Quel est l’impact écologique des fleurs séchées ?

Mis à jour le 11 juin 2021 par Noemi Dell'aira Photos: Photo de couverture bouquet de Pollen Atelier
Quel est l’impact écologique des fleurs séchées ? ©Pollen Atelier.

Ces derniers mois, les fleurs séchées se sont propulsées au sommet des tendances déco. Aux couleurs douces ou acidulées, en bouquets ou couronnes, tout le monde se les arrache. Sont-elles plus écologiques que les fleurs fraîches ? Comment sont-elles séchées ? Bienvenue dans les coulisses d’un business qui gagne de plus en plus en popularité.

Le printemps rime habituellement avec couleurs vives et éblouissantes. Pourtant, cette saison, la tendance est aux fleurs séchées et aux nuances fanées. D’après Pauline Wattiez, productrice de fleurs locales et de saison en culture raisonnée entre le Brabant wallon et le Hainaut, la demande est en constante ascension. « Il y a un petit phénomène de mode malgré tout, mais au-delà de ça, les gens ont envie de faire de la récup’. On l’a beaucoup vu avec les meubles et les vêtements, et aujourd’hui, concernant la fleur, on intègre aussi ce principe-là. La durabilité du séché plaît aussi, notamment aux plus sentimentaux. Par exemple, on me demande souvent s’il est possible de faire sécher les bouquets des mariées. Il y a vraiment une optique de faire double emploi, de réutiliser, de donner une seconde vie », explique-t-elle.

Un brin de durabilité 

Un bouquet de roses importé aurait la même empreinte carbone qu’un voyage en avion de Paris à Londres, selon une étude réalisée par la Lancaster University. C’est cher payé pour trôner au centre de la table pendant une semaine tout au plus. La solution se porte alors sur les fleurs séchées qui promettent plus de durabilité dans le temps. Mais peut-on vraiment dire qu’elles sont plus écologiques que les fleurs fraîches ? Cofondatrice de Marie Poppies, la plateforme bruxelloise qui fait le lien entre les producteurs et les fleuristes et qui permet à ces derniers d’avoir accès à une large gamme de fleurs écoresponsables en circuit court, Valentine Weinand répond à cette question négativement. En effet, tout dépend du lieu de production, si elles sont cultivées à coups de serres chauffées et de pesticides. « Il ne suffit pas qu’une fleur soit belge pour qu’elle soit écologique. Il faut qu’il y ait une attention particulière à l’impact environnemental tout au long du processus de production », dit-elle. Rien qu’en 2019, Marie Poppies a réussi à épargner 17 tonnes de dioxyde de carbone grâce à son fonctionnement. Selon Valentine, l’importation des bouquets reste une véritable problématique qui n’a pas encore été suffisamment mise en lumière. « Quand on parle de fleurs, on pense que c’est forcément naturel, car ça vient de la terre. Pourtant, nous sommes encore loin d’une réalité écologique. » Pour qu’ils tiennent plus longtemps, les bouquets sont parfois aspergés de laque et colorés avec des produits qui sont, disons-le, tout sauf « green ».

Couronne de fleurs séchées posée sur une chaise en bois.
Couronne de fleurs séchées ©Paulette a des fleurs.

Nouveau business, nouvelles méthodes

Si le séchage de fleurs pour des utilisations ornementales, botaniques ou médicinales remonte à des milliers d’années et qu’il représente une tendance phare des années 80, à Bruxelles, les concept stores et boutiques de fleurs sont de plus en plus nombreux à se lancer dans la confection de bouquets séchés. Parmi eux, Pollen Atelier a établi son QG dans les locaux d’un restaurant inoccupé au Châtelain jusqu’à la réouverture des bars. Un vrai temple de la fleur séchée au coeur de la capitale. Fondée et dirigée par Aurélie Theunis, 31 ans, l’entreprise se consacre à cette tendance depuis le premier confinement. « Avant le lockdown, notre activité principale était de fleurir les événements. Nous faisions des bouquets séchés en parallèle, mais nous n’avions pas encore de site consacré à ça, ce qui était vraiment problématique. On a remarqué peu à peu qu’il y avait de plus en plus de demandes. L’idée nous plaisait : des bouquets qui durent, que l’on peut garder pendant de nombreux mois et même des années », raconte-t-elle. Aurélie et son équipe travaillent avec des fleurs européennes : « Notre grossiste principal nous livre des fleurs provenant des Pays-Bas, de France et d’Italie. Nous privilégions le circuit court. Actuellement, nous travaillons sur une collection spéciale ‘’belge et bio’’ en collaboration avec des producteurs de chez nous. »

