Témoignage: « Je mène une double vie »

Mis à jour le 19 février 2018 par Elisabeth Clauss
Témoignage: « Je mène une double vie »

En Belgique, Marion a un job qu’elle adore, un mari charmant et deux enfants. Dans le sud de la France, elle s’appelle Riri, a un amoureux et des tas d’amis.

Je vis à Bruxelles, avec Fabrice, que j’ai épousé il y a dix-sept ans, et nos deux enfants. Je travaille pour une agence des institutions européennes dans un service qui finance des protocoles de recherche médicale. Il y a trois ans, j’ai fait plusieurs allers-retours au CNRS de Marseille pour le boulot. Le centre m’envoyait toujours un chauffeur à l’aéroport. C’est comme ça que j’ai rencontré Grégoire, qui bosse pour une société de VTC (voitures de tourisme avec chauffeur, NDLR). Nous avons discuté pendant toute la durée du trajet : du projet pour lequel j’étais dépêchée, des enjeux de l’Europe, des paradoxes de notre époque, de son mariage qui s’achevait, du mien qui ronronnait… Comme je devais passer la nuit à Marseille, Grégoire m’a conseillé des balades pour occuper mon temps libre entre les réunions et le dîner avec l’équipe. Je lui ai proposé de m’accompagner sur le ton de la plaisanterie. Il a décliné sur le même mode, et m’a déposée à mon hôtel.

Ce jour-là, j’ai enchaîné les rendez-vous et, quand je suis rentrée me changer pour la soirée, un petit mot m’attendait à la réception : Grégoire me laissait son numéro, en me demandant si j’avais toujours besoin d’un guide pour visiter la vieille ville. J’ai souri et, dans cette envie de le revoir qui montait en moi, j’avais déjà l’impression de tromper Fabrice. En prenant mon bain, j’ai réfléchi, comme une ado qui prépare son premier rencard. Sa proposition était plutôt innocente, alors, je lui ai envoyé un sms : « Ok pour une petite virée touristique. » En me promettant de ne pas me laisser aller trop loin…

J’ai expédié ce repas de boulot en prétextant la fatigue de la journée, et je suis rentrée fissa à mon hôtel. Grégoire est arrivé en même temps que moi. Comme le matin à l’aéroport, il m’a ouvert la portière arrière, et je me suis installée sur la banquette. Nous avons roulé une heure ou deux, il me montrait toutes les petites rues. Je me sentais très à l’aise avec lui, comme si je l’avais connu depuis toujours. Lui semblait s’amuser de cette situation, de me conduire solennellement. Quand il s’est arrêté à un feu rouge, sans prévenir, je suis sortie de la voiture et je suis venue m’asseoir à côté de lui. Il a redémarré et nous n’avons plus parlé. Il a pris la direction du bord de mer, j’ai monté le son de la radio, et nous avons longé l’eau en silence. La tension sexuelle était palpable dans la voiture. Comme je connais peu la ville, je n’ai pas remarqué que nous rentrions à mon hôtel. Il s’est garé, m’a souhaité une bonne nuit et est reparti. J’en suis restée comme deux ronds de flan, ivre de frustration. Bouleversée. Le lendemain, je rentrais à Bruxelles. Il allait s’écouler un long mois avant que je revienne à Marseille. Quand ce jour est arrivé, j’ai envoyé un message à Grégoire pour lui demander s’il pouvait venir me chercher à l’aéroport. Après le dîner habituel, il m’a retrouvée à l’hôtel. Nous ne sommes pas allés nous promener…

En plus de son boulot de chauffeur, Grégoire s’occupe d’une association qui organise des cours de théâtre pour permettre à des enfants défavorisés, en rupture familiale ou en décrochage scolaire de se rencontrer. En rentrant de Marseille, j’ai raconté à Fabrice que j’avais découvert cette structure et que je voulais m’y impliquer. Ce qui donc signifiait partir à Marseille deux week-ends par mois. Fabrice, qui est un homme sensible et intelligent, a très bien compris mon besoin d’une soupape en dehors de notre cellule familiale et a volontiers accepté.

C’est à partir de là que ma double vie a commencé. Grégoire connaissait bien sûr l’existence de ma famille, mais notre relation était si passionnelle qu’il a accepté ce compromis. Je ne lui ai jamais promis de tout quitter. Les bases étaient posées dès le départ. De son côté, il a commencé à me présenter à ses amis. J’ai loué un petit studio d’étudiante, j’ai ouvert un compte sur place, j’ai acheté un téléphone portable avec une carte SIM française, pour me créer une « vie marseillaise ». Je ne suis inscrite sur aucun réseau social, il n’y a pas de photos de moi sur la plage avec mon mari, aucun moyen de savoir ce que je vis en Belgique et ailleurs. Au début, quand j’étais à la maison à Bruxelles, je pensais sans arrêt à Grégoire, et quand j’étais avec lui, j’avais des attaques de culpabilité. Vite balayées par la découverte d’un nouvel érotisme avec un autre homme. Au fil des semaines, ces mix d’émotions se sont estompés. J’ai pu vivre pleinement chaque moment qui s’offrait. Je faisais les puces le week-end avec Grégoire et nos nouveaux copains communs pour meubler mon petit appartement, je redécouvrais la légèreté d’une vie sans attaches. Alors que j’en avais des doubles.

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À Bruxelles, je suis Marion. À Marseille, on m’appelle Riri, ça fait un peu la blague avec Rihanna (à qui je ressemble un tout petit peu, de loin), et ça me permet de distinguer mes deux « identités ». Pour éviter de laisser échapper le mauvais prénom au mauvais moment, j’appelle mon mari et Grégoire « chéri ». Je mens un peu, je jongle beaucoup. Je ne ressens plus de culpabilité, je me laisse porter par le flow.

À passer d’un groupe à l’autre, ma famille de Bruxelles, mes nouveaux amis à Marseille, je suis beaucoup plus épanouie. La situation a assoupli ma vision manichéenne du couple : à 20 ans, je pensais que l’adultère était une faute impardonnable. À bientôt 40 ans, j’ai acquis plus de flexibilité morale. D’autant que je me suis vraiment prise au jeu d’être « Riri », à tel point que « Marion » ne trompe plus Fabrice, deux week-ends par mois et quelques vacances bidouillées par-ci par-là. Je pense que si mon mari devait avoir une aventure, j’en serais blessée, même si ça peut paraître gonflé, mais je pourrais le surmonter. Parce que je comprends intimement d’où vient ce besoin « d’autre chose ».

Depuis trois ans, je vis ces deux histoires parallèles. Mon équilibre est égoïste, sans doute. Je sais que tout finit toujours par se savoir, alors je mettrai fin bientôt à ma vie méditerranéenne. Trois ans, c’est le temps du désir, paraît-il. Et le mien commence à s’amenuiser. De ces émois, reste ma liberté retrouvée. C’est décidé, cet été, je rapatrierai mon cœur en Belgique. Mais en attendant, je bétonne ce puzzle de sentiments qui me fait me sentir entière. Au final, et d’une façon ou d’une autre, on a tous plusieurs vies...