On a testé: le viagra féminin

Mis à jour le 22 mars 2018 par ELLE Belgique
On a testé: le viagra féminin

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On l'a testé, et ça marche ! 

 

La pilule du désir, on en parle depuis des années. Elle devrait arriver bientôt en pharmacie. Entre-temps, des médecins belges proposent déjà des moyens efficaces pour réveiller le désir féminin.

Bien sûr, on n’est pas obligées. Mais quand on a « envie d’avoir envie » et que le désir ne suit pas, avouons qu’une petite pilule viendrait bien à point. Un Viagra au féminin. Le Lybrido, un produit mis au point par une société hollandaise, pourrait être le premier à sortir des laboratoires de recherche. À moins que le Flibarinserin, produits allemand qui tente sa chance aux Etats-Unis, ne lui dame le pion.

L’aventure du « Viagra rose » remonte à plus d’une décennie. À l’origine, il y a l’immense succès commercial du Viagra. Découvert par hasard alors qu’il était voué à soigner les angines de poitrine, il est commercialisé par Pfizer en 1999 pour soigner les troubles de l’érection chez l’homme. Déclic immédiat auprès de l’industrie pharmaceutique : la libido féminine et ses périodes creuses représentent un formidable marché. Malheureusement, les tests cliniques du Viagra démentent vite son efficacité sur les femmes. La recette n’est pas compatible avec nos besoins, ou en tous cas, pas tout à fait.

« Le Viagra est un médicament qui favorise le maintien de l’érection en augmentant l’influx de sang dans la verge. Il a donc un effet purement physique ou mécanique », explique Iv Psalti, docteur en sciences biomédicales, sexologue et formateur. Chez l’homme, érection et désir sexuel vont généralement de pair, comme les deux facettes d’un même phénomène. Chez la femme, ça peut aussi être le cas, mais pas à tous les coups, et pas chez toutes. L’activité cérébrale correspondant au désir n’est pas toujours accompagnée de manifestations corporelles, et vice versa. Une femme peut avoir la vulve humide sans que cela ne se traduise en plaisir au niveau du cerveau. « Chez une femme, le seul composant du Viagra ne suffit pas. Si le médicament agit en stimulant le vagin et le clitoris, il ne va pas enclencher de désir en amont ! » complète le Dr Psalti, auteur de plusieurs ouvrages à ce sujet. Pour qu’un médicament intervienne efficacement dans les mécanismes sexuels d’une femme, il doit donc agir sur le corps et sur l’esprit.

Ce que le Flibarinserin, du laboratoire Boeringher Ingelheim, fera peut-être. Ayant raté sa carrière d’antidépresseur, ce médicament a l’ambition de réveiller le désir assoupi. Moyennant une prise quotidienne, et sans hormones. Ce qui, d’après les médecins, semble peu efficace.

Car, aussi étonnant que cela paraisse, ce qui nous fait vraiment de l’effet, c’est l’hormone mâle,  la testostérone. L’action de cette hormone sur notre cerveau déclencherait les échanges neuronaux indispensables au réveil de l’appétit sexuel. La solution serait donc de prescrire aux femmes de la testostérone. Pour autant, la prise de cette hormone n’est pas exempte d’effets secondaires malvenus, comme l’hirsutisme ou l’acné. Le casse-tête paraît insoluble. Et pourtant, Aadrien Tuiten, un séxagénaire hollandais, pourrait bien avoir trouvé une solution à cette équation. Après avoir mal vécu une déception sentimentale, ce docteur en psychopharmacie a passé une grande partie de sa vie à étudier les interactions entre afflux hormonaux et désir chez les femmes, afin de mettre au point un remède pour lutter contre les symptômes du désir sexuel hypoactif. Le Lybrido et le Lybridos sont composés de deux ingrédients principaux : un agent proche du Viagra, et de la testostérone.

« Ce sont des médicaments d’un nouveau genre, qui combinent deux principes actifs complémentaires, ciblant à la fois la tête et le corps », confirme Elisa Brune. Le Lybridos  contient également un agent désinhibant et s’adresse spécifiquement aux femmes qui éprouvent un blocage psychologique (issu d’un traumatisme, d’un biais liés aux conceptions religieuses ou familiales, par exemple). Le médicament est prévu pour fonctionner de manière ponctuelle, sans prise continue. Une seule pilule quelques heures avant d’aller au lit suffirait. Le dosage de chaque composant, leur action conjointe et leur effet limité dans le temps parviennent à de bons résultats lors des premières phases d’essais cliniques en 2013.

Toutefois, les deux Lybrido  doivent encore survivre à la troisième phase d’essais cliniques, prévue pour fin 2015, et surtout au verdict de la Food and Drug Administration (Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux), réputée très critique à l’égard des tentatives de commercialisation d’un médicament lié à la sexualité de la femme. On parle d’une sortie en pharmacie en 2017.

