Réveillon en famille : conseils de survie pour votre couple

Mis à jour le 12 février 2018 par Elisabeth Clauss
Réveillon en famille : conseils de survie pour votre couple

Les réveillons divers et (a)variés sont les pires moments au monde pour mélanger vos histoires de famille et vos histoires de cœur (surtout si ça se passe plus bas). Quelques conseils pour que la hotte ne soit pas trop explosive.

La fin d'année est traditionnellement la plus surchargée d’attentes de toute l’année. Alors que chacun revendique son droit à l’amour universel, à une coupette de champagne et pas du mousseux, vous avez choisi les guindailles sous le sapin pour montrer à tous que désormais, avec Le Beau Gosse de passage depuis quelques mois, vous êtes un vrai couple. L’improvisation étant l’ennemie de la famille, il convient de préparer le terrain comme un sommet diplomatique en pleine guerre froide, sur fond de crise économique, quand l’équipe nationale vient de perdre la ligue des champion à la veille des élections. Pas de ça chez vous, où l’harmonie règne telle une mère généreuse, un sourire extatique aux lèvres et le sein débordant de lait de poule ? C’est ce qu’on va voir.

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L’écueil "bonne volonté : vous décidez que le premier réveillon avec votre nouvel amoureux aura lieu en famille 

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Quelles que soient vos traditions familiales et respectives, commencez par discuter avec lui de la question cruciale de la géolocalisation des festivités, et ce, dès le 1er mai. Minimum. Mettez toutes vos attentes à plat, et pour la deuxième fois de votre relation, le souffle court et le regard humide, posez-vous la question qui va tout faire basculer : « On va chez toi ou chez moi ? »

Le chauffage de salle quand c’est chez vous :

Opérez un profilage précis des gens que l'Homme va rencontrer en primeur, et de ceux qu’il connaît déjà mais qu’il verra demain en mode « fêtes de fin d’années », ce qui correspond plus ou moins à une nuit de pleine lune pour une meute de loups-garous bipolaires. Qui fait quoi, les sujets à ne surtout pas aborder, les hobbies de chacun. De la manipulation ? Appelons ça de la prévoyance, plutôt que de le laisser tomber tout seul dans l’eau glaciale, sans écharpe.

Comment préparer psychologiquement un mec à peu près normal à une famille basiquement dysfonctionnelle comme la vôtre ?

En le faisant parler de ses réveillons à lui, avant de raconter les vôtres, en mettant surtout en avant vos bons souvenirs. Si chez vous, c’est hyper tradi avec Christmas Choral dans le jardin alors que chez lui on mange une boîte de thon devant la télé, acceptez l’idée de mixer la dinde et l’Impérial à l’huile d’olives première pression. Car la pression, vous la payerez cinquante années durant si vous niez ses habitudes historiques. Ne vous racontez pas que vous imposerez avec brio et sans préparation vos bonnes intentions de jeune couple à vos géniteurs qui ont les mains dans le confit d’oie. Dans le salon de vos parents, vous redeviendrez invariablement une petite fille de cinq ans avec des snots au nez, même après quatre mille huit cent soixante deux séances de thérapies, c’est comme ça. Employez-vous donc à arrondir les angles, il n’y a que ça à faire.

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L’intégrer dans votre famille à vous :

Préparez-lui des fiches, pour lui permettre de lancer des conversations avec chacun (Tante Edith ne s’intéresse qu’aux eaux fortes du début du 17ème ? Qu’il ait un minimum bossé le sujet. Tonton Emile ne boit que de l’eau de vie de la fin du 20ème ? Qu’il ait apporté une bouteille). Présentez-le à tout le monde, individuellement, dès votre arrivée, en soulignant un point commun, même si ce point commun est de détester les réveillons en famille. Après seulement, envisagez de le planter là pour vaquer à vos propres retrouvailles. En aucun cas, on ne laisse le nouveau venu tout seul dans son coin. Quand vous ne savez plus comment faire pour l’inclure dans les discussions, passez à la phase « Aide maman à sortir les zakuskis du four ». Redoutablement efficace.

Le grand soir, c’est décidé, ce sera plutôt chez lui :

Si vous ne vous estimez pas suffisamment briefée sur les membres de sa famille et leurs habitudes festives, posez des questions précises. N’oubliez pas que vous êtes en reconnaissance sur le terrain. Ne craignez pas d’avoir l’air intrusive, ce ne sera de toute façon pas pire que sa grand-mère féministe de la première heure vous questionnant sur votre moyen de contraception entre le Chavroux et la bûche aux fruits de la passion. Parfois, respecter les gens, c’est les bousculer un peu. Prévoyez des boucles pour vous accrocher en cas de dévissage : « Il paraît que vous adorez cuisiner. Quelle est votre spécialité ? ». Le quotidien est une excellente amorce de conversation : et même des comateux en phase terminale de locked in syndrome savent que les travaux qui viennent de commencer sans prévis dans la rue ou la météo belge sont des sources d’amitié inépuisables. En aucun cas, jamais, et impérativement, on n’évoque la politique, la religion, l’hygiène personnelle et le l’hypothétique retour des Guns and Roses.

