Un « enfant en devenir » peut-il avoir une identité juridique ?

Mis à jour le 16 février 2018 par ELLE Belgique
Un « enfant en devenir » peut-il avoir une identité juridique ?

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Mercredi, une réforme visant à modifier le statut des enfants mort-nés était discutée à la Chambre. Menée par le ministre de la Justice Koen Geens, elle n’est pas sans conséquence.

Pour rappel, cette réforme entend offrir la possibilité aux parents de donner un nom à un enfant né sans vie, dès 14 semaines de grossesse (soit 98 jours au lieu de 180 jours actuellement). La question aurait pu sembler incongrue il y a quelques dizaines d’années, quand la mortalité infantile était bien plus importante, ou encore de nos jours dans certains pays.

L’intention peut être louable car donner une identité à un enfant mort-né, c’est ne pas faire comme s’il n’avait jamais existé. On sait que le fœtus entend des voix, des vibrations, il est ainsi légitime de se poser cette question identitaire. Mais sous couvert de vouloir reconnaître la douleur d’un couple après une telle épreuve, il semblerait que cette réforme puisse entraîner d’autres dérives et remettre en cause très fortement le droit à l’avortement : donner une identité juridique à un enfant mort-né, c’est dire que le fœtus est une personne. Et l’avortement pourrait ainsi devenir un crime.

Aujourd’hui, sur les réseaux sociaux, certains ont des « amis » qu’ils n’ont jamais rencontrés. Considérer un fœtus comme un enfant ne serait-ce pas là encore confondre réel et virtuel ? Le fœtus est un projet et non encore une personne, il semble difficile de donner la même place à quelqu’un qui a vécu et à quelqu’un qui n’a pas vécu.

Une vie « végétative » est-elle une vie ? La question a été posée tout récemment dans le cas de l’affaire Vincent Lambert, maintenu en vie artificiellement depuis plusieurs années. Après des mois de vifs débats, la Cour européenne des droits de l’Homme a tranché récemment et a validé l’arrêt des soins.

Pour résumer, il faut dire que le sujet prête énormément à débat. Mais à vouloir légiférer pour reconnaître la douleur des familles, prenons garde à ne pas revenir en arrière quant à des droits fondamentaux sur nos choix de vie.

Marine Sanclemente