Originaire d’Oxford, le nouveau directeur artistique de l’historique maison française ne jure créativement que par Paris. Artisan de l’élégance, ancré dans une authentique tradition de Couture, Peter Copping nous partage sa passion pour la construction des vêtements, pour la féminité réinterprétée, et pour le thé.

A 59 ans, le designer en affiche quarante auprès de maisons célébrées pour leur déclinaison sophistiquée de créations ancrées : Sonia Rykiel d’abord, puis Louis Vuitton avec Marc Jacobs, Nina Ricci, Oscar de la Renta à New York (mais il est rentré après deux ans, l’Europe lui manquait trop), et Balenciaga aux côtés de Demna pour la collection Couture. « L’un des aspects les plus formidables chez Balenciaga, c’est que l’équipe était vraiment très jeune. Ça a été une période d’apprentissage intense, pour nous tous. J’ai ensuite été approché par Lanvin. J’étais tellement enthousiaste ! C’est une maison qui a toujours été présente dans l’histoire de la mode, même si elle n’a pas eu la même visibilité que les grandes marques ces derniers temps. En tant que passionné et étudiant en mode, je connaissais bien la maison et le travail de Jeanne Lanvin. Et celui de certains de ses successeurs, comme Claude Montana dans les années 80, qui a réalisé de magnifiques créations. Évidemment, j’étais aussi un grand admirateur du travail accompli par Alber.» Peter Copping s’est immédiatement senti dans son élément pour aborder l’esthétique « Parisienne chic », prolongement de l’esprit fondateur de Lanvin, grâce notamment à son expérience chez Nina Ricci, « deux maisons fondées par des femmes, très dynamiques et très fortes ».

Le créateur a eu accès aux réserves du Musée Galliera pour compléter sa connaissance de la maison : « Des archives fabuleuses, qui se présentent sous de nombreuses formes : dessins, broderies, vêtements… toute cette documentation représentait une exceptionnelle source d’inspiration. Je l’ai donc explorée en profondeur, mais sans tomber dans une approche trop académique. »

L’an un de son Lanvin

Alors que 2026 marquera le centenaire de la collection Homme de Lanvin, Peter Copping souhaite appliquer aux lignes masculine et féminine le même vocabulaire et la même vision : « C’est un processus intéressant, les frontières se sont estompées. » Sa priorité ? Que les pièces soient soit d’une qualité irréprochable, avec un souci du détail remarquable pour la façon extérieure, mais aussi à l’intérieur, que l’on sente le véritable travail de conception et de recherche qui la sous-tend.

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C’est très important que le produit soit adapté à notre époque

« Et je pense, d’après les retours que j’ai eus, que les gens apprécient effectivement le soin apporté aux vêtements. Ils sont très attachés à cette maison, ce qui rend ma mission très agréable. Je pense que chaque collection se construit étape par étape, en cohérence d’une évolution. J’irai de l’avant au fil des saisons pour y apporter davantage ma touche personnelle. Nous nous tournons notamment vers des techniques modernes. Je ne souhaite par exemple pas forcément que la broderie soit très traditionnelle et laborieuse. On utilise plutôt des pierres et des perles thermocollées, ce qui donne une impression d’immédiateté et évite un aspect trop historique. Je pense qu’il est très important que le produit soit adapté à notre époque. Je trouve intéressant de composer un équilibre entre un style parfois très artisanal et une sensibilité plus moderne. »

Lanvin SS26 catwalk Peter copping interview

Lanvin SS26 - Launchmetrics Spotlight

Lanvin SS26 catwalk

Lanvin SS26 - Launchmetrics Spotlight

Lanvin SS26 catwalk

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Tricoter la nouvelle histoire de la maison

La maille tisse l’une des obsessions créatives de Peter, qui a préparé pour la précollection SS26 toute une gamme de tricots très près du corps. « Notamment un magnifique legging taille haute, décliné en deux nuances de noir, avec une rayure sur le côté. En venant travailler, je croise chaque jour au moins quatre ou cinq femmes qui portent un manteau et laissent entrevoir leur legging. Je voulais donc proposer des pièces qui reflètent la façon dont les femmes s’habillent réellement. La maille, c’est l’image de la mode concrète. Le pull est un vêtement confortable, très polyvalent, tout le monde en porte. Nous avons fait fabriquer, dans des ateliers spécialisés en Italie, des mélanges de laine fine et de cachemire avec d’autres matières nobles. On peut donc porter les pulls de cette collection aussi bien au bureau qu’en soirée. Pour les grandes occasions, nous créons bien sûr des robes longues, qu’on ne porterait pas en journée. Quoique chacune fait ce qu’elle veut (rires). »

