Les fesses sont-elles les nouveaux seins?

Mis à jour le 13 février 2018 par Elisabeth Clauss
Les fesses sont-elles les nouveaux seins?

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Focus sur les (faux) culs ! Entre culottes rembourrées et danses tout en booty shake, le décolleté se fait pigeonner.

1. La tendance au derrière en transe

Le twerk. Ca sonne comme une onomatopée, mais en gros (si j’ose dire), ça explique pourquoi  les filles préfèrent désormais avoir les fesses rondes que le décolleté avantageux.

Le « twerking », c’est une discipline olympienne qui fait fureur sur internet, sur les plateaux télé outre-Atlantique et qui commence à s’imposer dans les cours de danse. Le but : remuer frénétiquement son fondement en mini-boxer, sur une musique à rendre épileptique un hyperactif déjà sous amphétamines. Miley Cyrus aux MTV VMA’s, vous voyez ? C’est du twerk (sauf qu’elle n’a pas de fesses).

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http://youtu.be/E94UetOx7bg

Comme souvent lorsqu’un mouvement s’empare de la rue, inspiré de traditions urbaines ou populaires avant de remonter sur les podiums, le twerk puise son origine dans les danses tribales soukous et mapouka, issues du Congo et de Côte d’Ivoire. Quiconque a contemplé sans oser cligner le clip « Express Yourself » (pas de Madonna, malheureuse, mais de Nicky Da B featured par Diplo, bien sûr !), mesurera la largeur du phénomène. On vous conseille de visionner l’affaire sur YouTube, histoire de ne pas rester assise sur vos positions.

Cette danse décoince les chakras, libère le pelvis, exprime une sensualité animale, et selon les pratiquantes qui se défendent de se laisser enfermer dans un schéma d’objets sexuels, redonne aux femmes leurs lettres de noblesse de Diane chasseresse.

Une rime facile avec « fesses » ? C’est mal nous connaître.

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Les fesses de Jen Setler ont plus de 640.000 abonnés Instagram.

2. Après les sociopathes, les sociopètes

Il est toujours intéressant de se pencher sur les mutations de la représentation et de la symbolique du corps au cours de l’Histoire. De là à dire que la fascination pour les grosses fesses devient un symptôme d’évolution cul-turelle, il n’y a qu’un shake, que nous exécutons.

Claude Javeau est professeur émérite de sociologie. Quoique la question de l’augmentation de l’intérêt porté aux fessiers ne fasse pas partie des principaux sujets de recherche de l’ULB – on le déplore – , Claude Javeau nous rappelle « qu’en psychologie dynamique, les seins sont considérés comme une métaphore des fesses, premier déclencheur des pulsions sexuelles chez les mâles. Aurions-nous affaire à un retour à une mise en scène plus ‘‘primitive’’ de la sexualité ? On n’a jamais vu autant de shorts féminins que cet été : la présentation des fesses s’est accompagnée de celle des cuisses, lesquelles encadrent aussi, et plus directement, l’accès au sexe féminin. »

Notons que si les cuisses mènent au sexe, les seins menaient au cœur. Ça nous en dit long sur l’évolution de la société, mais c’est peut-être une question d’époque ? Une soupe, la rediffusion de la troisième saison de « Derrick » (pas Derek), et au lit.

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3. Les chiffres qui nous soudent au cul

Alors que nous nous accrochons encore à nos tubes de crème amincissante et à nos collants resculptants, au Brésil, la pose d’implants fessiers est l’une des chirurgies les plus pratiquées depuis longtemps. En France, la demande augmente régulièrement, malgré les désagréments et contre-indications, comme la perte de sensibilité (environ trois mois) et le risque de toucher le nerf sciatique.

Samira, une splendide jeune fille de 22 ans, a tenté l’aventure, « pour avoir des fesses de Brésilienne ». Après examen de la zone concernée (quoique à travers un jean), le résultat est parfait. Elle admet que l’intervention lui a fait un mal de gueux et qu’elle n’a pas senti qu’elle s’asseyait pendant presque un an, mais ne regrette rien. Les hommes non plus, qui, selon un chirurgien parisien très sollicité, rechignent de moins en moins à se faire poser des prothèses abdominales, tablettes de chocolat en grande pompe et sans devoir en faire.

En Belgique, en revanche, si la chirurgie plastique des fessiers a de beaux jours devant elle, la demande d’augmentation reste marginale. Un chirurgien plastique reconstructeur et esthétique, qui officie dans une grande clinique bruxelloise, ne constate pas d’engouement notable : « Des patientes posent la question des implants, mais on les oriente plutôt vers le lipofilling, qui consiste à prélever de la graisse dans une partie du corps pour la réinjecter où l’on veut. »

Pour l’augmentation des fessiers, ce spécialiste n’enregistre que deux ou trois demandes par an, émanant en général de patientes qui ont perdu beaucoup de poids, ou qui ont toujours eu des fesses plates. « Je ne suis pas favorable aux implants, car c’est une technique pleine d’effets secondaires et dont le résultat, si l’on n’est pas particulièrement expérimenté, est souvent hasardeux. » Manifestement, à Bruxelles, la pose de prothèses a encore la fesse molle.