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Photo de voeux de la famille Kardashian
Photo de voeux de la famille Kardashian

 

Comment gérer les différences de niveau social ?

Vous êtes la bourgeoise :

Il y a tant d’enjeux dans les cadeaux de Noël qu’il serait prudent de les faire valider par la Forpronu. Adaptez-vous à vos hôtes, sans vous perdre. La solution la plus prudente consiste en viser des attentions low profile. On n’offre pas une écharpe Hermès à une militante d’extrême gauche (même si tout le monde sait que c’est son fantasme secret le plus inavouable). Demandez de l’aide à votre homme pour personnaliser vos offrandes : c’est une femme qui a offert de bonne foi un panier d’antirides à sa future belle-mère qui vous le conseille. Ne la ramenez pas sur vos biens matériels, étalez plutôt votre culture, même si elle tient sur un ticket de métro.

Vous êtes la fauchée :

Faites exactement la même chose. Soyez curieuse, ouverte, observez les différences avec bienveillance, c’est plus enrichissant (littéralement). Appréciez le moment, acceptez de vous faire gâter. Ne vous mettez pas la rate au court-bouillon avec vos éventuels complexes, ce soir, faites-vous plaisir, dans un but purement philanthropique : flatter ceux qui vous reçoivent. Dans tous les cas, appréciez au lieu de juger. Ne la ramenez avec votre culture, étalez plutôt vos biens matériels, même s’ils consistent en un ticket de métro.

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L’écueil "bonne volonté : vous allez recevoir la famille du Beau Gosse chez vous

Prenez bien soin de transférer les plats du traiteur dans les plats de cuisson pour faire croire que vous avez tout cuisiné vous-même, avant qu’ils ne sonnent. Assurez-vous de disposer de suffisamment de sièges pour n’asseoir personne sur un fût de bière, et utilisez le plat que votre belle-soeur vous a offert (celui qui est habituellement planqué sous le lit, avec les chatons en crochets rapportés de Prague par votre vieille voisine.) En concertation avec votre amoureux, vous aurez prévu une petite attention pour chacun, et vérifié avec lui les goûts et allergies alimentaires des uns et des autres. Songez également à checker minutieusement votre décoration intérieure : cachez votre trophée de meilleure buveuse de trappiste 2011-2012, le poster de vous triomphante dans Hustler, votre photo souvenir serrant la main d’un dictateur ou d’une star de la pop pour ados.

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L’écueil "bonne volonté : le dîner recomposé où vous serez à table avec votre ex

C’est comme jouer à colin-maillard au milieu d’un champ de mines avec une bassine de nitroglycérine posée sur la tête et des talons de 12 dont un commence à se détacher. Non, c’est pire. Quel que soit votre état d’ébriété, évitez de ressortir les vieilles histoires, surtout celles qui ne sont pas résolues. Si votre sœur ou votre beau-père s’en charge, bottez en touche, en proposant d’en reparler une autre fois, avec un sourire comme si vous n’aviez pas une tranche de citron en bouche. A la limite, si vous vous sentez à l’aise et qu’il y a un extincteur à proximité, orientez la conversation vers ce qui est positif : les enfants qui cartonnent (trichent) à l’école, un succès professionnel (vous ne vous êtes pas fait virer cette année). Dans le cas de figure vaudevillesque où votre serait au coude à coude avec Chabichou à table, ne les comparez surtout pas, ni à voix haute, ni en pensée : ça se verrait sur votre visage. Dans la mesure du possible, préparez les deux mâles en amont, en organisant un pot quelques jours avant, dans un endroit neutre (pas dans la maison que votre mari en instance de divorce continue de payer). Si ça se passe mal, prenez toujours le parti du nouveau, et exfiltrez-le subtilement, en finissant la soirée en tête à tête au restaurant. Ce que vous vouliez de toute façon tous les deux depuis le départ.

Dans tous les cas, restez humble. C’est là que tient le véritable esprit de Noël.

Conseils précieux :

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Le do/don’t pour emballer sa belle-mère :

Do :

Souligner toutes les bonnes habitudes qu’elle a transmises à son fils

Montrer qu’on est ravie de passer les fêtes avec elle

Aider à servir et desservir à table

Lui demander de raconter des histoires de l’enfance de l’Homme. Elle va adorer, il va détester.

