10 questions aux femmes en Croatie

Mis à jour le 15 février 2019 par Marie Guérin
10 questions aux femmes en Croatie

Ce lundi 1er juillet, l'Union Européenne compte un pays de plus dans ses rangs: la Croatie. À cette occasion, nous avons rencontrés six Croates, chez elles. Elles ont partagé leur quotidien... pas très différent du nôtre, finalement.

Business, famille, lifestyle, politique à quoi ressemble la vie des femmes en Croatie?

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1. Parlons business.

Quel est le profil de la business woman croate?

Ivana Matic, fondatrice du réseau pour femmes entrepreneurs, Women in Adria: ": "Il n'existe pas de profile-type. Chaque femme a sa propre méthode et sa façon de gérer son business. 30% des entreprises sont détenues par des femmes. C’est une pourcentage comparable aux autres pays de l'Union Européenne, nous n'avons donc pas à rougir de notre situation. Par ailleurs, nous pouvons en être fières, il y a 20% de femmes dans les comités de direction des entreprises alors que la moyenne européenne est de 12%.

Par contre, un fait est clair, et ce n'est pas uniquement en Croatie, il est beaucoup plus efficace de travailler au sein d'un réseau. Un réseau de femmes entrepreneurs, en l'occurrence."

Y a-t-il une différence entre hommes et femmes dans le domaine de l’entreprise?

Jadranka Boban, CEO de l'entreprise d'alimentation bio Biovega: "Il n’y a pas de différence entre hommes et femme au niveau de la création d’entreprise. Ce sont les même règles pour tout le monde. Il n’y a pas d’aide spécifique non plus. Le gros problème, c’est surtout l’extrême bureaucratisation de la démarche et la corruption lorsque l’on veut gérer son entreprise. Par exemple : j’ai loué un bâtiment pour mes bureaux, sans avoir que l'électricité y était volée. Du jour au lendemain, tout le jus a été coupé. J’avais des chambres froides, des frigos, du matériel, tout le bâtiment a été plongé dans le noir. Il fallait que je paie un pot-de-vin pour qu’on me réactive le réseau électrique. C'est un exemple, parmi tant d'autres, de nos tracas liés à la corruption."

Jadranka Pejic

Qu’est-ce que l’entrée dans l’Union Européenne va apporter à l’entreprise, selon vous?

Jadranka Boban: "J'espère, avant tout, que la corruption va pouvoir être éradiquée. Quand vous y êtes confrontés, vous ne savez pas à qui vous adresser car vous ignorez qui est impliqué. L'Union Européenne va remettre dans l'ordre dans tout cela afin de persuader les entrepreneurs d'arrêter de payer."

Andreja Turcin et Ivana Matic
Andreja Turcin et Ivana Matic

Que pensent les jeunes de leur avenir professionnel?

Ana Burica et Josipa Majic ont 20 et 23 ans, elles sont étudiantes à la faculté économique de l'Universtié de Zagreb, en parallèle elles ont monté leur société d'applications et software pour le secteur médical. Elles ont lancé une application iDerma à destination des médecins. Elles ont également créé un ours en peluche capable de mesurer la température et la tension d'un enfant et d'envoyer les informations sur le smartphones des parents ! Elle sera commercialisée d'ici un an, produite en Croatie, en textile bio.

Josipa Majic: "C’est difficile de créer un business, surtout si on veut produire en Croatie. Mais cela peut être considéré comme un challenge."

Ana Burica: "Il y a de plus en plus de jeunes qui développent leur entreprise parallèlement à leurs études. C’est ce qu’il faut faire. Être à la faculté n’est pas suffisant, il ne faut pas espérer trouver un job en sortant. Il faut créer soi-même son travail en amont. C’est un moment-clé dans la vie, on est jeune, on a des idées, de l’énergie et du temps."

Ana Burica et Josipa Majic
Ana Burica et Josipa Majic

 

2. Parlons famille

Quelle est la situations de femmes qui travaillent lorsqu’elles sont enceintes?

