Paula Cademartori sera-t-elle la nouvelle Louboutin ?

Mis à jour le 17 avril 2019 par Veerle Windels et Virginie Dupont
Paula Cademartori sera-t-elle la nouvelle Louboutin ?

Optimiste. Désireuse d’embellir le monde. Modèle à suivre. Créatrice d’accessoires. Paula Cademartori (35 ans) est tout ça à la fois. Ses créations hautes en couleur font rêver d’un monde meilleur. Et c’est exactement ce que la Brésilienne veut transmettre.

« Si on ne prend pas les choses en main, rien ne se passe », confie-t-elle dans sa maison de Milan où nous l'avons rencontrée. « Ce que je fais quand je ne travaille pas ? » Elle affiche un large sourire et jette un œil vers l’extérieur. Vers la petite terrasse où de nombreuses plantes vertes bravent avec courage l’hiver milanais. « Quand je ne travaille pas, je joue avec Apollo, mon setter irlandais. Il a trois ans et demi. Et j’ai un nouvel homme dans ma vie. » Son regard pétillant en dit long. Après cette entrevue à cœur ouvert, Paula Cademartori prendra un air de conspiratrice pour me demander de prendre une photo. « Je la posterai plus tard sur Instagram. Je préfère les écrits mais la plupart des gens adorent les photos. »

Paula Cademartori a grandi à Porto Alegre, une métropole au sud du Brésil. Son père travaillait dans le secteur pharmaceutique et sa mère était avocate. Lorsque ses parents se sont séparés, elle a passé beaucoup de temps en compagnie de sa grand-mère, une femme qui savait y faire après une carrière en politique.

« J’ai grandi dans un pays qui accordait peu d’intérêt à la mode internationale », raconte Paula. « Il y a trente ans, on ne trouvait aucune marque française ou italienne au Brésil. Les murs de ma chambre étaient toutefois recouverts de posters des drôles dames. Et comme tous les Brésiliens, nous aimions regarder des séries et admirer toutes ces actrices tirées à quatre épingles. Mais les femmes les plus fortes faisaient partie de mon entourage. Elles m'ont transmis ce credo familial : si on ne prend pas les choses en main, rien ne se passe. Mon enfance n'a pas été bercée par les contes de fées. J’ai grandi dans le culte du travail. »

LA PRÉCISION ITALIENNE

À l’âge de sept ans, Paula passait tout son temps à dessiner. Elle aimait déjà les couleurs. Son activité favorite ? Mettre du vernis rouge sur les ongles de sa grand-mère. Elle était attirée par des études de mode à São Paulo mais ses parents ne voulaient pas en entendre parler. Une fois son diplôme en design industriel en poche, plus rien ne l’a empêchée de se consacrer pleinement à la mode.

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Elle s’est envolée pour l’Europe et s’est inscrite à un master en mode à l’institut Marangoni à Milan. « J'avais fait des recherches approfondies », explique Paula. « Sinon je n’aurais jamais eu la bénédiction de mon père. Je tenais à étudier à Milan pour sa grande expertise. Les Italiens connaissent leurs produits de A à Z. Mieux encore, ils sont les seuls à pouvoir fabriquer ce luxe. Ils taillent dans les peaux les plus chères avec la précision des chirurgiens. Et ils les assemblent avec tout autant de talent. »

Déjà à l’époque, Paula rêvait de créer son propre label. « Mais je n’étais qu’une jeune femme d’à peine 21 ans qui avait quitté son Brésil natal. J’ai travaillé comme une folle pendant mes études et le résultat ne s’est pas fait attendre. La création d'un premier sac à main pour Artegiani m’a donné l’idée d’écrire à toutes les grandes maisons pour leur proposer mes services. Je n'avais rien à perdre. La plupart voulaient un nom déjà connu mais Versace m’a appelée pour me proposer un stage. J’y suis finalement restée deux ans. Le département accessoires employait trois créateurs. J’ai eu la chance de pouvoir toucher à tout. J’ai aussi appris à sourire, chose qui n’est pas toujours facile dans l’univers de la mode. J'ai aussi découvert qu’il faut assumer la responsabilité de ses actes. Et qu’on peut avoir de l'impact. »

