24H en Liz Taylor

Mis à jour le 14 février 2018 par Elisabeth Clauss
24H en Liz Taylor

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Pour incarner une icône, Elisabeth Clauss avait le choix homonyme entre Elizabeth Taylor et Santa Clauss. Mais elle n’aime pas le rouge…

Photos: Emmanuel Laurent

07 h 01 

Mon iPhone me réveille. Je l’ignore.Aujourd’hui, je suis Liz Taylor pour les besoins d’une enquête de fond sur les icônes. Ce matin, je ne serai pas iConne. Je me rendors.

La video mode du jour :
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08 h 52

ça resonne. À l’autre bout des ondes, une voix m’interpelle : « Elisabeth, t’as l’heure ? »

08 h 53

Je ne suis ni levée, ni maquillée que le photographe m’a déjà reconnue.

09 h 26

On m’attend dans une splendide maison de designer pour prendre la pose. Ordinairement levée aux aurores et dopée aux smoothies bio, ce matin, je tâtonne dans le frigo à la recherche de champagne.

09 h 27

Je me souviens alors que je ne bois pas d’alcool. Et qu’il ne me reste que quelques heures pour me marier huit fois, avec sept hommes différents (si vous l’aviez oublié, Liz a épousé Richard Burton deux fois).

09 h 29

Je charge sur l’eyeliner. Puis j’appelle ma mère.

09 h 31

Sara Taylor, celle de Liz, était une sorte de folle esclavagiste qui a fait de sa fille un monstre de foire pour combler ses propres failles narcissiques.

09 h 32

En plus, elle lui piquait les cachets de ses films.

09 h 33

Lui faisait cramer les cheveux au fer par les coiffeurs de la MGM, arracher des dents pour avoir les joues creuses, et l’obligeait à travailler dix-huit heures par jour.

09 h 34

ça me fait penser de vérifier ce soir que ma fille a bien fait ses devoirs.

09 h 36

Ma mère, qui connaît bien le cas Taylor, me dit que pour trouver sept maris aujourd’hui, il faut que je sois capricieuse, dépendante affective, passablement alcoolique et angoissée du manque d’attention.

09 h 37

Elle ajoute : « En gros, ne change rien. »

10 h 18

Je me pare en star.

10 h 58

Je passe d’abord à la rédaction.

11 h 04

J’exige une loge, du Champomy à flots et une augmentation.

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Robe, Johanne Riss. Sandales, Repetto. Bijoux, Mélissa Kandiyoti.

11 h 07

La direction s’empresse de m’accorder tout ça. Mes yeux nouvellement mauves plongés dans la ligne d’horizon, je médite mon nouveau rôle.

11 h 26

Le photographe, qui m’attendait depuis deux heures pour le shooting, m’appelle furax : « Elisabeth, t’es ailleurs ? »

11 h 27

Je réponds : « Oui, c’est moi. »

12 h 34

En effet, Mike Todd, Mari #3 de Liz, a déclaré à son propos : « Laissez-moi vous dire que, cette petite-là, tout le temps qu’elle ne passe pas au lit, c’est du temps absolument gâché. »

12 h 36 

J’avise un lion dans le hall d’entrée.

12h 37

Un cadeau hommage de la MGM, sans doute.

12 h 39

Ah non, c’est la déco permanente. C’est parfait pour mon sujet, vu que Liz Taylor a vécu avec des tas de chiens, de chats, d’enfants et d’amants. Les uns vivant dans le bordel des autres. Sa mère racontait que l’actrice laissait ses toutous léchouiller le visage de ses bébés pour les laver, et que les chats faisaient leurs besoin sur la moquette. Moi qui me parfume au Dettol, ça me laisse pensive.

13 h 07

Pour le réalisme de l’expérience, il est temps que je passe en mode Cléopâtre.

13 h 08

J’appelle mon boss pour demander la deuxième augmentation de la journée. En 1961, de retard en report de tournage, cette production pharaonique (hin hin) avait déjà coûté 20 millions de dollars avant qu’un seul plan ait seulement été mis en boîte. Si Elizabeth l’a fait, Elisabeth peut le faire.

13 h 11

Mon boss me rappelle que Liz Taylor a fini dingue, boulimique et imbibée.

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13 h 12

C’est vrai. Je dois demander encore plus...

13 h 13

Je rétorque qu’elle a aussi été la première à s’engager dans la lutte contre le sida, qu’elle était généreuse (dépensière), notoirement super intelligente, aimante et que tous ses potes étaient gays. Ce qui en fait une fille très, très gaie.

