Martin Margiela sort du bois pour les 30 ans de l’ANDAM

Publié le 7 février 2019 par Elisabeth Clauss
Martin Margiela sort du bois pour les 30 ans de l’ANDAMNEW YORK, NY - FEBRUARY 13: A man's shadow is viewed as he has a cigarette outside of a midtown building on a bitterly cold day on February 13, 2015 in New York City. In New York wind chill values of 5 to 10 degrees below zero were predicted with more cold weather in store for the weekend. (Photo by Spencer Platt/Getty Images)

Pour les 30 ans de l’ANDAM, prix français d’aide et de soutien à la jeune création, l’énigmatique Martin Margiela, premier lauréat du concours et retiré de la vie publique depuis 2009, intégrera le jury.

Nathalie Dufour, fondatrice et la directrice du prix de l'ANDAM, réalise une belle performance : ramener Martin Margiela – l’un des plus grands génies de la création contemporaine, et on pèse nos mots – à exprimer une opinion à propos de la mode.

Celui qui a tout dit en textiles et en textures sans s’étaler verbeusement

et qui vit depuis 10 ans dans la discrétion de son héritage multi-pillé, participera à la 30ème édition du prix français, qu'il avait été le premier à remporter.

Nathalie Dufour avait bien misé : «en 1990, elle découvre, à mon deuxième défilé un gilet-objet réalisé avec des morceaux d'assiettes cassées. En comprenant que le recyclage sera la base d'une collection spécifique, elle a l'idée de créer le prix de l'ANDAM pour aider la jeune création. Je suis le premier à le recevoir et cette reconnaissance me permet de financer les débuts de mon «atelier artisanal» et initier sa commercialisation; cette collection intégrera le calendrier de la haute couture en 2006. Je n'oublierai jamais combien ce prix a compté pour mon développement et je lui exprime ma profonde gratitude. Je me réjouis aussi de constater aujourd'hui l'accroissement du rayonnement de l'Andam. Bel anniversaire !» Cette citation est celle du communiqué de presse, car pour accepter de sortir momentanément de la pudeur, Martin n’est pas près de participer à un talk show.

L’ANDAM,

Association nationale pour le développement des arts de la mode, soutient financièrement et conseille des jeunes créateurs extrêmement prometteurs. Parmi les lauréats, on compte Glenn Martens (Y/Project), Iris van Herpen, Anthony Vaccarello, Christophe Lemaire, Viktor & Rolf, Jeremy Scott, Anne Valérie Hash, Bruno Pieters ou Gareth Pugh.

Faisant le lien entre les financiers et de jeunes entreprises émergentes, Nathalie Dufour observe : « depuis quelques années, on voit une grande évolution dans les formations dispensées dans les écoles de mode à Paris, à Londres, à Milan et en Belgique. Les étudiants sont de plus préparés à une approche business de leurs ambitions créatives. Ils se sentent mieux capables de mettre en place une réflexion entreprenariale. Car ceux qui ne se destinent pas forcément à entrer dans un studio de création ont besoin d'être outillés pour gérer une entreprise. A travers les bourses de l'ANDAM, on leur partage notre expertise sur la dimension manageriale du métier. La demande vient de leur part, claire et nécessaire. Aujourd'hui, ce qui fonctionne toujours très bien, comme ça a été le cas avec Martin Margiela et Jenny Meirens ou Yves Saint Laurent et Pierre Berger, c'est le binôme, l'association créateur/manager».

Nathalie Dufour a choisi de créer ce prix à la fin des années 80,

« pour que la vision de la mode, jusque-là patrimoniale et artistique, devienne aussi industrielle, au service de la création contemporaine. » De nombreux Belges ont été soutenus et lancés par son prix : « c'est culturel, d'accueillir des artistes de toutes origines. En terme de mode, ça a commencé avec les Japonais au début des années 80. C'est très important, de ne pas avoir une vision trop nationaliste de la création. Et les Belges par exemple, pour se faire connaître, ont besoin de Paris, qui a elle-même besoin d'attirer des talents internationaux. Parce que pour rester la plus belle scène internationale de mode au monde, elle ne peut pas se passer d'influences du monde entier. »

Quand Martin Margiela s’engage, il le fait consciencieusement, et on pourra compter sur son engagement déterminant.

Pour autant, il est peu probable qu’il s’expose lors du processus de sélection ou de la remise des prix. Il n’existe pour ainsi dire aucune image diffusée de lui, et la cérémonie se fera certainement, de son côté, via visioconférence, lors des délibérations le 27 juin, à Paris.

L’ANDAM est aujourd'hui présidé par Guillaume Houzé, directeur de l'image et de la communication des Galeries Lafayette. Renzo Rosso, propriétaire de Maison Margiela (sans Martin) sera président du jury.

Pour s’inscrire et tenter d’être soutenu à hauteur de 250 000 € pour le grand prix, 100 000 € pour le prix du label créatif , 50 000 € pour le prix accessoires de mode 50 000 € et 30 000 € pour le prix de l'innovation : https://andam.fr/concours-andam/