Paula a collaboré aux dix à douze collections que Versace sortait chaque année et a également appris à apprécier Donatella. « Une femme de caractère qui travaille à la vitesse de l’éclair. Et qui est résolument tournée vers l’avenir. Je regrette de ne l’avoir jamais revue. »

En février 2015, Paula a présenté sa première collection de chaussures. Elle n'avait que 26 ans, mais elle sentait qu’il était temps de voler de ses propres ailes. « Ça n’a pas été facile du tout. L’Italie n’était pas mon pays et j’ai dû quitter ma zone de confort. Milan est une ville remplie d’opportunités. Une ville qui peut ouvrir des portes et donner ou reprendre beaucoup. Il faut prendre le train en marche. Ou courir très vite à côté pour finir par faire le grand saut. (Rires) J'ai travaillé très dur ces seize dernières années pour franchir chaque étape. En réalité, cette situation n'avait rien de nouveau pour moi. Durant mon enfance aussi, on m'a souvent dit non. Aujourd’hui, j’en suis très reconnaissante. Car chaque « non », même le plus contrariant, a été important. Sans frustration, il n’est pas possible d’avancer. Encore moins de s’améliorer. »

APPRENDRE À RÊVER

Depuis sa toute première collection, elle se fie à ce qu’elle appelle son instinct. Ses créations la connectent à ses états d’âme les plus profonds. « Le mot instinct peut sembler ringard mais je veux simplement dire que la mode peut faire rêver. Elle aide à s’échapper dans une bulle d’où on peut observer de loin le monde réel. Une créatrice a le pouvoir d’apprendre aux autres à rêver. Et de les rendre plus forts. Je sens que cela me réussit : j'ai des fans qui m’achètent une pièce chaque saison et épargnent pour la suivante comme de vrais collectionneurs. »

Paula elle-même veut continuer à rêver, même si elle sait à quel point la mode est un univers impitoyable. « Arrêter de rêver n’est pas à l’ordre du jour. Je rêve de créer encore plus de produits et d'améliorer leur distribution. »

Aucune raison qu’elle n’y parvienne pas. Car durant toutes ces années, il lui a fallu batailler seule. Jusqu’à ce qu’en juin 2016, elle rencontre Renzo Rosso, l’homme derrière l’empire Diesel et le groupe Only The Brave qui détient aussi Maison Margiela et Westwood. Renzo Rosso a pris une participation majoritaire dans le label Cademartori en échange d’une importante stratégie de développement aux États-Unis et en Asie.

Ce plan prévoyait de prendre pied dans les meilleures boutiques et d’en ouvrir en propre. La marque gérait déjà des pop-up stores, entre autres au Bon Marché à Paris et à La Rinascente à Milan. « Je cherchais depuis un moment un partenaire pour développer mon label », confie Paula. « Renzo est un homme qui s’est construit tout seul. Il déborde d’idées et n'arrête jamais de penser. Il nous a fallu du temps pour être sur la même longueur d'onde mais aujourd’hui, je me réjouis d'avoir les bonnes personnes et la bonne énergie. J'ai le sentiment que Renzo respecte ma marque et veut préserver son identité. »

Cette saison, la collection répond au nom de « Paula in Wonderland ». La présentation à Milan était un vrai régal. Une demeure ancienne oubliée, des plantes tropicales, des livres qui ont défié le temps et semblaient perdus au milieu des chaussures et surtout d’innombrables créations qui attiraient le regard par l’exubérance du mélange de leurs couleurs et de leurs matières. Un décor 100% Cademartori, plein d’énergie et d’optimisme.

Il me reste à lui demander d’où elle tire son dynamisme et son éternel sourire. Paula répond sans hésiter une seconde. « Je me sens aimée et comprise. Car dans un monde teinté de gris, toutes mes couleurs ont du sens. »

paulacademartori.com