13 h 18

J’obtiens mon augmentation, comme Liz qui faisait payer ses dépenses somptuaires par les studios, et je commence la séance de photos, parce qu’il m’en faut une bonne pour Tinder. Il ne me reste que quelques heures pour me marier huit fois.

13 h20 

Je me crée un profil, je mets en phrase d’accroche « Une chatte sur un TOI brûlant », et j’attends le sosie de Paul Newman.

14 h 31

Rien qui ressemble à Paul à l’horizon, rien que des types même pas milliardaires qui kiffent mes yeux violets.

14 h 32

Qui sont photoshopés.

14 h 58

Je décide de me concentrer sur le cas Burton. Ils ont commencé par se haïr. C’est une autre façon de s’aimer, juste plus fatigante.

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15 h 01

Pendant les scènes de baiser de Cléopâtre, Liz se bourrait d’ail et d’oignons avant d’embrasser Richard, ses yeux humides plantés sensuellement dans ceux de l’acteur au bord de la syncope chimique.

16 h 07

L’ail au lit, ça me rappelle que le frigo est vide, vu que pour rentrer dans le rôle, j’ai fait trois crises de boulimie aujourd’hui.

16 h 08

Ma quasi-homonyme a passé sa vie à faire du yoyo, des cures d’amaigrissement, et à tout se reprendre dans le buffet en deux barbecues.

16 h 09

Rien à voir avec moi.

16 h 12

Je fais une crise d’angoisse, que je gère au Champomy. Je tente de me faire offrir une rivière de diamants par un de mes contacts sur Tinder, « Capitaine Étalon ». Liz a bien épousé John Warner, Mari #7, un sénateur républicain. Juste après, elle a été hospitalisée pour dépression. Tu m’étonnes.

16 h 48

Je ne me suis toujours pas mariée aujourd’hui. Comme Elizabeth, j’ai plein d’amis mâles, mais pour 99,9 % d’entre eux, je ne suis pas le bon genre d’homme.

16 h 49

Liz d’ailleurs a été amoureuse pendant des années de Montgomery Clift, et ultraproche de Rock Hudson, tous deux portés sur le sexe fort, même si l’actrice, elle, avait plus de couilles que pas mal de garçons réunis, mais on ne discute pas les goûts et les Taylor.

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Robe, Diane von Furstenberg. Collier, Johanne Riss. Sandales, Repetto. Bague, Mélissa Kandiyoti. Bracelet, Olivia Hainaut.

17 h 52

En désespoir de cause, j’appelle Vladimir, un pote bricoleur, robuste comme une grue de chantier et russe au demeurant. En dernières noces recensées, Elizabeth a épousé un certain Larry Fortensky, ouvrier en bâtiment rencontré en cure de désintox. Ils se sont unis pour le meilleur et pour le pire (je vous laisse deviner) chez Michael Jackson.

18 h 24

Vladimir veut bien qu’on se marie fissa, mais il exige un contrat prénuptial et le partage de nos biens à son avantage.

18 h 26

Je décommande Stromae qui voulait bien accueillir nos épousailles, parce qu’il ne faut pas pousser Liz dans les taillis.

19 h 03 

Je débarque, impériale, au Delhaize, où je décide de n’acheter que des trucs dorés. Question de cohérence.

20 h 25

Je rentre enfin chez moi, claquée, survoltée, je n’ai pas fait les bonnes courses, il règne un bordel monumental dans mon appart’, les enfants ont invité des copains, et mes amis à moi, pour me voir habillée en Taylor et non en tailleur, se sont tous donné rendez-vous dans ma cuisine. ça rigole, le Champomy coule à flots, je fais une Liz plus vraie que nature.

23 h 17

Je quitte les oripeaux de Liz, je redeviens Elisabeth. Ce n’est pas plus reposant, c’est juste moins cher. Et enfin, je profite de la présence de mes potes indéfectibles, réunis autour de moi pour me soutenir quoi qu’il arrive. My Taylor is rich de ses amis.

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Merci à Adrien Coelho Premier Studio pour la perruque, à  Isabelle Bertrand Make-Up, au Delhaize Molière et à Mélissa Santamaria, à Maryam Madhavi pour sa maison et aux Musées royaux d’art et d’histoire (prochaine expo sur l’Égypte à partir du 15 octobre – infos : www.kmkg-mrah.be).