En Belgique, on n’a pas attendu le « Viagra rose » pour donner un coup de pouce au désir défaillant. >>>

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À Bruxelles, le docteur Thierry Hertoghe en prescrit depuis vingt-cinq ans. Il n’est pas sexologue, mais le chef de file de l’école belge d’une médecine dite anti-âge. C’est dans le contexte d’une fatigue générale de la patiente, d’un ralentissement du tonus, que la question de la libido arrive sur la table de consultation. Aux yeux de ce médecin, la bonne santé sexuelle est l’un des marqueurs de la bonne santé tout court. Si l’on n’éprouve plus de désir, c’est tout simplement parce que le taux de testostérone dans le sang est trop bas. Ce taux, il est en moyenne vingt fois moins élevé chez la femme que chez l’homme, mais il existe. Alors, si la patiente est demandeuse bien entendu, il lui en prescrit sous deux formes. Soit un gel transdermal qui, appliqué sur la peau, la traverse lentement pour entrer dans le corps et le sang. On en tartine tous les matins la face intérieure de l’avant-bras, la où la peau est toute fine. L’autre formulation, ce sont des injections intramusculaires une à deux fois par mois, dans les cas plus sévères.

Les résultats ? « Aussi importants que chez l’homme », affirme le médecin. Qui avance d’ailleurs les autres effets de ce traitement. Car la testostérone n’attiserait pas seulement le désir sexuel. Elle redonnerait la forme, protègerait les artères d’une femme de l’athérosclérose (le vieillissement des artères), empêcherait d’avoir de la cellulite (et il est vrai que les hommes, qui secrètent beaucoup de testostérone, ont les muscles bien lisses ), rendrait la patiente plus déterminée, plus sûre d’elle, et physiquement plus apte à pratiquer un sport, même intense. « Ce traitement a également un réel effet antidépresseur », termine le médecin.

Et les effets secondaires ?  Ils sont connus : acné, peau plus grasse, pilosité en bataille. Des signes de virilisation dus, explique le médecin, à la trop grande conversion de la testostérone, non virilisante en soi, en dihydrotestostérone, hormone virilisante. « Nous les controns en donnant une dose peu élevée de testostérone, et en l’accompagnant toujours d’hormones féminines protectrices. Enfin, on ajoute un bloqueur de la conversion de testostérone en dihydrotestostérone, comme la finastéride. »

Tout cela est un peu technique mais, à en croire les témoignages, ça marche (voir encadré) ! Pourtant, les hormones continuent à faire peur. « Elles font peur par manque de bonne information, estime le Dr Hertoghe. Il faut insister sur leurs effets bénéfiques, sur leur innocuité à condition de prescrire les bonnes doses et des produits bio-identiques (pareils à ceux que notre corps fabrique). La majorité des femmes qui en manquent souffrent en silence inutilement… Un vrai gâchis. »

Le Viagra pour fille existe donc déjà, même s’il ne dit pas son nom. N’empêche, on croit halluciner lorsque l’on lit les débats que l’hypothétique future pilule rose suscite. Au cœur de la question : les femmes ont-elles le droit d’avoir sous la main une arme aussi fatale ? Donc de maîtriser leur désir, en toute autonomie ? Et si elle finissait par y prendre trop de plaisir ?...

Plus sensée, la réflexion d’Esther Perel, sexologue et sexothérapeute belge vivant à New York. « Plutôt que de prescrire une pilule, je préfère amener ma patiente à se demander ce qui fait qu’elle n’a plus de désir. La plupart nous parlent de leur mariage devenu “institutionnel”. Où elles font ce qu’elles doivent faire, plus ce qu’elles veulent. Elles parlent aussi des rôles dans lesquels il les enferme : mère, belle-fille… Alors ce médicament, quel qu’il soit, je ne suis pas contre. Mais je demande : et maintenant, que vas-tu faire pour apprendre à penser à toi ? Je donne six verbes, une grammaire de la relation sexuelle. Savez-vous demander ? Savez-vous prendre ? Savez-vous recevoir ? Savez-vous donner ? Savez-vous partager ? Savez-vous refuser ? »

Et à celles qui demandent comment entretenir le désir : « Donnez-vous du temps pour vous, reposez-vous, faites-vous du bien, prenez soin de votre corps. A priori, une pilule ne peut pas faire ça pour vous. Sauf si elle fait partie d’une manière de vous préparer au sexe. »

Témoignage: j'ai testé la testo >>>

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« C’est un tube blanc dont le contenu a été préparé par mon pharmacien. Lequel m’a d’ailleurs un peu observée, par-dessus ses lunettes et la prescription du médecin. Je n’ai visiblement pas le profil du client habituel de ce produit. Gênée, j’explique que l’expérience est strictement professionnelle, encadrée par un médecin, et ne durera que quelques jours. La dose prescrite est d’ailleurs bien moins élevée que celle recommandée aux hommes. Les jours qui suivent, chaque matin, j’étale une grosse goutte du gel blanchâtre sur la peau très fine de mes avant-bras. Cela sent l’alcool. Au bout de trois, quatre nuits, je me réveille en sueur. Je viens de faire un rêve érotique. Quel dommage que je sois seule ! Autant vous dire que le vendredi suivant, alors que j’ai rendez-vous avec mon copain qui rentre de l’étranger, nous passons directement du resto à l’oreiller en zappant notre habituelle case ciné. L’effet du manque, sans doute : il a passé la semaine à Berlin. Pendant tout le week-end, pourtant, je ne le lâche pas d’une semelle, le coinçant dans les coins et le ramenant finalement au lit. Ravi, il n’en croit pas ses yeux et suggère de multiplier ces petites séparations que son boulot lui impose. Je finis par lui avouer qu’il fait partie d’une expérience demandée par mon journal. L’idée de faire cobaye n’a pas l’air de l’inhiber. Il regrette seulement que ce jeu n’aura qu’un temps. »

Louise Culot & Béa Ercolini