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4. Un débat auquel les hommes ne callipygent rien

Alors qu’on les penserait premiers concernés, les mâles se montrent extrêmement prudents lorsqu’on leur demande leur avis à propos de l’arrondi de la face nord des filles. Ils répondent avec la même neutralité feinte que si on leur demandait « Tu trouves que j’ai grossi ? » Pourtant, nous avons réussi à obtenir des aveux.

Romain, 22 ans, déclare qu’il aime les grosses fesses : « J’ai toujours été séduit par les rondes. Mais si je tombais amoureux d’une femme qui n’a pas les fesses dodues, je ne lui demanderais pas de changer qui elle est. »

Guillaume, 35 ans, préfère de son côté « les fesses petites et bien rebondies ». Quand on évoque un bon gros derrière (histoire de jauger la valeur intrinsèque de son témoignage), il se crispe à la seule idée de cellulite : « Non, je parle vraiment de fesses bien fermes, et menues. Je ne suis pas trop implants, mais si une femme se sent mieux dans sa peau avec ça, je n’ai rien à y redire. » Pragmatique, il ajoute : « Mais ça doit coûter bonbon, non ? »

Pour Jules, 44 ans, « ce n’est pas une question de fesses, mais d’harmonie générale de la silhouette. Peu importe la taille du derrière, du moment qu’il descend gracieusement des hanches. » En revanche, pour lui, la fermeté est indispensable, et les fesses plates, rédhibitoires.

Stromae, de son côté, nous confiait récemment qu’il « aime avoir de la chair en main, parce que ça rappelle la fonction d’enfanter. L’époque est dure pour les filles, elles doivent être maigres. Mais moi, je trouve ça très charmant, les rondes. » Et s’émouvait : « La cellulite, c’est naturel, je suis désolé (nous aussi, NDLR). Une fille aussi maigre que moi, ça ne m’intéresse pas. L’image féminine actuelle est mensongère. »

Comme quoi les stars aussi ont leurs potins du popotin.

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5. Le nouvel essor des fesses qui manquent de ressort

Il n’y a plus une marque de jeans qui ne fasse campagne sur les vertus remontantes de ses denims. C’est même sur cet argument de poids que 7 For All Mankind avait fait fortune au début des années 2000.

Le phénomène n’est pas neuf : chez Wolford, des renforts aux collants soulèvent depuis une éternité l’enthousiasme et les fessiers. Il existe une technique d’entraînement, le cross fit, mix entre l’athlétisme, la gym et l’haltérophilie, qui vous remonte les fesses de 5 cm en quelques mois, à coups de séances de 40 minutes. Ce n’est pas un truc pour fainéants, on sent qu’on expie toutes les fois où on pris du pain pour pousser la purée au beurre, mais les résultats sont là. Et les courbatures les jours suivants vous rappellent que vous êtes bien vivante.

Mais on peut tout aussi bien se révolter contre cette tendance de la fesse ferme, ronde et en apesanteur, et crier à la face du monde : « Cul bas libre ! »

Quant à la morale de l’histoire, on s’assied dessus.

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6. TWERKING mode d’emploi

  • Sur quelle playlist ?

« Baby Got Back » de Sir Mix-a-Lot, l’hymne des grosses fesses par excellence, mais aussi « Bubble Butt » de Major Lazer , pour le clip super second degré, et « Twerk It », de Busta Rhymes featuring Nicki Minaj : des filles à très très gros attribut(t)s.

  • Comment twerker ?

_ www.officialtwerkteam.com : deux filles très très apprêtées qui dispensent vidéos et conseils sur leur site internet qui pique les yeux.

_ « How to twerk / Club Dance Moves » (sur YouTube) : un vrai tuto de 3’30 avec, sur fond blanc, une pro qui explique pas à pas.

_ « How to do a body roll, booty popping, twerking, combo » (sur YouTube) : un cours mêlant théorie et pratique pour celles qui veulent perfectionner leur art.

_ Cours de booty therapy de Maïmouma (sur YouTube) : un cours collectif précédé des explications avisées de la gourou française du genre. Selon elle, la pratique, au même titre que le yoga ou la zumba, libérerait le corps et l’âme de celles qui pratiquent. L’une des seules vidéos bon enfant du web !

Pour aller plus loin…

_ « Elders react to twerking » (sur YouTube) : les réactions de personnes d’âge respectable à qui l’ on fait visionner des vidéos de twerk.

_ www.worldofwonder.net/intervention-addicted-to-twerking : Une parodie où la famille d’une twerkeuse fait tout pour l’aider à soigner ses déhanchements compulsifs. À la fin, tout s’arrange : elle arrête le twerk pour l’héroïne...