VETEMENTS, oversize d’esprit

Publié le 2 octobre 2015 par Elisabeth Clauss
VETEMENTS, oversize d’esprit

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C'était à Belleville, dans un restaurant chinois, blindé. Les agitateurs de VETEMENTS présentaient leur nouvelle collection, parfum d'enfance et de rêve-olution.

La saison dernière, ils avaient créé l'événement avec leurs uniformes de gendarmes, de pompiers et de gamins des rues (tous ces gens se retrouvent dans les mêmes histoires), réinventés, découpés, remontés. Remontés, ils le sont, la vingtaine de jeunes designers du collectif qui attire toute l'attention (la tension). Certains sont issus de l'école Margiela, dont ils ont appris des déstructurations que le plus intéressant, c'est d'éduquer le regard à découdre les clichés.

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Leur philosophie ? Puisque les essentiels du vestiaire existent depuis des siècles - le manteau, le pantalon, la robe - ils ne prétendent pas re-créer la roue, même carrée, mais la démonter pour lui redonner un sens. Leur crédo : le détournement, celui qui surprend. Ici par exemple, le tablier de cuisine en plastique, de ces toiles cirées version Liberty que portaient nos grands-mère pour nous préparer notre goûter.

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Demna Gvasalia, chef de file de ce groupe de penseurs-créateurs, témoigne que ce sont ses souvenirs d'enfances qui ont nourri sa réflexion : "je suis passé devant la vitrine d'une boutique de vêtements pour professionnels de la restauration. J'ai vu ces tabliers, j'ai tout acheté". Bien. Puis, ensemble, ils les ont explosés, refleuris, revus, exposés. Chez VETEMENTS, l'oversize est dans la tête, et pas tant interprété en largeur de pièces prêtes-à-porter-et-à-clamer, mais en longueur : les manches traineraient au sol si on ne se tenait bien déployé, les sweats-shirts - qu'ils les aiment, ces pulls à capuches qui camouflent les volumes du corps pour dévoiler, dans leur cas, ceux de l'âme, et qui deviennent des robes drapées. Les essentiels du dressing de cocktail années 80 (l'enfance de l'art, on le disait), sont imaginés en streetwear, dévoyés, sexysés. Il y a beaucoup de fleurs dans cette saison anti-couture, c'est le printemps de cette jeune marque, et si les bottes ont le talon fuyant, quand on les porte, on a le regard droit. Même s'ils s'en défendent, il n'y a rien d'innocent chez VETEMENTS, rien de galvaudé. Le show ouvrait avec une musique de manège viennois, poursuivait avec des tambours, finissait en rock metal. Les models, comme à chaque fois, avec des gueules et non des mensurations (on a tout de même reconnu Yana, mannequin belge). Parce que VETEMENTS, c'est pour les vrais gens, dira-t-on. Avec des fleurs, des couleurs et des cuissardes à motifs papier peint, ce collectif affiche un certain esprit poétique, quasi politique, et casse ses jouets pour fabriquer des fusées. Ils portent à la réflexion, portons leurs créations.

Yana
Yana

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