L’expo choc du Bozar : The Belgians. Un Unexpected Fashion Story

Mis à jour le 16 février 2018 par Elisabeth Clauss
L’expo choc du Bozar : The Belgians. Un Unexpected Fashion Story

Expo Bozar

C'est un pan de la culture belge. C'est une plongée intimiste en 10 salles et 1500 m², sur les petites destinées particulières de cette mode prescriptrice, qui a changé le visage de la couture là où on l'attendait pas.

Didier Vervaeren est consultant en mode, designer, enseignant à La Cambre. En juin, il devient curateur de la plus importante exposition rétrospective retraçant l'histoire de la création belge, de son savoir-faire dentellier à la nomination du Flamand Raf Simons à la tête du style de Dior. Un Belge présidant à la destinée de l'une des maisons françaises les plus emblématiques du luxe et du chic parisien, on n'aurait pas misé cher il y a encore 20 ans.

Mémoire, témoin et acteur de cette mode belge, il nous guide à travers quelques-unes des 10 thématiques de l'expo, grâce à 9 mois de travail ininterrompu, des dizaines de rencontres de créateurs, la consultation d'étagères entières d'ouvrages et de catalogues d'expo spécialisés, des mètres cubes d' « éphémères » (boîtes d'archives contenant des coupures de presse, échantillons de tissus, invitations…) ouvertes avec émotion.

Extraits :

Héritage / A surreal Tribute : « J'ai été touché par la découverte de Norine, la « Chanel du Nord ». Elle était très moderne, très anticonformiste pour l'époque. Cette femme, la première créatrice de mode belge, a travaillé dans les années 20, pratiquement comme travaillent encore aujourd'hui les designers : ils n'en font qu'à leur tête, et collaborent avec leur entourage proche, leurs amis créatifs. C'est René Magritte qui lui faisait ses vitrines et dessinait ses invitations. »

Portraits / From me to you : « J'ai réalisé à quel point le narcissisme, quand il est positif, peut-être tourné vers les autres et stimulant pour la créativité. C'est le cas de ces designers, qui dessinent d'abord pour des gens qui leur essemblent. Tout ce qu'ils créent, ils le portent dans leur personnalité. »

Martin Margiela : When artistry meets industry : « Parmi les archives, j'ai visionné un film de la RTBF de 1989, sur les 30 ans de Barbie. On avait demandé à des créateurs belges de réinterpréter sa garde-robe. Parmi eux, Martin Margiela lui avait imaginé trois tenues, avec coiffures et maquillages. C'est très émouvant, parce qu'on n'y voit déjà toute l'œuvre qu'il accomplira plus tard. Tout était dit, en trois Barbie. »

Vocabulary / Singularity as trademark : « J'ai découvert au Musée de la Mode d'Hasselt les archives de Raf Simons. En consultant des collections qui ont presque 20 ans, on retrouve déjà toutes ses références à la musique, sa fascination pour la jeunesse. Quand on évoque un designer, on pense à la dernière pièce qu'on a aimée dans sa collection. Mais on oublie à quel point le travail des créateurs belges est intemporel. »

Love Story / Fashion is art : « Formés dans des écoles d'art, ces créateurs sont liés à la fois aux arts et à la culture. Ce ne sont pas « que » des modeux. Dans l'exposition, on verra une robe créée par Ann Demeulemeester pour la Vierge d'une église. Un curé qui avait prit contact avec elle, probablement sans trop savoir qui elle était. Touché par la demande, elle a interprété une longue robe blanche de sa collection avec un collier de plumes. Et chaque année, elle retourne elle-même ôter la robe de la statue, la nettoyer, l'arranger, et la lui réenfiler. »

Worthwhile / The end of the waste : « C'est l'exposition d'une pièce de la collection artisanale (« couture »), de Martin Margiela. Avant, on appelait ça du recyclage. 30 ans plus tard, c'est un positionnement politique et social, la « sustainability », la « slow-fashion ». Margiela avait inventé ça, aussi. Il a créé un concept, les nouveaux créateurs en ont fait des valeur ».

Nouvelle vague / Next Generation : « VETEMENTS, c'est la surprise de cette saison. Un collectif qui incarne la révolution qu'a générée cette mode belge. Là où personne n'aurait osé se mouiller, marcher sur les plates-bandes Margiela, ils reprennent le flambeau de cette contre-culture. Rester étonnants et indépendants, c'est l'ADN des belges. Dans cette salle « nouvelle vague » on en présente 12. C'est très réjouissant pour le futur. Car c'est une nouvelle vague affranchie (ou pas) des six d'Anvers. »

Pièces rarissimes, photos, objets cultes, découvrez d'où vient la mode, pour savoir où elle va.

Bozar, du 5 juin au 13 septembre.

Didier Vervaeren par Erik Anthierens
Didier Vervaeren par Erik Anthierens