il a tout compris. A utilisé la collection pour dévoiler ce qu’il cherche aussi à cacher. Je lui ai demandé après quoi il court encore. Il a répondu : « Demande-moi plutôt ce que je fuis. »

En Walter Van Beirendonck
En Walter Van Beirendonck

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Le mythe tient bien la route, assume sa carrure d’armoire normande qu’on fait rentrer au chausse-pied dans du créateur. Dans un pull de Dries, il philosophe sur l’époque : « Aujourd’hui, la télé et les réseaux sociaux distraient les gens. Je ne veux pas être distrait. Je veux porter ma croix, et la poser après quelques verres de vin. »

Tandis qu'il tombe le tee-shirt, concentrée par des années de méditation (je plaisante, je n'en ai pas perdu une miette, je savais à peine ce que je disais), je lui explique la mode belge. Lucide, il n’essaye même pas de répéter les noms après moi.

Il est cependant étonnant de constater à quelle vitesse un type débarqué en chemise de bûcheron et souliers marrons fonce sur la fleur de nos designers, comme s’il avait passé sa vie à faux-filer du Margiela. Je lui demande qui l’impressionne. Il avance : « Gore Vidal » (un écrivain). Je rétorque « l’inventeur du shampooing ? » Il rit. Il est chou, quand il rit.

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En Walter Van Beirendonck, je finis par débusquer l’homme sous le cinéma de l’acteur. Il veut voir Bruxelles, pas la chic, mais l’authentique. On écume le quartier Dansaert, on fait un détour Grand-Place. Mister BIG (ça l’énerve, alors ça
m’amuse) fait avec les villes ce que je m’échine à faire avec lui : gratter le vernis. Car encore surpris d’être tant gâté par la vie, il n’oublie pas que lorsqu’il est arrivé à New York dans les 70’s, « un dollar était un dollar. Je mangeais n’importe quoi et je n’avais pas de quoi payer un ticket de bus. Mais on pouvait tirer son épingle du jeu. Aujourd’hui, cette ville n’est plus qu’une immense galerie pour gens très riches. Moi, je suis un homme de la terre. » Bon. On file au Laboureur, un bar pittoresque, lui aussi.

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Déjà quasi brusseleir, il apprend quelques mots de flamand en abordant spontanément des passants.

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Finalement terrassé par Bruxelles, le surréalisme et son décalage horaire, Mister BIG reste un BIG mystère. Au Laboureur, passant de Shakespeare à La Fontaine,
j’ai vu qu’en creusant bien, on pouvait trouver « un trésor caché dedans » (rouvrez vos poésies d'écoliers, vous comprendrez).

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Plus tard au coeur de la nuit – même si, pour lui, il est midi –, on contemple Bruxelles assoupie. Il déclame du « Hamlet ». Et là, je dérape : au lieu de me taire et d’écouter admirativement ce bloc de virilité, je me mets à parler de l’élection américaine. Provoquant ainsi ce moment surréaliste où le bellâtre qui a bercé mes 20 ans pointe l’horizon du doigt, et au lieu de déclarer : « Je te suivrai jusqu’au bout du monde, en chevauchant les étoiles », me demande simplement : « C’est par où Molenbeek ? » To be or not to be trop bavarde.

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Il admet : « J’en ai assez de m’autopromouvoir. À ce stade de ma vie, j’ai envie de boire, de fumer le cigare, de jouer de la guitare, de passer du temps avec mes
amis. » De redevenir un adolescent ? Il cille. Puisque j’ai commencé à m’enfoncer, tant qu’à y être, je lui demande s’il est pote avec Trump, qui a fait de la figuration dans « Sex & The City ». « Ce type pourrait signer la fin de la culture américaine », dit-il.

Finalement, il se rapproche tendrement de moi, entoure mon visage de ses pattes d’ours sophistiqué pour me parler, ainsi que le l'ai souhaité... de politique américaine. Avant de conclure : « C’est la première fois qu’à la fin d’une interview j’en sais plus sur la journaliste qu’elle sur moi. Tu m’as écouté, en
fait ? »

Je n'ai fait que ça. Regarde dans le ELLE Belgique de février.

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Merci à la boutique Stijl, au bar Le Laboureur, au restaurant Villa in the Sky,
à Delvaux, A.F. Vandevorst et Lutz Huelle, et à Premier Studio
pour le blond californien de circonstance.