Fans de DIY? Voici votre nouveau terrain de jeu

Mis à jour le 22 janvier 2018 par Laurence Donis
Fans de DIY? Voici votre nouveau terrain de jeu

Quand un adepte du Do It Yourself rencontre une imprimante 3D, ça fait des étincelles. Et leur love story est passionnante. Mais qui sont les makers?

L’artiste que nous rencontrons aujourd’hui a intrigué lors des dernières Nuits Botanique. Scarabée, c’est son nom de scène, mélange hip-hop et musique industrielle. Et c’est un robot. Les pièces qui le composent ont été créées grâce à une imprimante 3D. Il est né à Bruxelles, au cœur de la Micro Factory. Un joyeux désordre règne dans cet espace de plus de 200 mètres carrés. Des artistes, des designers, des entrepreneurs ou encore des bricoleurs du dimanche s’activent. Ils viennent échanger des idées, partager des connaissances et profiter des outils mis en commun. C’est ce que l’on appelle un MakerSpace ou un FabLab, un concept imaginé par un professeur du MIT, Neil Gershenfeld. La différence avec un atelier partagé ? Il est orienté fabrication digitale. L’artisanat traditionnel et les nouvelles technologies s’entremêlent. Un pic à chignon en bois sera réalisé grâce à une découpeuse laser, par exemple. Le résultat est tout aussi stylé, mais plus précis.

Il ne faut pas forcément être geek(ette) pour s’éclater.
Ici, on peut fabriquer des drones mais aussi retaper sa cuisine, créer des bijoux, des objets de déco ou de jolies coques de smartphone. L’idée de la Micro Factory a germé dans l’esprit d’une bande de potes passionnés de Do It Yourself, et surtout de Do It Together. « J’ai toujours adoré les petites sessions bricolage chez moi, avec ma femme et mes amis, raconte Gilles Pinault, fondateur de la Micro Factory. On s’est dit que l’on consacrerait un peu de temps chaque semaine pour réaliser une idée. Mais très vite, notre salon a commencé à montrer ses limites. Il y a quatre ans, on a mis de l’argent en commun pour payer un loyer et des machines.

Et le bouche-à-oreille a fait le reste, le public a commencé à affluer. » Ces artisans 2.0 sont appelés des « makers ». En 2012, le rédacteur en chef du magazine Wired, Chris Anderson, affirme même qu’ils sont les acteurs d’une nouvelle révolution industrielle. Les particuliers redeviennent actifs. Ils se mettent à produire eux-mêmes les objets dont ils ont besoin, ou envie, grâce à la démocratisation des machines de fabrication numérique. L’inventeur peut devenir entrepreneur. Bientôt une mini-usine sur chaque bureau perso ? Le phénomène des makers a vu le jour à la fin des années 90 aux USA et commence réellement à s’imposer chez nous. Rien qu’à Bruxelles, les Maker Spaces se multiplient.

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Et on y retrouve qui ? Principalement des « bidouilleurs » qui ont décidé de créer plutôt que de se laisser porter. Certains ont même envie de révolutionner le monde. Ils luttent contre la standardisation, l’obsolescence programmée et souhaitent en finir avec les délocalisations. À la Micro Factory, des roboticiens discutent avec des fans d’origami. « On aime quand ça part dans tous les sens. Ici, on rencontre des amateurs mais aussi des pros, des super geeks et des personnes qui ne s’y connaissent pas en ordinateur. Les gens viennent souvent lorsqu’ils ont un besoin très particulier, ils veulent utiliser telle ou telle machine, par exemple. Mais la majorité reste pour la communauté et les partages », raconte Gilles.

La video ELLE du jour :
EYELINER LA TECHNIQUE POUR UN TRAIT PARFAIT

Et on confirme. En une après-midi, on a vu des makers échanger sur leurs projets respectifs, se donner des idées et conseiller les moins expérimentés. La particularité de ces ateliers de fabrication numérique, c’est leur ouverture. « Les personnes présentes ici viennent d’horizons très différents et elles ont chacune leurs propres compétences. C’est très enrichissant, on découvre toujours plein de choses », explique Julien, l’un des membres.

La journée se termine souvent par une bière au soleil au café d’à côté. L’occasion de parler d’un nouveau projet ou de développer son réseau : « Des petites équipes se forment, il n’est pas rare qu’un amateur se fasse engager par un professionnel. » Ici, pas de hiérarchie, les décisions se prennent ensemble. Les outils sont achetés en commun, offerts par des sponsors ou encore mis à disposition par des membres. Il règne une ambiance très peace and love. Et apparemment, ça fonctionne. La plupart des membres ont entre 25 et 40 ans, mais l’objectif est de recruter le plus de personnes différentes possible. Gilles aimerait aussi attirer des jeunes, issus de l’enseignement professionnel par exemple, et des retraités.

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Le but ? Booster la confiance en soi des premiers, encourager les seconds à sortir et à partager leur expérience. Et les femmes dans tout ça ? Elles sont plus nombreuses qu’on ne le croit. « C’est vrai qu’il y a beaucoup de mecs, mais les filles sont également présentes, et certaines sont sacrément calées. Ça se passe toujours bien entre nous, l’ambiance est top », s’enthousiasme l’une d’elles, Agnès. « Les femmes représentent environ un tiers de nos membres, ajoute Gilles. On a organisé un atelier de soudure à l’arc récemment. On imagine plutôt des hommes bien virils couper du métal, mais les filles ont répondu à l’appel. Et le prof était une femme. »

Et pour se lancer concrètement, on fait comment ? Vous avez envie de faire partie de la communauté des makers mais vous n’êtes pas calé en nouvelles technologies ? No worries. Quelques formations sont organisées au sein de la Micro Factory et il y aura toujours quelqu’un sur place pour vous expliquer les bases. « Quand j’ai commencé, je posais dix mille questions, j’avais l’impression que j’allais tout casser, se souvient Nicolas, graphiste et illustrateur. Maintenant je suis autonome, je gère la découpeuse laser. C’est un peu comme apprendre à conduire une voiture : petit à petit, vous gagnez en confiance. » Avant de devenir membre, vous serez « stagiaire » pendant un mois environ. Le temps de comprendre comment fonctionne un MakerSpace.

Selon le temps que vous souhaitez y passer, vous pourrez ensuite choisir un abonnement. Il faut compter entre 50 et 121  euros par mois. Et si vous manquez d’inspiration, vous vous apercevrez vite qu’il s’agit d’un faux problème. « Trouver une idée, c’est la partie facile d’un projet. Il suffit de se balader sur internet et de discuter avec les autres pour en avoir », affirme Gilles. « C’est important de ne pas trop réfléchir, de ne pas mettre la barre trop haut. Il ne faut pas attendre d’être prêt pour commencer : le but, c’est de se former en chemin. Le principe des makers, c’est que tu ne rates jamais. Soit tu réussis, soit tu apprends. »

La suite de l'article dans le ELLE Belgique d'octobre, en kiosques.

Crédit photo: Thomas Vanden Driessche/Studio Fifty Fifty