Quelle folle de shoes êtes-vous ?

Mis à jour le 12 février 2018 par Elisabeth Clauss
Quelle folle de shoes êtes-vous ?

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Les chaussures, les seules choses sûres dans la vie, servent à la fois à nous situer dans le rapport aux autres et à nous ancrer dans le sol. Pas à marcher, ça non.

  • Une rationnelle en talons

Comme Sophie, 39 ans, employée de banque.

Nombre d’achats de souliers commis à l’année : 2 (une paire en hiver, une paire en été, toujours 5 cm de talons minimum).

Leur valeur symbolique : « Mes chaussures me servent à assouvir mes pulsions. Immédiatement suivies de culpabilité, puisque objectivement, je n’en avais pas besoin. »

Jusqu’où irait-elle pour une nouvelle paire ? « J’ai déjà mangé des pâtes pendant deux semaines pour des bottes à talons. »

Qu’est-ce que Sophie a compris qui échappe encore à d’autres ? Le sociologue français Nicolas Guéguen a publié une étude* démontrant de façon empirique et irréfutable que les hommes prêtent plus d’attention à une femme en talons qu’à une malheureuse à plat. Il a observé le comportement de 90 hommes âgés de 25 à 90 ans. Une gamine de 19 ans a abordé des passants avec des souliers plats, puis surélevée de 5 cm, puis de 9 cm. Devinez quand elle récoltait des regards ? Nicolas Guéguen a également demandé à quatre femmes de même gabarit, et habillées de la même façon, chaussées de talons ou non, de laisser tomber un gant dans la rue. Sur les 180 hommes observés à titre de cobaye, la réactivité a augmenté d’un tiers en fonction de la hauteur des talons. Le chercheur a poussé la conscience professionnelle jusque dans un bar, où sur 36 hommes âgés de 20 à 58 ans, tous engageaient la conversation au bout de 7 minutes avec des femmes chaussées de talons de 9 cm, contre 13 minutes pour celles portant des pompes plates. C’est beau, la science.

* Archive of Sexual Behavior, 2014.

  • Une jouisseuse

Comme Élise, 40 ans, libraire.

Nombre d’achats de souliers commis à l’année : 10.

Leur valeur symbolique : « Ce sont mes amies. Mes chaussures sont bienveillantes avec moi. Elles me rendent plus forte, plus belle, plus autoritaire, et me comprennent. Quand les hommes s’en vont, mes escarpins restent. »

Jusqu’où irait-elle pour une nouvelle paire ? « Faire du charme, m’endetter, prendre un avion. Et bien sûr, mentir sur leur prix. »

Qu’est-ce qu’Élise a compris qui échappe encore à d’autres ? Que, paradoxalement, le bien qu’on fait à ses pieds profite à l’autre extrémité du corps, le cerveau. De beaux souliers, c’est de l’assertivité en cuir. C’est le sens de la marche du monde. Les grandes révolutions humaines de sont faites à pied, en rangs serrés, avec du sang et du Scholl. On ne va pas lésiner sur l’évolution du monde ! Une étude britannique* s’est penchée sur le budget moyen d’une femme (européenne) au cours de sa vie. On arrive à 40 000 euros. Une paille, quand on se penche sur le détail : ça représente en moyenne deux paires de bottes, trois paires de chaussures plates, trois paires de stilettos, une paire de sandales, des tongs, et une paire de baskets. Soit 680 € annuels, à 63 € la paire. Onze par an, même pas une par mois. C’est encore trop peu, et ça n’est pas comme ça qu’on va construire un avenir meilleur à nos enfants.

  • Une basketophile

Comme Marie, 32 ans, bloggeuse.

Nombre d’achats de baskets commis à l’année : 12. Leur valeur symbolique : « Elles me gardent les pieds sur terre. Je ne supporte pas de me sentir en déséquilibre, du moins physique. Et je n’aime pas me sentir mal à l’aise. Je sors beaucoup  et, en baskets, on peut danser toute la nuit. »

Jusqu’où irait-elle pour une nouvelle paire ? « Les acheter deux tailles trop grandes, parce que je voulais absolument un modèle sold out. écumer tous les sites internet de vente, et finir par profiter d’un voyage professionnel pour les choper en Suède .»

