Si vous cherchez non pas la prochaine micro-tendance, mais les grands courants qui façonnent actuellement le design, vous êtes au bon endroit. Nous avons passé en revue les grands rendez-vous design de 2026 pour décrypter les moments forts et les esthétiques qui devraient avoir le plus d’influence sur nos intérieurs.

Nostalgie hédoniste

C’est l’hédonisme des années 1970 qui inspire le design cette année. Les verres à cocktail scintillants et les assiettes de Sophie Lou Jacobsen capturent parfaitement cette atmosphère. Sa collection baptisée « Disco Aperitivo » (photo ci-dessus) comprend également un cendrier, un objet aperçu à plusieurs reprises lors des grands événements design de l’année. Même le cendrier semble connaître un discret retour en grâce.

Les cuillères à caviar et les seaux à glace présentés par la maison Buccellati convoquaient la même opulence très Studio 54. La « Tomato Chair » de Christian Adam, créée en 1970 et rééditée par Chloé, a quant à elle fait sensation dans un registre résolument kitsch. Les assises généreuses et sensuelles étaient également représentées par le canapé « Kashima » de Ligne Roset, réédité d’après un modèle de 1976. Aux 3 Days of Design, Hay a relancé la « X-Line Chair » de Niels Jørgen Haugesen, à l’exact opposé avec sa structure plus radicale, mais tout aussi immédiatement nostalgique.

Le grand retour de la hi-fi

Lampe et platine Fritz Hansen

Fritz Hansen

Les équipements audio reviennent en force, avec des enceintes sculpturales et des platines qui continuent de voler la vedette. Pendant la Milan Design Week, l’artiste sonore Devon Turnbull a collaboré avec Klipsch sur le « kO-R2 », une enceinte en bois et aluminium aux accents rétro dotée d’une puissance sonore impressionnante, tandis que l’enceinte extérieure en quartzite « Beosound Haven » de Bang & Olufsen est aussi belle à regarder qu’à écouter, une prouesse pour un système hi-fi conçu pour résister aux intempéries.

Le collectif français Studio Hall Haus s’est inspiré des 177 ans d’archives de la maison de maroquinerie Moynat pour imaginer un empilement d’enceintes en forme de malles. Pendant ce temps, aux 3 Days of Design à Copenhague, Fritz Hansen a ouvert un espace d’écoute pour présenter une platine Technics et la réédition de sa lampe courbe Kaiser Idell (toutes deux en photo) dans un bordeaux profond.

Le réemploi créatif

Sièges en bois réutilisé de Lewis Kemmenoe

Max Radford

Trouver de nouvelles utilisations aux matériaux destinés à être jetés devient une seconde nature pour de nombreux fabricants de mobilier. L’une des plus belles présentations du Salone Raritas était l’exposition de la Galerie Max Radford consacrée aux meubles patchwork de Lewis Kemmenoe (en photo), fabriqués à partir de chutes de différentes essences de bois européennes.

À Alcova, la collection « SUR+PLUS » du studio japonais Atma nous a également arrêtés dans notre élan avec ses chaises réalisées à partir de déchets de marbre et de pierre. Le fabricant français de revêtements de sol Tarkett a invité des créatifs à utiliser des chutes de moquette et de vinyle pour créer des œuvres destinées à son exposition « Beginnings & Endings » aux 3 Days of Design, où le designer autrichien Laurids Gallée a transformé le vinyle en motifs de marqueterie.

Pendant ce temps, l’entreprise danoise de mobilier Takt, pionnière en matière de durabilité depuis son lancement en 2019, a collaboré avec Dinesen pour fabriquer des chaises à partir de chutes de lames de parquet en douglas. Le réemploi s’impose désormais jusque dans le design haut de gamme.

Marbre sculptural

Table en marbre Aether

Alexandros Raptopoulos

Plusieurs tables monumentales en marbre ont été présentées pendant la Milan Design Week, comme la table « Zaho » de Christophe Delcourt pour Baxter, dont les pieds se déploient comme les pages d’un livre, et la table « Blaine » de Minotti par Hannes Peer, inspirée des sculptures de Henry Moore.

Le marbre s’est également fait remarquer du côté des luminaires, avec quelques-uns des exemples les plus marquants exposés dans les espaces d’Alcova. La collection « Aether » de la designer gréco-américaine Kiki Goti faisait la part belle au marbre et aux accents dorés, tandis que la table aux bords festonnés (en photo) offrait une interprétation particulièrement réussie du matériau. La clé est de l’utiliser de manière inattendue, dans des formes sculpturales qui tiennent autant de l’œuvre d’art que de l’objet fonctionnel.

Le goût du jeu

Un esprit ludique a animé plusieurs des installations les plus mémorables des événements design de cette année. L’architecte Lina Ghotmeh, créatrice du Serpentine Pavilion 2023, était à l’origine de l’une des expériences les plus immersives de Milan : un labyrinthe rose vif installé dans la cour du Palazzo Litta. Ailleurs dans la ville, une exposition consacrée à l’histoire des jeux de société, intitulée « 0-99 Design for Play », investissait un autre palais milanais.

