Ce que vous ignoriez peut-être sur la génération Y

Mis à jour le 19 février 2018 par Laurence Donis
Ce que vous ignoriez peut-être sur la génération Y

Vous avez entre 18 et 34 ans? Vous faites partie de la génération Y! Love, sexe, travail, famille... Les jeunes Belges se confient. 

« Génération Quoi ? », c’est le nom d’une grande enquête réalisée par la RTBF sur les 18-34 ans. Plus de 30 000 Belges ont rempli le questionnaire online. Autoportrait.

Love

Le couple tradi célébré 

Circulez, il n’y a rien à voir. Le polyamour (le fait d’aimer plusieurs personnes en même temps, NDLR), le libertinage ou l’échangisme, c’est loin d’être le kiff de la génération Y. Ce qui la fait vibrer, c’est plutôt le couple tradi, in love et exclusif. « Le cliché d’une jeunesse qui prend son pied au jour le jour, sans jamais penser à l’avenir, ne semble pas vraiment se vérifier. On dit souvent que la valeur familiale est remise en cause mais en fait, pas tant que ça. Oui, les relations d’un soir se sont banalisées, mais lorsque les jeunes pensent “couple”, c’est une vision assez classique qui prédomine », explique Johan Tirtiaux.

Ce sociologue de l’Université de Namur a été choisi par la RTBF pour analyser les résultats de l’enquête. Les romantiques invétérés peuvent souffler, deux répondants sur trois estiment qu’un couple sans amour est « inenvisageable » et ils sont 76 % à affirmer que la fidélité est « indispensable ». Mais sans surprise, se dire « oui » en tenue de cérémonie n’excite plus vraiment la majorité. En simplifié, un tiers des jeunes rêve de se marier, un tiers n’en a pas envie et un autre tiers voit le jour J comme une formalité administrative.

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Classé X

Une sexualité libérée

Faire l’amour avec un inconnu ou dans un lieu public ne choque plus, tout comme les filles qui se font plaisir en mode solo. 83 % des femmes ont indiqué qu’elles se masturbaient. Dans les années 90, les études estimaient qu’elles n’étaient que 42 % à le faire et dans les sixties, le chiffre tombait carrément à 16 %… « On a aussi remarqué que les filles sont plus nombreuses que les garçons à utiliser des sextoys. Le chemin parcouru en termes de libération, de droit au plaisir solitaire chez les femmes est assez spectaculaire », affirme Johan Tirtiaux.

Mais malgré ce qu’insinue le marketing autour de « Fifty Shades of Grey », la génération Y ne se précipite pas chez Lady Paname pour acheter son pack cravache et combi de cuir : le sado-maso reste une pratique marginale. Le plus grand fantasme des mecs ? Se retrouver au lit à trois. Pratiquement un homme sur deux a envie d’essayer, les filles ne sont « que » 20 % à vouloir tenter l’expérience. Rien de bien neuf de ce côté-là… Et le porno dans tout ça ? « La consommation se banalise. Les femmes en regardent moins que les hommes mais différemment, pour rire ou pour ajouter du piment dans leur relation, par exemple », analyse le sociologue. 

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Métro boulot dodo

Le travail toujours valorisé

Lazy, la génération Y ? Les jeunes affirment clairement le contraire. Le travail reste très importante pour eux. Mais vont-ils bosser pour gagner leur vie ou pour s’épanouir ? La question divise. Pour une petite majorité (56 %), c’est l’argent qui prime. « C’est étonnant parce qu’en général, la littérature affirme l’inverse. Les 18-34 ans se prennent beaucoup la tête, ils hésitent entre la sécurité et leurs rêves.

Les opportunités sont de plus en plus rares, le dilemme est donc d’autant plus dur. Mais lorsque le niveau de diplôme est plus élevé, c’est l’épanouissement qui l’emporte », explique Johan Tirtiaux. Si les jeunes sont plutôt heureux au boulot, ils sont nombreux à indiquer qu’ils sont surqualifiés pour leur job. D’une façon générale, ils ne se sentent pas valorisés et estiment qu’ils ne gagnent pas assez. 82 % des répondants pensent d’ailleurs que l’école ne prépare pas assez au marché du travail. 

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Addict

Le relationnel avant la technologie

À quoi la génération Y est-elle vraiment addict ? Smartphones et réseaux sociaux vous viennent illico en tête ? Raté. Dans le top trois de ce qui « rend les jeunes heureux », on retrouve les amis, la musique et l’amour. « On a l’image d’une génération hyperconnectée mais finalement, c’est tout de même le relationnel qui l’emporte », affirme le sociologue. Le sexe occupe la quatrième place et les livres la cinquième, devant les films et les séries.

