L’édito de Béa Ercolini: Opéra pouffe

Mis à jour le 20 février 2018 par Béatrice Ercolini
L’édito de Béa Ercolini: Opéra pouffe

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Que faisiez-vous à 15 ans ?

Margaret Campbell, elle, se défaisait discrètement de l’enfant qu’elle attendait de l’acteur David Niven. Tout juste avant d’être  présentée à Buckingham Palace, lors du bal des débutantes. À l’époque – nous sommes à l’extrême fin des années 50 –, la jeune fille a déjà eu des liaisons avec le prince Ali Khan (le mari de Rita Hayworth), avec un aviateur millionnaire et plusieurs autres messieurs pas du tout de son âge. Un sacré tempérament, cette Margaret. Peu de temps après, elle épouse puis divorce de Ian Campbell, le onzième duc d’Argyll.

C’est pour cela que je vous en parle. Parce qu’en ce mois de septembre, La Monnaie donne «Powder Her Face »,  l’opéra qui s’inspire de ce scandale sexuel qui choqua la haute société britannique en 1963. Une procédure retentissante au cours de laquelle Lord Campbell produisit devant la cour la liste des 88 amants présumés de sa femme. Imaginez-vous votre chéri faire pareil ? Évidemment, la liste de Margaret contenait des ministres, des acteurs et des membres de la famille royale : suffisamment pour en faire une affaire d’État. Autre preuve à charge :  une série de polaroids trouvés dans la chambre de la duchesse. On y voit cette dernière, vêtue seulement de son triple rang de perles, pratiquer une fellation. Sur d’autres, un homme sans visage qui se masturbe. Au dos, il a griffonné ses commentaires.

Ce sont ces images qui ont inspiré Philip Hensher, le librettiste de l’opéra, et le compositeur anglais Thomas Adès, âgé de 23 ans. La scène 8 de leur « Powder Her Face » est connue pour montrer la première fellation sur scène de l’histoire de l’art lyrique.

Vous avez remarqué comme l’opéra et le théâtre s’approprient ces jours-ci la palme de la provoc’ ? Vous hurlez contre le sexe omniprésent dans la pub ou les magazines féminins ? Plus une pièce aujourd’hui sans comédiens nus ou copulant sur scène. C’est parfois beau, carrément réaliste, souvent osé ; cela fait du bruit, c’est garanti.

L’an dernier, au même endroit, c’était le Don Giovanni couillu, violeur même, dans la version de Krzysztof Warlikowski, qui créait la polémique... Mais justement, peut-être parce qu’il en est le pendant, il est intéressant, ce modèle de Don Juane. Une femme qui enfile les hommes comme des colliers de perles et à qui la justice reproche son immoralité, ça réssemble méchamment à du slut shaming avant la lettre.

Cela remet aussi sur la table la discussion autour d’un cliché qui a la peau dure : l’homme qui accumule les conquêtes est viril, la femme libre est légère ou carrément salope. Et nous ne sommes pas toujours les plus tendres avec elle...

Le 19 septembre à 20 h, l’Opéra Royal de la Monnaie nous propose aussi de plonger dans l’univers de Mariusz Trelinski. L’occasion de rencontrer le metteur en scène de « Powder  Her Face », mais aussi Béatrice Delvaux, Laurent de Sutter, Béa Ercolini, Agnieska Graff et Isabelle Tilmant. Un parcours surprenant dans le mythique ancien hôtel de rendez-vous, l’Hôtel Le Berger.

10 €, réservation obligatoire

www.lamonnaie.be