Cette envie de jeu gagne également nos intérieurs avec la table de jeu d’Armani Casa, réalisée en ébène et cuir, et la collection « At Play » de Georg Jensen (en photo), composée de jeux en argent massif et en marbre inspirés de l’enfance de son fondateur.

Et tout n’est pas une question de victoire. Le design veut aussi simplement nous faire sourire. La collaboration de Vipp avec le studio barcelonais Mesura en est un bon exemple, avec une version balançoire de la chaise « Swivel » de la marque.

Fièvre littéraire

Bibliothèque Poltrona Frau

Poltrona Frau

Les salons littéraires, les bibliothèques et les librairies d’art pointues se multiplient ces derniers temps. Jil Sander a transformé son showroom de la Via Luca Beltrami en bibliothèque de référence pendant la Milan Design Week, tandis que Miu Miu a organisé un club de lecture.

Heureusement, les bibliothèques remarquables ne manquent pas pour accueillir nos piles de livres toujours plus hautes. Poltrona Frau a lancé une édition spéciale de l’« Albero GFF » (en photo), une spirale en palissandre et noyer américain. Porro a présenté le « Ryo », composé de longues étagères ouvertes créées à partir d’une seule feuille d’aluminium pliée, tandis que Kartell a collaboré avec Patricia Urquiola sur la collection d’étagères « Lepid », dont les formes évoquent des hashtags déconstruits.

Les codes de l’hôtellerie s’invitent chez nous

Nilufar semaine du design de Milan 2026

Nilufar Gallery

Le rapprochement entre l’univers hôtelier et les intérieurs domestiques se poursuit, Milan ayant accueilli trois expositions inspirées des grands hôtels des années 1920.

Le studio parisien Maison Numéro 20 a présenté son installation « Aurea » au Salone del Mobile, mêlant lumière, parfum et textiles particulièrement luxueux pour évoquer l’atmosphère d’un hôtel glamour. Le « Grand Hotel » de la Galerie Nilufar (en photo) réunissait du mobilier ancien du maître artisan George Nakashima et des pièces de créateurs contemporains comme Rooshad Shroff.

Tom Dixon a également ouvert les portes du Mua Mua Hotel au Mulino Estate, conçu à l’origine en 1929 par Chiodi et Gio Ponti. Sa collaboration avec le fabricant de literie Vispring était particulièrement remarquable, notamment pour ses têtes de lit volontairement surdimensionnées, rembourrées et extravagantes.

Tapis robustes

Jaipur Rugs Kengo Kuma

Jaipur Rugs

Les tapis les plus remarqués cette année se déclinent dans des bruns terreux, des crèmes et des rouges rouille, des teintes qui apportent un sentiment d’ancrage bienvenu.

La collection « Faces », née de la collaboration entre Jaipur Rugs et l’architecte japonais Kengo Kuma (en photo), illustre parfaitement cette esthétique. Les tapis reproduisent les ombres créées par les fenêtres et les panneaux sur les façades de certains des bâtiments les plus célèbres de Kuma.

Dans le même esprit, le studio Casa Milana a collaboré avec Beni Rugs sur « Unioni », une collection décorée de motifs inspirés de carrelages et de terrazzo. La marque espagnole Nanimarquina a, quant à elle, recouvert ses tapis de motifs issus des archives de l’artiste Lucia Eames, dans une approche plus lumineuse faite de formes abstraites et de papillons.

Vaisselle colorée

Assiette florale Marimekko

Marimekko

Parmi les cafés éphémères les plus photographiés cette année figuraient l’installation de Marni à la Pasticceria Cucchi et le bar à aperitivo de Marimekko à l’Osteria Grand Hotel.

Tous deux mettaient en scène de la vaisselle particulièrement colorée, notamment les assiettes « Oiva » de Marimekko (en photo), accompagnées de verres et de tasses à café aux teintes vives qui fonctionnaient aussi bien en vrai que sur les réseaux sociaux. La couleur est officiellement au menu. Pas encore prête pour le tout-coloré ? La collaboration entre Natalia Criado et Laboratorio Paravicini propose une approche plus sobre et minimaliste de la céramique à motifs.

Les chaises tubulaires

Chaise Thonet 2026

HARTMUT NAEGELE

Autre retour remarqué : celui des chaises à structure tubulaire en métal. Ce type de mobilier, né dans le sillage du boom industriel des années 1920, revient en force. Cassina a réédité la « CH66 » du designer moderniste Nicos Zographos, tandis que Thonet a présenté une réinterprétation de la chaise « S62 » de Marcel Breuer datant de 1929, en collaboration avec Jil Sander (en photo).

Flexform en propose une version plus généreuse et rembourrée avec l’« Avalon » d’Antonio Citterio, tandis que la chaise « Copacabana » de Gubi, avec sa structure métallique particulièrement souple et sa version orange vif, offre une interprétation plus audacieuse de cette assise sculpturale.

Source