Ivana Matic: "En Croatie, généralement, les femmes arrêtent de travailler une fois qu'elles ont des enfants. Il n'existe pas de possibilités d'aménagement d'horaires ou de temps partiel. Nous bénéficions d'un congé de maternité de 12 mois, dont 6 mois rémunéré. Après cela, il est rare que les femmes se remettent au travail. Les hommes ont également un congé de paternité. Dans mon cas, par exemple, après les six premiers mois, mon mari a pris le relais pour les six suivants. Mais ce n'est pas un cas de figure fréquent. J'étais à l'époque cadre dans une entreprise de télécommunications et cela m'a vraiment fait prendre conscience des difficultés que pouvaient rencontrer les femmes qui travaillent. C'est ainsi que j'ai décidé de créer un réseau d'entraide en 2010."

Qu’est-ce que l’ère post-communiste a apporté aux femmes?

Jadranka Boban: "Le communisme a eu de bons et de mauvais côtés. Il a installé une certaine forme d'égalité car les femmes ont pu travailler, être responsable de leur famille. Cependant, elles n'obtenaient pas de postes à responsabilités. Ensuite, les entreprises se sont privatisées, les femmes ont eu accès à des postes plus importants et à plus de choix. Il en est de même pour les infrastructures liées à la familles comme les crèches et les écoles. Elles coûtent désormais plus cher, mais les services sont plus diversifiés et plus complets."

Y a-t-il une différence entre homme est femme dans les familles?

Jadranka Boban: "Je me souviens quand j'ai accouché de mon premier enfant, c'était un garçon. À côté, la jeune femme qui partageait ma chambre avait également accouché. Elle était en pleurs. Elle venait d'avoir une fille. Elle disait qu'elle aurait des problèmes avec sa famille".

Ivana Matic: "Lorsqu'on accouche, on nous pose une question qui est emblématique de la situation: "Avez-vous eu un garçon ou un enfant?

En ce qui concerne le mariage, la courbe est négative et nous avons des enfants de plus en plus tard, après nos études, vers 30 ans. Comme les autre Europénnes."

3. Parlons politique.

Existe-t-il des mouvements féministes en Croatie?

Andreja Turcin, directrice de la banque Privredna à Zagreb: "Il existe des mouvements politiques très actifs (comme BISER, Kareta,Zenska Infoteka, The Network Women's Program - ndlr) mais ils sont moins radicaux que d'autres mouvements comme ceux que l'on peut voir en Europe, je pense aux FEMEN, par exemple. Nous avons également des magazines féminins, attachés aux droits des femmes et aux sujets qui les concernent (le ELLE Croatia ! - Ndlr) mais ils abordent également d'autres thèmes, propres aux magasines féminins."

Quelle est la place des femmes au sein de la politique croate?

Andreja Turcin:"Le pourcentage de femmes qui font de la politique est inférieur à la moyenne européenne. Par contre, celles qui en font, sont très puissantes. Notre ex-Premier Ministre était une femme,Jadranka Kosor, elle fut l'une des première à occuper ce poste en Europe. Dans le gouvernement actuel, Milanka Opačić, notre Ministre des Affaires Sociales, a fait beaucoup de réformes, notamment pour la famille en réglementant l'adoption qui était vraiment problématique. Je citerais également, ancienne leader du Parti Social Liberal Croate, toujours très influente et Vesna Pusić, notre Ministre des Affaires Étrangères."

4. Parlons style.

La mode est-elle importante en Croatie?

Ida Prester, chanteuse, présentatrice TV et fashion-addict: "les Croates adorent la mode. Ici, il y a beaucoup de petits créateurs locaux. Certains ce sont rassemblés pour former un collectif afin de recevoir des subsides de l’UE, comme The Clash of 9. Nous avons l'Université du Textile et du Design, à Zagreb, et trois fashion weeks par an !

Les femmes aiment la mode à petits prix, le "pas cher". Rien de luxueux mais du bien fait, bien pensé, avec une idée comme ma boucle d’oreille en forme de couteau de cuisine. C'est original. C’est le règne du plastique et du plexiglas mais avec une petite touche authentique. Tout comme la scène musicale, la mode est un milieu très alternatif, underground. Si je devais citer des jeunes créateurs croates, je choisirais Roba, Juraj Zigman, Dioralop, Tamara Bombardelli, Oh Tiger et Dragou (bijoux).

Ida Prester
Ida Prester