Qu’est-ce que Marie a compris qui échappe encore à d’autres ? Une étude britannique*(encore une) révèle qu’après une heure et six minutes avec des talons hauts, la plupart des femmes ont mal aux pieds. Elles sont 20 % à ressentir la douleur au bout de dix minutes. Près de la moitié des porteuses de talons hauts déclareraient avoir des problèmes orthopédiques, et un tiers seraient déjà rentrées chez elles pieds nus. On se demande où ils les ont trouvées, ces Cendrillon mytho. En attendant, Marie et ses 75 paires de baskets bénéficient des avantages non négligeables des chaussures de sport : elles passent en machine (le lave-vaisselle fait des miracles, sans les abîmer). Elles sont stylées. Elles lui permettent de courir après le tram, après son fils, après le temps perdu à chercher à s’asseoir l’air de rien sans afficher l’expression crispée de la fille dont la voûte plantaire pleure du pus dans ses semelles rouges. Oui mais. Quand elle veut séduire, Marie porte des talons. Très hauts. Marie est free, elle a tout compris.

  • Une bonne affairophile

Comme Géraldine, 48 ans, coach.

Nombre d’achats de souliers commis à l’année : 4, une par saison calendrier. Exclusivement en soldes.

Leur valeur symbolique : « Elles me donnent confiance en moi. C’est le début et la fin d’un look. Si on ne se sent pas bien dans ses chaussures, ça se voit sur le visage. »

Jusqu’où irait-elle pour une nouvelle paire ? « J’ai déjà fait deux heures de voiture pour trouver en soldes une paire que j’avais repérée depuis des mois. »

Qu’est-ce que Géraldine a compris qui échappe encore à d’autres ? Que la satisfaction d’un « craquage pompes » peut être multipliée à l’exponentiel si on lui soustrait le facteur « culpabilité ». C’est mathématique : « nouvelles chaussures » × « bonne affaire » – « mon Dieu qu’est-ce que j’ai encore fait » = extase.  Si l’on en croit une étude de l’agence française Diffusis, 86 % des femmes prétendent n’acquérir leurs souliers qu’avec une remise. 63 % sur internet, rien que pour les ristournes. Pire, 70 % n’auraient jamais acheté d’article de créateur. C’est tragique. Pour elles, pour l’artisanat, pour la planète. Mais c’est bon pour leur économie personnelle. D’autant qu’un achat réfléchi, de nos jours, c’est quasi un acte politique.

* sur le site promotionalcodes.org.uk, 2014.

** College of Podiatry, 2013.

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  • Une dominante

Comme Lucile, 27 ans, réalisatrice de documentaires.

Nombre d’achats de souliers commis à l’année : 6.

Leur valeur symbolique : « Ce sont des moyens d’expression. Plus un talon est haut, plus on gagne en autorité. La poitrine en avant, le menton à l’horizontale, les yeux dans les yeux avec les mecs. Les talons, ce sont des pics. Le non-verbal de l’escarpin est cent fois plus puissant que n’importe quel autre attribut de pouvoir. »

Jusqu’où irait-elle pour une nouvelle paire ? « Me mettre à découvert (à la banque et émotionnellement), mentir sur le prix (je suis presque obligée), accepter un boulot alimentaire soporifique pour deux cents balles de plus. »

Qu’est-ce que Lucile a compris qui échappe encore à d’autres ? Qu’une bonne chaussure (pas au sens « confort », mais dans son acception sociale) pèse plus dans un rapport de séduction ou de force que des années de développement personnel ou de boxe thaï. Une étude * réalisée sur 1 000 femmes âgées de
35 à 44 ans révèle en tout cas que l’attraction pour les hauts talons n’a pas grand-chose de rationnel. 20 % des femmes interrogées avouent être plus excitées par une belle paire de chaussures que par une belle paire de roustons (« leur petit ami » est le terme employé par le sondage). Lucile a compris que les talons, c’est du pouvoir. Et que le pouvoir, c’est le meilleur pote du sexe. Tout est toujours question de centimètres.

