Alerte tendance : les maxi visières

Mis à jour le 14 février 2018 par Elisabeth Clauss
Alerte tendance : les maxi visièresMarni PE14
Marni PE14
Marni PE14

Repéré au défilé Marni : les longues visières, portées en coiffures. Au défilé de La Cambre en juin dernier, Emmanuelle Lebas avait joué de visières surdimensionnées et ajourées, pour renforcer l'impact visuel de ses silhouettes statuaires et longilignes.

Emmanuelle Lebas - Show La Cambre 2013
Emmanuelle Lebas - Show La Cambre 2013

De Bruxelles à Milan, la maxi visière s'annonce donc comme l'accessoire phare de l'été prochain. Chapeau bas.

Emmanuelle Lebas - Show La Cambre 2013
Emmanuelle Lebas - Show La Cambre 2013

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Quelles étaient les perles du défilé de La Cambre ?

Quand je dis « perles », c’est au sens précieux du terme. Depuis quelques jours, nous vous avons annoncé les enjeux pluriartistiques de ce show qui compte parmi les événements mode les plus importants en Belgique. Voici ce que La Cambre avait réservé comme surprises aux spectateurs présents, et vous promet comme prodigieux créateurs pour demain :

Les 1ères années :

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Une performance de liberté et de recherches. Ces jeunes élèves sont initiés depuis un an à réaliser des prouesses techniques, qui font déjà de ce passage un moment de jubilation vestimentaire. La vingtaine d’étudiants qui ont travaillé sur ce tableau ont envoyé sur le podium des mannequins vêtus de « tutus » structurés avec une poésie rare, est surmonté de couronnes d’origami suspendu, qui flottait au-dessus de ces personnages oniriques. Nous avons vu débarquer des apparitions blanches, ornées d’éclats de couleurs, chaussées de rangers noires. C’était le choc des messages, nous étions dans la créativité pure, semblant n’avoir pour objet que de repousser les lignes de ce que nous connaissions. Les étudiants avaient réfléchi à l’agencement des matières, et c’est presque par hasard qu’elle devenait vêtements. Des couples s’agençaient naturellement, comme sur l’échiquier d’un démiurge irresponsable. De l’avis de tous, un moment enchanteur.

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Les 2èmes années :

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On pouvait là aussi percevoir tout le plaisir derrière la recherche sur les volumes, matières et pictogrammes, sur la construction architecturale et pleine d’humour de chapeau monumentaux. J’ai vu beaucoup de références ultramodernes aux silhouettes de la Renaissance, mais il paraît que non. Ce qui signifie que ce passage était très réussi : les idées exprimées permettaient à chacun d’y raccrocher ses références et son univers fantasmagorique. On y a vu les mannequins porter des baskets réinterprétés en spartiates, des jambières en miroir. Des excroissances de volume, une épaule qui décroche vers le ciel. C’était drôle, enlevé, clin d’œil noblement carnavalesque à l’essence du vêtement.

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Les 3èmes années :

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Ceux -là travaillent exclusivement sur l’homme. Nous avons assisté à des mises en scène de tableaux comme des chocs de références. Entre maharadjah hip-hop en tartan, portant corset et chaussures vernies à pompon de fourrure, et rappeurs masqués vêtus de maille filet et de pantalons empiécés, surmonté d’étranges T-shirts à traîne. Le jeune chanteur à voix d’ange Juriji der Klee a accompagné l’un des passages d’une mélopée de soprano, tandis que des hommes chaussés de sandales en languette de bois (genres Kapla articulés) battait la mesure sur le catwalk recouvert de film plastique noir (pour emballer les palettes de supermarché). Des mannequins dont la plastique (qui là aussi, pour nous emballer, a super marché), portaient des ponchos en patchwork de soie, comme des couvertures matelassées, gilet d’assemblage de cuir pastel et de fourrure. Et toujours, des chaussures, montages déments de semelles de bois, socques surmontes de structures qui furent des baskets dans une autre vie. D’autres présentaient des combinaisons de plongée en fronces évoquant de drôles de fleurs marines.

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Les 4èmes années :

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Louis Gabriel Nouchi a présenté son travail inspiré du manga des années 90 « Princesse Mononoke ». Ses patchworks de graphiques asymétriques (et parfaitement logiques),          témoignaient du travail énorme que fournit chaque élève pour construire sa collection, le résultat était digne d’un créateur confirmé. L’une de ces silhouettes a été démantibulée au milieu de la scène, une manche après un pan de tissu aux velcros arrachés, le mannequin finissant à poil. La fille était parfaitement jolie, mais c’est quand même ses vêtements que je préférais.

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Eddy Anemian a composé sa collection de fines lamelles de textile d’ameublement vintage à fleurs massives des années 60-70. Il en a tiré des pièces à volumes évoquant les dégradés d’une carrière de marbre, construction mouvante aussi hypnotisantes à regarder qu’à désirer.

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Léa Barré à joué de contraste de matières, assemblant des laines très lourdes à des matières techniques fines et translucides comme de la peau. Elle a créé des vêtements en illusions d’optique, qui semblaient à symétrie instable, composant le véritable équilibre de la silhouette.

Les 5èmes et dernière années du cursus :

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Anaïs Lalu a imaginé sa ses silhouettes à partir des pièces de base du vestiaire quotidien des ados, mélangé aux codes des costumes de majorettes, patineuses et pompom girls « de province ». Très subtiles, ses coupes témoignent d’une maîtrise déjà professionnelle du métier.

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Doriane van Overeem a travaillé sur la femme-reine, créant une collection toute en motifs fleuris pétants, pantalons à traîne et gants ouvragés. Un passage glamour, drôle, très hollywoodien.

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Emmanuelle Lebas a présenté une ligne enchanteresse de vêtements inspirés des tenues sportives du XIXème siècle. Pour ses vestales futuristes, elle a inventé des plissés larges en relief, évoluant comme des accordéons aux pas des mannequins.

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Michèle Bagdassarian a récréé des héroïnes de films noirs des années 40. Elle a notamment travaillé sur des tissages de lamelles de cuir, et s’est appliquée à dévoiler à l’arrière de ses mannequins ce qu’elles cachaient devant. Robes duales, femmes doubles.

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Pablo Henrard a consacré sa collection aux hommes, pour réinventer un vocabulaire de formes. Ses vestes à basques longues devenaient des jupes, révélant (enfin!) aux yeux du monde la joliesse et le dessin irréprochable des jambes masculines.

Ce show 2013, à la hauteur des attentes des esthètes et des espoirs des fous de mode, en plus d’un spectacle parfaitement maîtrisé et finalement très émouvant, nous a offert une image optimiste et vivifiante de la future création belge.

©catwalkpictures2013