Le boom des fleurs séchées a eu un réel impact sur les manières de travailler des personnes du secteur. La demande est si élevée que les fleuristes et grossistes doivent précommander les fleurs aux producteurs des mois à l’avance. Une bonne nouvelle pour ces derniers qui peuvent se faire une idée claire sur leur chiffre d’affaires, ce qui est plutôt rare dans ce domaine. Aujourd’hui, certaines fleurs sont produites et récoltées uniquement pour le séchage, alors que dans le passé, ce sont les bouquets invendus et les chutes qui étaient majoritairement séchés dans une démarche zéro déchet. C’est une étape supplémentaire et plutôt conséquente dans le travail des producteurs qui doivent en cultiver suffisamment pour pouvoir tenir jusqu’à la prochaine saison, en mars 2022. Les fleurs doivent être coupées une à une et au bon moment. Ni trop tôt ni trop tard. C’est toute une technique. Mais où font-ils sécher leurs fleurs ? Magalie Braune, ancienne architecte de 41 ans, s’est totalement redirigée professionnellement dans la culture de fleurs belges et écologiques. L’année dernière, elle participait à sa toute première saison de production de fleurs fraîches, mais aussi séchées : « Je n’avais pas vraiment d’endroit dédié au séchage. J’ai dû m’adapter à cette tendance et je n’ai pas eu d’autre choix que de les faire sécher chez moi, dans mon grenier. Si cette nouvelle saison est toujours aussi concluante que la première, je ferai construire un séchoir directement sur le champ pour l’année prochaine. » C’est donc tout un travail supplémentaire en matière de production, de récolte et surtout d’organisation. 

Do It Yourself

Selon Pauline Wattiez, toutes les fleurs ne peuvent pas être séchées. « Il y a des variétés qui sont plus favorables que d’autres au séchage, comme les immortelles qui portent parfaitement leur nom et dont le parfum caractéristique se rapproche de celui du curry. Mais je pars du principe qu’il faut tester, expérimenter, car on peut être surpris du résultat. On se dit, par exemple, qu’une renoncule ne va rien donner une fois séchée, car elle a énormément de pétales et risque de pourrir. Pareil pour la rose. Pourtant, il peut y avoir des rendus bluffants avec ces différentes espèces, même si c’est moins commun », explique l’experte. Parmi les variétés les plus disposées au séchage, se trouvent les delphinium consolida qui sont des petites fleurs d’un bleu vif, mais aussi les celosia qui ressemblent à des petits plumets de couleur naturellement flashy. Les fleurs dans les tons bleus, jaunes, roses et rouges gardent généralement assez bien leurs couleurs une fois sèches. Si le bouquet peut se maintenir plusieurs mois voire plusieurs années, son temps de conservation peut également varier en fonction de sa couleur : « Une fleur naturelle qui n’a pas été traitée peut se garder environ un an et les couleurs très fortes peuvent rester jolies facilement jusqu’à deux ans. C’est aussi le cas pour le blanc, mais on aura toujours un blanc un peu délavé, jamais un blanc pur. Ce sera toujours un blanc légèrement beige », explique-t-elle.

Pour un séchage optimal, il existe plusieurs étapes à suivre consciencieusement : premièrement, il est essentiel de placer les fleurs dans une pièce
ventilée à l’abri du soleil et de l’humidité. Il est également indispensable de nettoyer les tiges, c’est-à-dire d’en retirer toutes les feuilles afin de favoriser le séchage. Pour maximiser l’espace disponible, il suffit de créer des bottes avec un maximum de dix tiges pour éviter qu’elles ne pourrissent au milieu, les assembler avec un élastique et les suspendre tête vers le bas pour qu’elles se vident de toute leur eau. Le processus peut durer jusqu’à deux ou  trois semaines, voire plus dans certains cas. Pas grand-chose comparé au temps durant lequel elles embelliront votre cocon sous diverses formes, des plus minimalistes aux plus créatives. Welcome back to the 80s’ ! 

Conseils pour prendre soin de ses fleurs séchées à la maison

Élodie Wilmès, fondatrice du blog Love & Tralala et décoratrice florale qui compte près de 20.000 followers sur Instagram, nous partage ses astuces pour profiter de son bouquet séché le plus longtemps possible : la première règle, aussi la plus fondamentale, est de déposer son bouquet à l’abri du soleil pour éviter que les couleurs ne se délavent. Vos animaux sont du genre à tout détruire sur leur passage ? Placez votre composition florale dans une jolie cloche en verre. Cette astuce protège également de la poussière. Enfin, si votre bouquet est trop dense pour être préservé sous une cloche, passez un petit coup de sèche-cheveux à froid en puissance minimale pour le nettoyer doucement de la poussière ou autres résidus. 

Elodie Wilmès tenant à la main un bouquet de fleurs séchées.
Elodie Wilmès © Aurélie Bretonnière

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