  • Une collectionneuse

Comme Catherine, 52 ans, DRH.

Nombre d’achats de souliers commis à l’année : 20.

Leur valeur symbolique : « Elles annoncent la couleur avant même que je n’aie ouvert la bouche. Mes chaussures sont comme des porte-paroles de ma personnalité. Et je ne suis pas une femme simple. »

Jusqu’où irait-elle pour une nouvelle paire ? « J’ai déjà couché avec un type qui me draguait et dont je n’avais rien à faire parce qu’il avait accès à une collection privée de souliers dont je voulais posséder une paire. Ce n’était pas cher payé, d’ailleurs. »

Qu’est-ce que Catherine a compris qui échappe encore à d’autres ? Que les chaussures sont TOUJOURS la pièce clé d’une silhouette. Une robe de couturier avec des savates, ça la réduit à un chiffon approximatif. Une veste de mass-market mal coupée assortie avec des souliers haut de gamme d’artisan italien, ça devient une Saint Laurent. Une collection de chaussures variée et affûtée, c’est l’expression d’une personnalité subtile. De la manipulation par l’image ? Absolument.

  • Une amnésique

Comme Jessica, 22 ans, vendeuse.

Nombre d’achats de souliers commis à l’année : 12.

Leur valeur symbolique : « Elles comblent des trous chez moi. Tant que j’ai assez de chaussures pour affronter chaque situation de la vie, c’est que tout va bien. »

Jusqu’où irait-elle pour une nouvelle paire ? « Payer mon loyer en retard. J’ai un problème de priorités, j’avoue. »

Qu’est-ce que Jessica a compris qui échappe encore à d’autres ? Selon une étude ** portant sur un échantillon de 2 352 femmes de plus de 18 ans possédant en moyenne 20 paires de souliers, elles n’en chausseraient régulièrement que cinq. Un quart. La raison ? Elles ont oublié qu’elles possédaient déjà des dizaines de paires quasi identiques. Un symptôme de surconsommation, mais aussi de pulsions irrationnelles. Jessica assume ses souliers sparadraps et préfère enfouir dans sa mémoire la motivation inconsciente de ses achats. Quand la plupart d’entre nous posent les pansements après. Sur leurs orteils sanglants.

  • Une maso

Comme Maud, 35 ans, décoratrice.

Nombre d’achats de souliers commis à l’année : 15.

Leur valeur symbolique : « Je me sers de mes talons, toujours très hauts et très pointus, pour en imposer aux autres. Hommes et femmes. Mais je souffre le martyre toute la journée… Alors, à la maison, je suis systématiquement pieds nus. Je redeviens la gentille fille que je suis en réalité. Quand personne ne me voit. »

Jusqu’où irait-elle pour une nouvelle paire ? « Je suis control freak, donc je n’ai jamais rien fait de déraisonnable pour des souliers, à part accepter de saigner discrètement des soirées entières dans des escarpins de 13 cm.

Qu’est-ce que Maud a compris qui échappe encore à d’autres ? Une femme sur deux admet juger les gens qu’elle rencontre sur leurs chaussures. L’autre moitié ment. À une époque qui promeut le bien-être comme une valeur d’élévation humaine, s’infliger des chaussures qui auraient scandalisé un bourreau adepte de l’écartèlement au temps de l’Inquisition semble surréaliste. Mais les dingues de pompes le savent : que des souliers, c’est soit beau, soit confortable. Qu’une couronne – ou une semelle – d’épines vous assure la notoriété sur deux mille ans, minimum. Qu’à vaincre sans Advil, on triomphe sans gloire. elisabeth Clauss

* shoebuy.com, via le Daily Mail.

** Publiée sur le site britannique de réductions Voucher
Codes Pro en 2014.

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