Même si sa cuisine est horrible, se délecter, complimenter, et refuser de repartir sans sa recette (pour être sûre de ne pas la reproduire, mais ne pas le dire).

Don’t :

S’asseoir sur les genoux de son amoureux, l’embrasser à pleine bouche

Le materner devant sa mère (oh ça, surtout pas !)

Se mettre une caisse et rouler sous la table

Coller son beau-père de trop près, même s’il ressemble à la version wallonne de Robert Redford

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Brisez la glace

Prenez la conversation en main (à défaut du pic à glace, si ça s’envenime), parce que vous êtes celle qui connaissez le mieux les deux parties en présence

Soulignez des points communs entre deux personnes, pour créer des alliances

Sortez un album photos avec des enfants en couches culottes sur la plage. C'est toujours inexplicablement un carton, même entre des gens qui ne peuvent pas se blairer

Racontez l’histoire de votre rencontre. Si elle est irracontable en public ou qu’une enquête est en cours, inventez-en une

Mettez de la musique consensuelle (l’intégral des Beatles)

Jouez au jeu du post-it sur le front (où on doit deviner de quelle identité les autres ont choisi de vous affubler. Ne notez pas « Lucrèce Borgia » sur le front sa grand-tante)

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Ils ont survécu au premier réveillon en couple et en famille :

Asia, 32 ans.

Notre fille venait de naître. Habituellement, nous faisons des fêtes énormes pour le Nouvel An, surtout avant d'avoir des enfants. Plus jeunes, nous n'émergions jamais avant le 3 janvier... Mais cette année, nous n'avions rien prévu de spécial, trop occupés avec notre tout nouveau bébé. Mais à la demande de Guillaume, notre fils de cinq ans, je me suis sentie investie de la mission de fêter un minimum le nouvel an. Je suis allée chercher un gâteau, des cotillons... Seulement nous étions épuisés, le côté festif manquait... Nous n’étions pas du tout dans la magie, la soirée sonnait faux.  Le papa s'en est mêlé, me reprochant cette fête ratée. La crise a explosé, et le bébé, sentant la tension, s’est mise à hurler. Nous criions encore plus fort pour nous disputer par-dessus ses pleurs. Finalement, je me suis enfermée dans la chambre pour me calmer. Vers 22 heures, j’ai réalisé qu’on n’entendait plus un bruit dans la maison. Je suis sortie sur la pointe des pieds, et j’ai trouvé mon mari endormi dans le canapé avec la petite sur la poitrine, notre fils tout habillé en Spiderman dans les bras. Je me suis allongée à côté d’eux, et je me suis endormie à mon tour en les serrant contre moi. Croyez-le si vous voulez, mais je garde le souvenir le plus ému de ce premier Nouvel An à quatre, car nous n’avions encore jamais été si soudés que le lendemain, au réveil.

 

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Rose, 44 ans :

Pour Noël dernier, ma charmante belle-mère – que j’aime beaucoup – est passée dans la matinée pour m’aider à décorer la maison. Elle en a profité pour m’offrir un énorme calendrier avec des photos de mon mari, de mes enfants, de notre mariage… J’ai donc pu lui annoncer que son fils m’avait quittée trois semaines auparavant. Encore sous le choc, je n’en avais encore parlé à personne. Aujourd’hui j’ai refait ma vie, je me suis débarrassée de plein de souvenirs inutiles du passé, mais ce calendrier, je l’ai gardé. Comme objet comique.

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Marine, 38 ans :

C’était l’après-midi du 31 décembre. Nous étions chez ma mère, très à cheval sur les convenances des fêtes de fin d’année. A un moment, elle a demandé à Louis de l’aider à mettre les verres à table. Terrifié à l’idée de faire une boulette, il me demande où est rangée la vaisselle. Dans le placard de l’entrée. Il est revenu hilare, une grosse écharpe imprimée de cerfs enroulée autour du cou, en demandant quel ennemi de la famille avait bien pu lui offrir une horreur pareille. Il voulait la jouer complice avec maman. Il avait juste trouvé le cadeau qu’elle lui destinait, et qui n’était pas encore emballé.

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François, 27 ans :

Je suis Québécois. Revenant de Montréal exprès pour rencontrer les parents de ma copine à Noël, j’avais voulu leur offrir des cadeaux typiques de chez moi : une « canne » (conserve) de sirop d’érable, une paire de gants doublés et brodés de motifs indiens, un « dreamcatcher » (sorte de gri-gris qu’on accroche aux fenêtres des chambres pour empêcher les mauvais rêves d’entrer), et pour ma belle-mère, qui adore le folklore, une compilation personnelle « Découvrez les charmes de la Turlutte ». Au Québec, la turlutte est un chant traditionnel populaire. Pas en Belgique.