Ménage(s) écolo(s) : toujours plus de charge mentale pour les femmes

Publié le 4 novembre 2019 par Elisabeth Debourse
Ménage(s) écolo(s) : toujours plus de charge mentale pour les femmes Elles sont de plus en plus nombreuses à porter, presque seules, la transition écologique de leur foyer.

Sur le compte « Troisième journée », des femmes dénoncent la charge mentale écologique qu’elles endossent malgré elles en voulant vivre un mode de vie plus écologique.

« Il refuse catégoriquement d’abandonner les bouteilles d’eau en plastique, parce qu’il n’aime pas l’eau du robinet et les bouteilles en verre sont, je cite, ‘trop lourdes et trop chiantes’ ». « Il est fier de dire que nous essayons de limiter nos déchets, mais lorsque je l’envoie avec des tups à la boucherie, il revient avec des emballages parce qu’il a oublié de les donner au boucher ». « J’ai l’impression d’avoir renoncé à ce qui me facilitait la vie ». Sur le compte Instagram « Troisième journée », les témoignages s’accumulent, entre deux détournements de publicités ménagères vintage. Des femmes y dénoncent le poids et la pression qu’engendrent leurs efforts pour mener une vie, notamment de famille, plus écologique. Une nouvelle déclinaison de la fameuse charge mentale, concept popularisé par la bédéiste Emma, mais introduit dès les années 80 par la sociologue française Monique Haicault : le phénomène selon lequel les tâches du foyer, même les plus anodines, sont particulièrement supportées par les femmes ; ces responsabilités encombrent leur esprit — sans nécessairement que son compagnon ou ses enfants en aient conscience — et empiètent sur d’autres aspects de leur vie.

 

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« La charge environnementale, c’est quand je dois m’absenter durant quelques jours et que, si je ne fais pas les courses avant, mon mari va acheter du suremballé », explique ainsi une anonyme sur Instagram. Sont témoignage a été recueilli par Marise Ghyselings, après que celle-ci ait suivi un cursus en études de genre et ait été confrontée à la théorie de la charge mentale et du féminisme à l’heure des réseaux sociaux. En guise de mémoire, cette journaliste belge a eu l’idée de lancer « Troisième journée », un compte engagé dans la lignée de « T’as joui », option écolo. Elle répond à nos questions sur la charge « environne-mentale » nouvelle plaie invisible des femmes.

Qu’est-ce que cette « troisième journée », qui est aussi le nom de votre compte Instagram ?

C’est en référence à la fameuse « double journée », phénomène que l’on connaît déjà bien. C’est en réalité une seule et même journée au cours de laquelle les femmes doivent cumuler travail professionnel et tâches domestiques. Quand on y ajoute l’impératif écologique, on peut se demander si cela ne représente pas une nouvelle charge de travail non-valorisé et non-rémunéré — une « triple journée » ou une « troisième journée » comme j’avais pu le lire dans le magazine féministe Axelle cet été. Installer de nouvelles habitudes liées la transition écologique demande du temps, de l’énergie et de l’organisation. Faire son propre produit lessive, acheter des produits locaux, de saison et sans plastique, sans oublier les bocaux en verre, gaspiller le moins possible, faire la chasse aux ingrédients toxiques, utiliser des couches lavables… Toute une série de nouveaux gestes auxquels il faut penser et dont s’occupent majoritairement les femmes. On ne peut pas leur demander de sauver la planète si les tâches, ainsi que toute leur anticipation et préparation, ne sont pas partagées au sein des couples hétérosexuels. Cela ne ferait que renforcer les inégalités et les « enfermer », dans l’espace privé…

Pourquoi les femmes endossent-elles davantage la responsabilité de la transition écologique de leur foyer ?

Plusieurs études démontrent que les femmes sont plus préoccupées par le changement climatique que les hommes. Non pas « par nature », ou parce que ce serait dans « leur ADN », mais parce qu’elles ont été éduquées ainsi. Dès leur plus jeune âge, les filles sont sociabilisées à être plus douces, plus attentionnées, pour prendre soin de leur entourage et de leur environnement. Face à l’urgence climatique et à l’inaction politique, elles se tournent donc vers leur foyer pour tenter de faire une différence.

 

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Le but du projet « Troisième Journée » n’est pas non plus de décourager celles et ceux qui luttent, à n’importe quel niveau, pour un avenir plus juste. Absolument pas. Via ce compte Instagram, j’espère simplement faire comprendre que c’est uniquement de manière collective et concertée, et non sur le dos des femmes, qu’un véritable changement pourra survenir.

De quel mal plus généralisé cette charge « environne-mentale » est-elle le symptôme ?

De la charge mentale, cette pression pour les femmes qui consiste à devoir penser à tout, tout le temps. Au sein des couples hétérosexuels, ce sont encore aujourd’hui elles qui s’occupent, largement plus que les hommes, des tâches domestiques et de celles relatives aux enfants. D’après un rapport de 2016 de l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes, elles consacrent 3h17 d’une journée aux tâches ménagères, soit 1h20 de plus que les hommes. C’est énorme. L’étude ne prend pas (encore) en compte les gestes durables, mais je serais curieuse de savoir s’ils ne renforcent pas cette répartition inégale. À mon avis, et d’après les témoignages que j’ai déjà pu récolter, complètement.

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