Lanvin sur, et dans la peau

Peter Copping ne se repose pas sur les lauriers d’une maison à fort potentiel qui appartient à un petit groupe et ne peut pas vraiment rivaliser avec les cadors de l’industrie, mais déplore parfois leur force de présence, notamment sur les tapis rouges  : « Ce sont toujours les mêmes maisons qui monopolisent l’attention médiatique grâce à leurs investissements colossaux. Et je pense que, parfois, les gens recherchent quelque chose d’un peu plus personnel, d’un peu plus confidentiel, et ils se tournent vers notre maison, espérant y trouver un concept qui leur plaît et auquel ils peuvent s’identifier. Et c’est ainsi que nous pouvons tisser des liens. »

Le directeur artistique ambitionne d’accompagner Lanvin dans un nouveau développement, en fidélisant sa clientèle « dans le monde entier, dans des villes et des lieux qui nous semblent pertinents. Je pense que cela dépendra en partie de mon travail. Les voyages seront essentiels. Il faut aller à la rencontre des clients. C’est ce que j’ai fait récemment à Londres et à New York. C’est un véritable apprentissage que d’aller sur le terrain, de voir les personnes qui portent nos créations, de discuter avec elles et de mieux comprendre leurs besoins. Dans les grandes maisons, on n’a tout simplement pas le temps pour ça, vous savez. Or, il est très important d’être proche des gens. D’aller à des ventes privées et à des événements, de voir où se porte leur désir. Je n’ai aucune envie de vivre dans une bulle à Paris ».

La lucidité pour évoluer

Peter Copping est très conscient des difficultés actuelles dans la mode, des facteurs économiques qui l’affectent, et il mise sur la transparence : « Il faut rester fidèle à soi-même, savoir ce que la maison doit représenter, ne pas essayer de plaire à tout le monde. Il faut être juste par rapport à notre identité, espérer que les gens le perçoivent et voient que c’est une maison authentique et intègre. On est bombardés d’images de tous les côtés, et on ne peut pas vraiment échapper à ce que font les autres. Il est presque impossible de ne pas être influencé d’une manière ou d’une autre par tout ce qu’on voit. Mais je pense qu’il faut persévérer, savoir qui on est, et s’attacher à rester soi-même. »

Lanvin SS26 runway Peter Copping

Lanvin SS26 - Launchmetrics Spotlight

Lanvin SS26 runway

Lanvin SS26 - Launchmetrics Spotlight

Lanvin SS26 runway

Lanvin SS26 - Launchmetrics Spotlight

Actif dans la mode littéralement toute sa vie, le créateur la connaît très intimement et rappelle que, lorsqu’il a commencé à collaborer avec Marc Jacobs chez Louis Vuitton, ils ne concevaient que deux collections par an. « C’était incroyable. Ça nous laissait énormément d’espace pour effectuer des recherches, voyager, trouver l’inspiration et développer des tissus exceptionnels. C’était un vrai luxe d’avoir autant de temps à consacrer à la création des bases d’une collection. Maintenant, tout est tellement précipité. Je pense que la Haute Couture est une piste intéressante à explorer pour Lanvin à l’avenir. Compte tenu de la taille de notre maison, il serait judicieux de proposer quelque chose de plus intimiste. Des pièces uniques, réalisées sur commande pour nos clients. On peut avoir une activité qui fonctionne sur deux niveaux avec des collections d’accessoires et de chaussures qui constituent une bonne porte d’entrée pour les clients de Lanvin, et d’autre part, on peut proposer des pièces artisanales d’une beauté exceptionnelle, produites en très petites quantités, voire réalisées sur commande spéciale. »

Peter Copping est un homme qui aime laisser infuser les idées ; English man in Paris, il salue en français avec un accent aux effluves d’Earl Grey, puis retourne diffuser son expérience à cette maison iconique, flegmatique, qu’il aime depuis toujours.