La Reine Marie-Antoinette, รฉvidemment. Le parc du Chรขteau de Versailles abrite le hameau รฉdifiรฉ pour elle et ses enfants en 1783, rรฉnovรฉ et ouvert au public grรขce au mรฉcรฉnat de Dior depuis cet รฉtรฉ.

La Maison de la Reine, son jardin, l’endroit qu’elle prรฉfรฉrait au monde, la Tour deย Malborough, sa grotte qui cachait un tunnel menant droit ร Paris, tous ces trรฉsors d’Histoire et de botanique, construits par Richard Mique pour Marie-Antoinette entre 1783 et 1787, ont รฉtรฉ laissรฉs ร l’abandon pendant des dรฉcennies (aprรจs pillage et destruction au moment de la rรฉvolution franรงaise).
Marie-Antoinette, “l’Autrichienne” (c’รฉtait la faรงon dont on la surnommait hostilement, alors qu’elle avait ร peine 14 ans), installรฉe en France, rรชvait d’un jardin ร l’anglaise. Elle l’obtient, pour peu de temps cependant – on connaรฎt la chute – au coeur du Trianon, domaine que Louis XVI lui avait offert parce que la grandiloquence et l’รฉtiquette du Chรขteau de Versailles la faisaient fuir. Elle fut ainsi la premiรจre Reine de France ร possรฉder un terrain, l’un des nombreux รฉcarts modernes ร la tradition qu’on ne lui pardonna pas. Les autres reines faisaient des enfants, on ne leur demandait rien d’autre, mรชme les rรฉgentes se cachant derriรจre leur progรฉniture. Marie-Antoinette รฉtait particuliรจrement impliquรฉe dans l’รฉducation de ses enfants, et destinait ร ce hameau une valeur pรฉdagogique : amenรฉs ร rรฉgner un jour, les hรฉritiers du trรดnent devaient connaรฎtre le quotidien du peuple. Dans une certaine mesure on s’entend, mais l’intention รฉtait d’une modernitรฉ dรฉlirante.
La Tour de Malborough, une maisonnette de jardinier, et sa propre fermette, au confort plus รฉlaborรฉ ร l’intรฉrieur qu’ร l’extรฉrieur avec meubles prรฉcieux et rideaux de soie, mais sans commune mesure avec le palais, devinrent son territoire, oรน elle s’installa avec ses amis, un entourage qu’elle avait choisi, et qui ne lui รฉtait pas imposรฉes. Un mode de vie un peu trop “viennois” au goรปt des Franรงais, qui haรฏssaient les Habsbourg depuis des siรจcles. De l’ambiance dรฉtendue au Trianon et au hameau, on tira des ragots, on inventa des scandales.
La famille ne put profiter du hameau que pendant six ans, la rรฉvolution se chargeant de remettre bon ordre dans cette relative tentative de libertรฉ. A la fin de l’Ancien Rรฉgime, les meubles d’origine furent volรฉs et vendus aux enchรจres. Pour rรฉnover la maison ร l’identique et la remeubler au plus proche de l’originale, sur base des inventaires de possessions de la Reine, les architectes ont cherchรฉ des piรจces nรฉo-classiques de la fin du XVIIIรจme siรจcle, notamment dans les archives de l’Impรฉratrice Marie-Louise, seconde รฉpouse de Napolรฉon. Il s’agit de mobilier des annรฉes 1810, mais c’est relativement proche, pense-t-on.
Pour la premiรจre fois depuis deux siรจcles, en rรฉservant un crรฉneau de visite sur le site du Chรขteau de Versailles, vous pourrez dรฉcouvrir lโextrรชme raffinement du dรฉcor intรฉrieur de la Maison, contrastant avec son apparence extรฉrieure pittoresque et champรชtre. Une restauration indispensable,
selon les dispositions dโorigine. Le programme engagรฉ depuis 2015 et financรฉ par Dior a portรฉ ร la fois sur un assainissement des ouvrages et sur
une restauration complรจte des structures maรงonnรฉes, des charpentes et des couvertures. La consolidation structurelle autorise dรฉsormais les visites guidรฉes. Les sols, menuiseries et peintures ont รฉtรฉ repris selon leurs dispositions prรฉcisรฉes par les mรฉmoires de travaux du XVIIIe siรจcle, ou selon lโamรฉnagement effectuรฉ au dรฉbut du XIXe siรจcle pour lโimpรฉratrice Marie-Louise, petite niรจce de Marie-Antoinette.
La restauration du Rรฉchauffoir – bรขtiment annexe abritant cuisine et piรจces de service (garde-manger, argenterie, dressoir, potager et four ร pain) utilisรฉ pour la prรฉparation des repas servis dans la salle ร manger de la Maison de la Reine voisine – permet dโรฉvoquer le fonctionnement et la vie du Hameau sous lโAncien Rรฉgime.
La recomposition des jardins et des abords de ces bรขtiments parachรจve lโopรฉration. Les dispositions paysagรจres du Hameau sont rรฉtablies comme dans les annรฉes 1930 : elles conjuguent lโรฉtat refait pour Marie-Louise en 1810 et quelques souvenirs des dispositions conรงues pour Marie-Antoinette (lโescalier hรฉlicoรฏdal, les jardins potagers …)
Maรงons, menuisiers, charpentiers, chaumiers, รฉlectriciens, chauffagistes, peintres, jardiniers … de nombreux corps de mรฉtiers ont contribuรฉ ร cette
opรฉration sous la conduite de Jacques Moulin, Architecte en chef des monuments historiques. รbรฉnistes, soyeux, passementiers, tapissiers, restaurateurs de textiles anciens, peaussiers, bronziers, sculpteurs sur bois, doreurs, autant dโartisans dโart ont concouru ร cette rรฉussite, sous la direction de Jรฉrรฉmie Benoรฎt, conservateur gรฉnรฉral au chรขteau de Versailles, en charge des chรขteaux de Trianon.
Pour plonger plus loin encore dans l’intimitรฉ des armoires de la Reine, lisez “Dans la Garde Robe de Marie-Antoinette“, de Mathieu da Vinha, historien, directeur scientifique du Centre de recherche du chรขteau de Versailles. Quelle รฉtait, en 1771, la garde-robe de la jeune dauphine Marie-Antoinette peu de temps aprรจs son arrivรฉe ร la Cour de France ? Les vรชtements racontent avant tout une culture, ils sont les tรฉmoins d’une รฉpoque, et gardent dans leurs trames les รฉmotions que les pages de livres ont souvent gommรฉes. Vous qui avez du mal ร trier vos placards et leurs histoires, plongez dans l’inventaire de plusieurs centaines de tenues aujourdโhui disparues, un tรฉmoignage dโune valeur inestimable pour lโhistoire de la mode.
Photos : ยฉ Chรขteau de Versailles / Thomas Garnier





