Ce n’est pas tous les jours qu’une styliste belge prend la tête d’une Maison de mode internationale. Plus rare encore quand il s’agit d’une femme. Pourtant, Meryll Rogge l’a fait. Après un parcours qui l’a menée de Marc Jacobs à New York à Dries Van Noten à Anvers, elle vient d’être nommée Directrice Artistique de la Maison italienne Marni. Un choix audacieux dans un secteur où, malgré une clientèle largement féminine, les hommes restent majoritaires aux postes de pouvoir.

Qui est Meryll Rogge ? Une créatrice au regard affûté, passionnée par l’artisanat, avec une vraie vision et un goût prononcé pour l’inattendu. Son label éponyme, lancé en 2020, incarne tout ce qui a aussi fait le succès de Marni : la couleur, l’émotion et une manière très personnelle de déjouer les attentes. Dans ses collections, on retrouve des imprimés rétro teintés de nostalgie, des silhouettes superposées qui évoquent des vêtements d’une autre époque, revisités par une femme d’aujourd’hui.

Rogge ne se contente pas de penser la mode : elle en interroge aussi le contexte culturel. Récemment récompensée par le prestigieux prix ANDAM, finaliste des prix Woolmark et LVMH, elle s’impose en force tranquille de l’industrie. En coulisses, elle conseille aussi des groupes comme Puig ou LVMH sur l’identité de marque et le storytelling. Elle sait conjuguer instinct créatif et stratégie commerciale, ce qui représente un atout de taille pour Marni, marque à l’héritage artistique fort mais en quête de résonance contemporaine.

 

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Sa nomination marque une rupture bienvenue dans une année où seules quatre des 17 directions créatives ont été confiées à des femmes. Elle est aujourd’hui la seule femme à ce poste au sein du groupe OTB (propriétaire de Diesel, Maison Margiela ou encore Jil Sander).

Si elle parvient à réactiver l’ADN de Marni, imaginé en 1994 par la visionnaire Consuelo Castiglioni, tout en le faisant vibrer avec une nouvelle génération, le pari sera gagné. Mais ceux qui connaissent son travail savent qu’elle n’a rien d’une faiseuse de revival. Rogge ne copie pas : elle construit, par couches. Son style est fragmentaire, intuitif, toujours traversé par une main féminine, à la fois douce et précise.

Sa première collection pour Marni est très attendue, même si la créatrice a déjà annoncé qu’elle continuerait en parallèle à faire vivre son propre label. Le multitâche, chez elle, est une seconde nature. Tout comme l’art de faire cohabiter des mondes qu’on croyait opposés.