On a testé: 24h en obsédée sexuelle

Mis à jour le 20 février 2018 par Elisabeth Clauss
On a testé: 24h en obsédée sexuelle

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Elisabeth Clauss l’a bien compris. Pour penser kinky, même avec un bon QI, le I est
de trop.

9 h 01 Réunion de rédaction. On va parler du numéro de juillet, spécial sexe. J’ai plein d’idées. « Passez l’été en col roulé », « Se refaire une virginité », « Sex détox ». Je suis sûre que ça va cartonner.

9 h 07 Mes consœurs aiment bien le concept de se recentrer sur notre corps, à condition qu’il y ait quelqu’un d’autre dessus.

9 h 21 La brèche étant tiède et ouverte, chacune y va de ses expériences intimes du week-end. Je découvre mes collègues sous un nouvel angle. Littéralement. Il y a des photos.

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9 h 37 Je prends de fascinantes notes mentales, désormais instruite de la réalité de leur quotidien concupiscent. Ce mot est une merveille à découper.

9 h 42 Subitement dubitative (je vous laisse savourer), je leur demande si elles n’en rajoutent pas un peu.

9 h 45 Elles admettent, les lèvres serrées, que ce sont celles qui en parlent le moins qui en font le plus.

9 h 46 Je ne trouve rien à répondre.

9 h 50 Sur un consensus (vous avez compris le principe maintenant), je me porte volontaire pour passer une journée à traquer la sexyness des choses. Puis je me barre d’ici, parce qu’on vient d’entrer en ère pré-hystérique.

10 h 00 Je téléphone à mon amoureux pour l’informer que je deviens officiellement obsédée sexuelle.

10 h 01 Il raccroche en me disant « Madame, vous avez composé un faux numéro ».

10 h 02 Il rappelle. Il a percuté. Il veut qu’on déjeune ensemble.

10 h 14 C’est drôle, j’étais sûre qu’il avait une réunion vachement importante.

10 h 33 Tout à fait par hasard, j’atterris dans un love shop. Dans un but d’honnêteté vis-à-vis de nos lectrices, qui, pour aimer le luxe, ne sont pas contre un peu de luxure. Pour elles, mon approche de la libido à réalité augmentée sera empirique.

10 h 50 Je ne comprends pas à quoi servent les trois quarts des trucs exposés ici.

10 h 52 Je m’empare à pleines mains d’un objet oblong en silicone, qui ressemble étrangement à un épluche-légume, et n’arrive pas à décider où on peut bien se le ranger, si j’ose dire.

10 h 57 La vendeuse me demande si j’ai besoin d’aide, mais plutôt donner une conférence sur le clitoris, à poil sur Arte et sans talons, que d’admettre que je suis autant lourdée ici qu’au rayon électricité du Brico.

10 h 59 Où il faudra que j’achète bientôt des piles.

11 h 04 Obligeante, la vendeuse me confie un échantillon de produits dans un emballage de papier kraft, à titre « d’observations pour l’article ».

11 h 23 Je passe devant une librairie. Consciente que la zone érogène la plus puissante du corps humain se situe non pas entre les jambes mais entre les oreilles, je décide de m’émoustiller les neurones avec de la bonne littérature coquine.

11 h 28 J’ai l’impression d’être un pervers en imper.

11 h 29 J’avise l’opus édifiant de Dan Anderson qui, pour être gay, a eu une idée joyeuse : rédiger ses « Sex tips », conseils d’un homo à sa meilleure amie. On y apprend notamment les sophistications insoupçonnées de la branlette. ça vaut le coup d’oeil.

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12 h 16 Je rentre pour mon lunch avec mon amant. Toutes ces histoires de chair, ça m’a donné faim. J’ai changé de chaussures (plus hautes), de jupe (plus courte), et j’ai sorti mon parfum des grandes occasions. C’est mon péché capiteux.

12 h 17 L’homme arrive, étonnamment à l’heure, pour une fois.

12 h 18 Il m’embrasse avant de me demander ce qu’on mange. Pour la première fois depuis six mois.

12 h 19 Je lui réponds qu’on n’est pas obligés de manger.

14 h 05 C’est malin, maintenant j’ai faim.

14 h 30 Retour à la rédaction, avec mon sac en papier, tellement discret qu’on dirait qu’il vient d’un sex-shop.

14 h 48 Avec mes collègues, on dépiaute le colis de joujoux.

