Quel est votre fashion karma ?

Mis à jour le 14 février 2018 par Elisabeth Clauss
Quel est votre fashion karma ?

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Dans la vie, toutes nos actions ont un prix. C’est le grand boomerang universel. Du purgatoire à nos armoires.

1. « Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ! », vous exclamez-vous, abasourdie dans une cabine d’essayage, le gras du genou coincé au milieu de la jambe de ce slim que vous convoitez depuis deux mois. Là, dans la solitude de votre 38-40 inassumé, cette saleté de froc vous rappelle que les crêpes beurre salé à chaque petit déjeuner, ça a des conséquences.

Le message que l’univers vous envoie. Parfois, on fait une fixette sur le mauvais objet du désir. La bonne réponse à votre mauvaise question est en réalité juste à côté. Vous avez bien besoin d’un nouveau pantalon. Mais pas celui-là.

Votre fashion karma pour ce printemps-été.Vous ne cessez de vous comparer à un éléphant (un pachyderme de 55 kilos, toutes proportions gardées) ? Abandonnez l’idée du slim. Ce qu’il vous faut, c’est un patte d’eph. Moulé jusqu’au cuissot que vous avez costaud, évasé sur le mollet que vous n’avez pas flasque, juste un peu mollet. Avec des sandales à talons compensés en liège, c’est salvateur puisque ça vous ajoute des centimètres en douce. Évidemment, en chaussures toutes plates à lanières, c’est le normcore de saison. Faites-nous confiance : un bon jean Gucci, délavé, coupé « Capri » (c’est-à-dire 7/8), pattes d’éléphant, ça ne trompe pas. Question de karma.

2. « Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ! », vous écriez-vous en découvrant, atterrée, les images du drink du bureau où, grâce au flash de l’appareil photo jetable du comptable, non seulement vous avez failli perdre la vue, mais vous êtes à poil sous votre chemisier en soie. Le seul jour de toute l’année où vous n’aviez pas mis de soutif.

Le message que l’univers vous envoie. Cacher le grain de peau subtil que la nature vous a donné sous des fringues opaques toute l’année, c’est un péché.

Votre fashion karma pour ce printemps-été.Toutes les maisons (et même les marques de grande distribution) ont misé gros sur le fin : blouses translucides, mousselines, robes évanescentes. On peut les superposer si on a encore des pudeurs mal placées (en gros, si on n’a pas encore accouché) ou les porter sans rien dessous. Hommage aux années 70 où l’amour était libre – même si personne n’a dit qu’il était simple – et où on pouvait être sexy sans être exhibi. Chez Ann Demeulemeester, les tuniques longues, légères comme un souffle, se portent devant-derrière si on veut accentuer le décolleté, sous un blazer, sur un caraco. Ou sans rien, que la grâce de se dévoiler sans rien vraiment montrer.

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3. « Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ! », pensez-vous devant votre troisième armoire, celle du couloir, qui vient de craquer sous le poids de vos achats irraisonnés. Vous décidez de faire un tri et réalisez que vous avez tout en double. De quoi créer un musée d’archives de la mode belge et de grande distribution mélangées. Vos deux personnalités, « collectionneuse » et « compulsive », s’étalent sur votre plancher, triste fatras, vicieux (délicieux) constat.

Le message que l’univers vous envoie. « Ce qui compte, ce n’est pas la quantité, c’est la qualité. » On voit que l’univers ne doit pas s’habiller tous les matins.

Votre fashion karma pour ce printemps-été 2015. N’achetez pas cinquante pièces années 70 parce que la tendance du printemps, c’est les années 70. Contrairement à l’auteure de ces lignes, française d’origine, qui biaise la question d’écrire « soixante-dix » ou « septante » par de bons vieux chiffres arabes, posez un choix clair. Offrez-vous du baba cool, bien sûr. Mais du beau. Du créateur. Du Dries Van Noten. Parce que son prêt-à-porter, c’est de la Couture. Des matières comme des caresses, des coupes comme des hommages. Traitez-vous bien, enfin.

4. « Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ! », vous dites-vous en poussant la porte de la boutique Saint Laurent, prête à craquer votre plan d’épargne logement. Tout vous va. Vous enfilez la longue robe imprimée flower et vous vous sentez gonflée de power. C’est la bonne taille, le bon modèle, et elle est soldée à -70 %.

Le message que l’univers vous envoie. La roue tourne. Elle est en haut, débrouillez-vous pour qu’elle y reste.

Votre fashion karma pour ce printemps-été. Les achats compulsifs, vous les avez expiés un soir de manif devant une enseigne de mass market. Vous étiez là par hasard, et soudain, vous avez été touchée par la grâce : quand on envoie le bon message à l’univers de la confection, le prêt-à-porter y répond favorablement. Désormais, votre fashion voie spirituelle est toute tracée. Si vous ne vous éloignez pas de la lumière des maisons qui fabriquent dans la dignité, toutes les nippes que vous toucherez se transformeront en couture-rock prête à tomber dans votre panier.

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5. « Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ! », vous demandez-vous. Trop brune, ou d’un blond qui ne vous satisfait jamais vraiment, le teint diaphane ou la peau abricot, vous avez décidé il y a dix ans que le kaki ne vous allait pas. Qu’il vous donnait mauvaise mine, que vous aviez l’air d’une panzerfrau. Mais cet été, du kaki, y en a partout. Qui c’est qu’en a rien à kicker du kaki ? Bibi. On n’en est pas sortis, mon kiki.

Le message que l’univers vous envoie. Il est temps de faire la paix avec les couleurs militaires.

Votre fashion karma pour ce printemps-été. C’est A.F. Vandevorst, avec leur collection de parachutistes, et avant cela quinze années d’uniformes de l’armée réinterprétés, qui ont lancé la première offensive. Le kaki, les vestes à poches appliquées, les tailles cintrées, les cols montés, les manchettes serrées. Les autres ont fini par défiler derrière eux en rangs serrés : Marc Jacobs, Chanel, Ralph Lauren, Michael Kors. Cette saison, ils ont tous rendu les tenues de l’armée aux civils. Face à l’évidence que leur maître à tous, Yves Saint Laurent, avait lancé la saharienne il y a un demi-siècle, vous capitulez. Vous signez, vous vous engagez. Et découvrez qu’en kaki-court et veste ajustée, vous avez l’air d’une bombe.

6. « Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ! »,hurlez-vous devant une combi-pantalon. Cette pièce réservée, selon vous, aux filles longilignes, sans beurre et sans porcelet à la broche, c’est-à-dire les autres. La combi-pantalon marque une avancée dans la tendance mais pour vous, c’est « même pas en rêve ». Pourtant, c’est votre fantasme secret. Votre « importable » inassouvi.

Le message que l’univers vous envoie. Arrête de faire ta mijaurée.

Votre fashion karma pour ce printemps-été. Plongez chez Céline, pour vous inspirer. Chez Dior, pour vous tenter (avec un Belge aux commandes, vous imaginez bien que la combi-pantalon ne ressemblera jamais à une salopette, son ancêtre caché). Chez Versus Versace, pour vous décomplexer. Enfin, chez Sonia Rykiel, pour l’acheter. En maille, fluide, sans traîtrise, le vêtement floute vos complexes supposés, met vos atouts en avant – jolie poitrine, jambes musclées – et vous réconcilie. Avec la combi-pantalon, peut-être bien. Avec vos présupposés, surtout. Demain, on passe au mini bikini rouge (avec ficelle sur la hanche.) Si. C’est le karma qui le dit. Et votre voisin du dessous, le timide qui vient de vous sourire, aussi.