Plutôt surprenant : internet n’arrive qu’en 11e position, 47 % des jeunes affirmant qu’ils pourraient parfaitement vivre sans. Et si certains consomment de la MD ou de la coke, ce n’est apparemment pas ce qui les rend le plus heureux : la drogue occupe la 21e et dernière place, derrière « croire en Dieu »…

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We are family

Le monde des Bisounours

Les jeunes sont proches de leurs parents et lorsqu’on leur demande de décrire les relations qu’ils entretiennent avec eux, 51 % répondent « cool », 19 % vont même jusqu’à « idéales ». ça se traduit d’ailleurs dans la vie de tous les jours : un jeune sur dix a déjà fumé un joint avec son père ou sa mère... Ils sont plus de la moitié (53 %) à accepter les « friend requests » de leurs parents sur Facebook et 43 % leur racontent leurs « dates » ou leurs peines de cœur. Avec une petite différence homme-femme : la langue des filles se délie plus facilement.

« La génération Y se sent massivement soutenue par sa famille, c’est un élément qui ressort très fort de l’enquête », analyse Johan Tirtiaux. Mais le soutien passe aussi par l’aide financière : 45 % des 18-34 ans reçoivent de l’argent de leurs parents. « On entend parfois que la génération Y est une génération de profiteurs, mais ce n’est pas le cas. La majorité d’entre eux vivent mal cette situation. Ils sont gênés et préféreraient trouver un job. »

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Money Money

Les parents comme filet de secours

On le sait, la génération Y est née dans la crise, le chômage touche particulièrement les jeunes… et cela a influencé leur façon de penser. Ils sont 51 % à affirmer que, par rapport à la vie menée par leurs parents, leur avenir sera pire. Les 18-34 ans ont l’impression qu’ils devront travailler davantage pour un plus petit salaire. « Heureusement, la famille est là pour donner un petit coup de pouce financier. En Belgique, on la joue souvent à la cool. Les parents vont aider leurs enfants à prendre doucement leur envol.

Au Danemark, si tu n’as pas quitté la maison à 18-19 ans et que tu n’es pas indépendant, tu es un Tanguy », raconte Johan Tirtiaux. L’élément positif ? L’environnement est la première préoccupation des jeunes, devant l’accès à l’emploi, le système éducatif et la crise économique. « C’est étonnant et encourageant. C’est une génération qui galère et qui aurait le droit d’être nombriliste, mais non. Sa première préoccupation est tournée vers l’extérieur. »

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Tous pourris ?

Les politiciens décriés

La génération Y et la politique, ça fait deux ? « Jamais une étude n’avait montré des chiffres aussi négatifs. 90 % des jeunes Belges ne font “pas du tout” ou “plutôt pas” confiance aux politiciens et beaucoup considèrent qu’ils sont corrompus », décrypte le pro. Et pourtant, les 18-34 ans ne rechignent pas à s’engager : 12 % d’entre eux sont déjà entrés en politique, 31 % se disent « why not » et six jeunes sur dix seraient prêts à participer à un mouvement de grande ampleur tel que Mai 68. Les ONG et les associations humanitaires rencontrent aussi leur petit succès.

80 % des répondants sont d’ailleurs en faveur d’un service civil obligatoire (humanitaire, hospitalier, écologique ou social, mais pas militaire). « C’est un chiffre élevé et interpellant. Cela montre que les jeunes ont envie de s’engager, d’aider les autres. Mais le service civil peut aussi être un moyen de prendre son temps. La Belgique est très rapide par rapport aux autres pays européens : ici, on se précipite pour étudier après les humanités plutôt que de réfléchir, de voyager, d’apprendre une langue, etc. », explique Johan Tirtiaux.

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Girl power

Une contraception qui divise

67 % des jeunes estiment qu’en Belgique, on est encore loin de l’égalité homme-femme. On est bien d’accord… Plus étonnant, 38 % des 18-34 ans affirment qu’ils pourraient très bien être heureux sans contraception. L’avis diffère en fonction des sexes : lorsqu’on ne prend en compte que les réponses des garçons, le chiffre monte carrément à 44 %. On voit bien qui, dans le couple, prend en main la question du contrôle des naissances. Pas sûr que les happy mamas (et daddies) soient encore réellement happy avec une dizaine d’enfants sur les bras.

Et en bref...

1/ Les 18-34 ans ont plus peur d’être « normaux » que différents des autres.

2/ 42 % d’entre eux se sont déjà saoulés avec leurs parents.

3/Sept jeunes sur dix sont tentés par la vie d’expat.

4/ Près d’un répondant sur deux a déjà fait l’amour dans un lieu public.

5/ 50 % des 18-34 ans seraient prêts à se battre si la Belgique était en guerre.

6/ Quatre jeunes sur dix sont pour l’instauration d’un service militaire obligatoire.

7/ 23 % des filles interrogées qualifient le porno de « dégoûtant ». Les mecs, eux, ne sont que 5 % à le penser.

8/ Plus d’un jeune sur trois considère que la génération Y est une génération de changement, de transition, d’espoir.

9/ Seuls 37 % des répondants estiment que le système éducatif donne « un peu » ou « tout à fait » sa chance à tous.

10/ Plus de huit jeunes sur dix estiment que leurs parents soutiennent leurs choix.