VETEMENTS PE19 : le journal intime de Demna Gvasalia

Publié le 2 juillet 2018 par Elisabeth Clauss
VETEMENTS PE19 : le journal intime de Demna Gvasalia

"Emotion". Le mot le plus souvent prononcé à la sortie du défilé. Backstage, des larmes ont été versées. Car ce show était taillé dans la sincérité : Demna Gvasalia y a raconté, scène après scène, le chemin qui l'a mené d'un pays en guerre au succès le plus sexy de Paris.

 

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Porte de la Villette, une table de mariage, nappe blanche et fanfreluches de satin, installée sous le périph. Le vent qui circule sous le pont est le meilleur au monde : il fait environ 5000° dehors. Fin d'après-midi, l'air est lourd, la scénographie légère. Le défilé s'ouvre avec un garçon, vêtu d'un top transparent tatoué. Il grimpe sur la table. Cette mise en scène, comme cette pièce de vêtement, sont liées, pour qui connaît un peu la mode belge, à l'Ecole Anversoise. Demna Gvasalia est diplômé de l'Académie d'Anvers, on perçoit l'hommage aux racines. Chaussures de combat hérissées de pics et robes fleuries à plissés soleil centrés sur le plexus, il y a de la brutalité et de la douceur dans cette collection. On comprend qu'elle est intime, sa sincérité est palpable : pantalons militaires, vestes aux couleurs de la Russie et de l'Amérique, la Géorgie, le pays d'origine du designer, évoquée d'une pièce à l'autre, et des masques de cuir, dureté fétichiste.

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Demna Gvasalia, 37 ans, fait son défilé de la quarantaine avant l'heure : mais depuis toujours, il a un coup d'avance sur tous les autres. Cette collection matérialise le journal de sa vie. Elle raconte, comme une autobiographie de cuir, de métal et de tissu, les bombardements qui précipitaient la famille dans la cave, et les robes de sa grand-mère, tout près de lui. L'exil, l'écriture d'une nouvelle vie en Allemagne, en Belgique et à Paris. Chaque silhouette témoigne du machisme d'une époque, de l'omniprésence militaire - politique et esthétique, selon que l'on se trouve au front ou front row - on passe des symboles punks ou SM à la mariée vaporeuse, qui défile sur sa table de banquet, on le réalise à la fin. On démarre quasi nu, on achève la démonstration dans une joie virginale.

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Demna Gvasalia se met à table, se met à nu, et met en scène son propre mariage. En utilisant sa créativité pour partager son histoire brute avec ses contemporains, il s'inscrit dans une narration universelle.

 

Toutes les images du défilé :