Le mercredi de la Fashion Week de Milan a marqué un véritable retour aux sources pour Maria Grazia Chiuri, qui présentait son très attendu premier défilé chez Fendi. Rejoindre la maison signifie pour elle un retour à Rome, sa ville natale, mais aussi à la marque où elle a débuté sa carrière ; elle avait intégré Fendi à 24 ans, y restant dix ans avant de rejoindre Valentino en 1999. En 2026, Chiuri — l’une des rares femmes créatrices à évoluer à ce niveau dans l’industrie — prend les rênes de Fendi.
Après avoir dirigé pendant dix ans les collections féminines de Dior, transformant la maison de couture française en l’un des poids lourds du secteur, Chiuri a imaginé pour sa première collection Fendi une devise limpide : « Less I, more us ». Le message, inscrit le long du podium en anglais et en italien, faisait écho à sa manière de travailler tout en saluant l’approche collective des cinq sœurs fondatrices de Fendi.
Le défilé s’est ouvert sur une série d’indispensables luxueux du vestiaire — le tailleur noir parfaitement coupé, la chemise blanche, le trench-coat, la nuisette bordée de dentelle — dans une palette dominée par le noir, le blanc et le beige, dynamisée plus tard par des touches de bleu, de jaune et de rouge à travers les accessoires et les T-shirts. Les imprimés animaliers, d’abord discrets sur les sacs et les chaussures, ont ensuite pris de l’ampleur avec des gilets léopard et des manteaux zébrés. (L’imprimé zèbre a également été revisité en perlage ton sur ton sur une robe droite nude.) D’autres silhouettes adoptaient une dimension plus utilitaire, mêlant combinaisons de travail, parkas, double denim et pantalons cargo.
Les tenues du soir ont particulièrement retenu l’attention, avec ces robes flatteuses dont Chiuri a le secret. On imagine sans peine les personnalités venues la soutenir — Monica Bellucci, Uma Thurman ou encore Jessica Alba — porter ces créations sur tapis rouge ou lors d’un dîner à Hollywood. Les modèles transparents et en dentelle étaient superposés à des bralettes et des culottes taille haute, une signature déjà explorée chez Dior, tandis que perles et franges apportaient relief et mouvement aux robes droites noires et beiges. D’autres robes en soie se déclinaient en noir, blanc et rouge. Le sac Baguette — développé par Chiuri aux côtés de Silvia Venturini Fendi dans les années 1990 — a été réinterprété dans une variété de textures et d’imprimés particulièrement ludiques.
Chez Dior, Chiuri s’est imposée comme une défenseuse engagée des femmes, intégrant des messages féministes à ses collections, lançant le programme de mentorat Women@Dior en collaboration avec l’UNESCO, et collaborant régulièrement avec des artistes et artisanes, qu’elle mettait en lumière grâce à la plateforme internationale de la maison. Cette philosophie semble appelée à structurer également son mandat chez Fendi. Pour ce premier défilé, elle a invité l’artiste Mirella Bentivoglio à collaborer sur les bijoux et a renoué avec SAGG Napoli, co-créant des écharpes de football à slogan et des T-shirts pour la collection.
Pour autant, Chiuri construit une narration qui lui est propre au sein de la maison romaine : l’atmosphère y est plus sensuelle, résolument italienne. De quoi susciter l’attente.