14 h 49 Je jure devant Dieu que je ne sais pas à quoi peut bien servir cette spatule en silicone qui semble destinée à décoller la pâte à gâteau du bol du mélangeur, à part à décoller la pâte à gâteau du bol du mélangeur.

15 h 02 Mes collègues font les débutantes rougissantes, ne veulent rien emporter chez elles, et comme j’en ai assez de devoir tirer tout le monde (par la main), je m’énerve et je leur dis que mes cadeaux, elles peuvent toujours se les coller où je pense.

15 h 09 Je quitte la pièce, en plantant tout là.

15 h 09 et 30 secondes Je repasse la tête dans la salle de conférence, il n’y a plus rien sur la table. Rien.

15 h 10 J’enquête sur les géniales innovations génitales du moment.

16 h Il apparaît que la grande tendance du moment, c’est « la propreté » de ce que, du temps de nos grands-parents, on appelait « les parties sales » (ça vous raconte comment ça devait rigoler dans l’alcôve).

16 h 08 Pour Gwyneth Paltrow, le summum de l’extase, c’est le V-Steam, ou nettoyage du vagin à la vapeur, aux infra-rouges et à l’armoise. Assise nue, à califourchon sur une chaise percée à cet effet. Avec, en-dessous, le nettoyeur pour vitres et moquette du télé-achat, sauf qu’il faut prononcer le « t » à la fin (on m’a obligée à écrire ce papier).

16 h 16 J’appelle ma gynéco, pour lui demander ce qu’elle pense de l’aseptisation du milieu tropical le plus équilibré du monde.

16 h 19 Comme la quasi-intégralité des associations de médecins américains et même français – c’est dire –, ma spécialiste est effarée. Pour ficher en l’air la flore, c’est nickel. Plus d’un million des lectrices de l’actrice se seraient engouffrées dans son sillon, et on court à la catastrophe sanitaire. La Paltrow, elle parle trop.

17 h 36 Je découvre dans la foulée que le pendant masculin de la mimine détergée, c’est la biroute à la menthe.

17 h 39 Le Mojo, c’est un nouveau produit cosmétique destiné au sexe dit fort, pour, je cite, « les hommes soucieux de leur attribut qui veulent garder leur sexe doux, frais et propre plus longtemps ». De la crème hydratante à quéquette, parfum Hollywood chewing-gum.

17 h 40 Avant la débandade définitive de l’Occident, je décide de faire l’impasse sur les gélules qui parfument le vagin à la pêche (avoir la culotte qui sent comme le sapin accroché au rétro d’un taxi, j’hésite) et les comprimés qui donnent au sperme un goût de fraise (disponibles en grande surface aux états-Unis).

19 h 22 Je rejoins mon amie Léonie, à qui j’ai donné rendez-vous pour l’apéro. Léonie est dessalée, blonde et lesbienne. Je lui raconte mes obsessions de la journée.

19 h 24 Elle me dit que je ne peux pas être exhaustive si j’ai pas tout testé, et me fait un clin d’œil en suçotant la rondelle de citron de son Perrier.

19 h 26 Rendons à Rocco ce qui est à Siffredi : j’ai les mêmes goûts en matière de sexe qu’en matière de mode. Question motifs, je préfère les gros nœuds aux petites fleurs.

19 h 39 Léonie me dit qu’il ne faut jamais dire « fontaine ». Femme, fontaine.

20 h 15 Mon amoureux m’appelle, il m’a préparé une surprise, je dois rentrer dans mon home, sweet home.

20 h 45 Cet homme, sweet homme, a préparé un dîner aux chandelles. Il a parsemé l’eau tiède de la baignoire de pétales de rose, mis des draps de satin dans le lit. Déposé des livres kinky sur la table de chevet, prévu une bougie de massage ambrée qui fond gentiment. Il propose de me servir d’objet d’étude.

20 h 46 Mince, il fait bien de me rappeler que je n’ai pas fini d’écrire. Pour être centré sur la toison, mon article n’est pas encore bouclé.

23 h 37 Tandis que je mets le point final à mon test d’obsédée sexuelle, en jogging, tongs publicitaires et pince en plastique dans les cheveux relevés à la campeuse, il tente de déboucher la baignoire, dont le siphon, font, font, les petites marionnettes, est bourré de pétales de ces saloperies de fleurs transgéniques.

00 h 01 Je le rejoins pour manger les huîtres au gingembre qu’il m’avait subtilement préparées. Je ne voudrais pas qu’il me fasse un burnes-out.