Émergeant de l’obscurité, un mannequin s’est avancé sur le podium surélevé de Schiaparelli, vêtue d’un pull torsadé couleur avoine scindé en son centre par un empiècement diaphane qui dévoilait la peau. C’était lors du défilé automne-hiver 2026, et ce n’était là que l’une des premières manifestations de cette nouvelle approche de la maille.

Un peu plus tard, Tom Ford donnait le ton pour le printemps-été 2027 à grand renfort d’un spectaculaire body ajouré et de tops aux découpes translucides. « La provocation ne m’intéresse pas. Ce qui m’intéresse, c’est le risque qu’implique la liberté », rappelait Haider Ackermann, directeur artistique de Tom Ford, dans ses notes de défilé. Les cardigans épais et informes semblent bel et bien appartenir au passé : la maille n’a jamais paru aussi aérienne, sculpturale et vivante.

Partout, les créateurs s’emploient à bousculer les codes du tricot traditionnel. Des labels comme Diotima,Emily Dawn Long ou Eckhaus Latta mènent la danse avec des mailles poids plume aux coupes asymétriques,des robes en crochet ajourées et des décolletés plongeants. Chez Zimmermann comme chez Prada, les encolures en V vertigineuses ont d’ailleurs largement rythmé les silhouettes automne-hiver 2026.

Cette métamorphose ne date pas d’hier. Dès 2019, la brassière en cachemire « Eda », pièce maîtresse de la griffe Khaite, devenait virale et se retrouvait instantanément en rupture de stock après avoir été immortalisée sur Katie Holmes alors qu’elle hélait un taxi new-yorkais.

Tom Ford spring/summer 2027. Tom Ford printemps/été 2027

Pour la pièce Schiaparelli mentionnée plus haut, le directeur artistique Daniel Roseberry a puisé son inspiration dans l’inauguration de l’exposition Schiaparelli: Fashion Becomes Art au V&A Museum de Londres, tout en interrogeant la manière dont Elsa Schiaparelli avait elle-même révolutionné le vêtement. « Chaque silhouette et chaque accessoire recèle une contradiction manifeste », expliquait-il dans les notes de collection.« Prenez ce que j’appelle le “tricot impossible” : des torsades irlandaises traditionnelles greffées à des empiècements en tulle illusion. Cela donne l’impression qu’une pièce épaisse et lourde flotte sur le corps. » Une démarche radicale, sans conteste, mais qui demeure étonnamment facile à s’approprier.

Kiko Kostadinov spring/summer 2027. Kiko Kostadinov printemps/été 2027

La ligne féminine de Kiko Kostadinov doit aujourd’hui une part essentielle de son succès à ce parti pris : une maille pointue, aux volumes sculptés et aux constructions si inventives qu’elles ne ressemblent presque plus à des pulls ordinaires. Sans verser dans la provocation explicite, ces créations distillent une sensualité feutrée.Conçues pour l’anatomie féminine à travers un regard de femme (female gaze), elles s’affranchissent des stéréotypes habituels — à l’opposé de la sensualité frontale revendiquée par Ackermann chez Tom Ford, où l’éloge du corps nu reste central.

« Nous ressentions le besoin de développer une silhouette qui nous permette de travailler la transparence »,confiait récemment à ELLE Deanna Fanning, codirectrice artistique du vestiaire féminin avec sa sœur jumelle,en amont de leur défilé printemps-été 2027. Le duo est bien connu pour télescoper les époques, entre silhouettes médiévales et touches rétrofuturistes.

Eckhaus Latta spring/summer 2027. Eckhaus Latta printemps/été 2027

Si les silhouettes alliant sensualité et nonchalance ont largement fait parler d’elles cette saison, la maille démontre qu’elle peut, elle aussi, se faire caressante, vaporeuse et désirable. Mieux encore : le pull sexy s’impose désormais comme l’alternative idéale — et infiniment plus facile à porter — à l’incontournable robe transparente.

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