Les confidences de Nicolas Bedos

Mis à jour le 10 janvier 2018 par Elisabeth Clauss
Les confidences de Nicolas Bedos

1

Confidences d'un trublion subversif, futur expat, croisé à Bruxelles lors des Magritte du cinéma.

Minute 1. L'homme est sur la défensive. Il annonce d'emblée : « Moi, je ne parle que de politique, de littérature et de philosophie. »

Minute 2. Puisqu'il vient très souvent  en Belgique, on décide de le prendre par la sociologie. « Il y a cette sympathie. Cette gentillesse même, parfois. Enfin là, je compare surtout à Paris. J'ai beaucoup d'amis à Bruxelles, qui ont une fantaisie, une festivité, une bienveillance dans le regard qu'on ne trouve pas aux abords de la gare du Nord. C'est le froid/chaud de la météo et des cœurs. »

Minute 3. Qu'y a-t-il de belge en lui ? « L'humour. Le troisième degré, l'autodérision, le canular, le mensonge. La dérision. La satire. »

Minute 4. Qu'est-ce qui ne lui manquera pas de la France quand il sera installé chez nous ? « Une certaine amertume, une certaine jalousie. Celle que les gens éprouvent à l'égard des politiques, des artistes, face à l'inventivité et au succès. »

Minute 5. À propos de la liberté : « On est plus libre en Belgique. Il y a un goût pour la transgression. C'est vous qui avez fait les canulars les plus sophistiqués de ces dernières années. À l'époque où l'on se demandait si j'étais vraiment arrogant et prétentieux, les Belges ne se sont jamais interrogés. Ils avaient tout compris. Les premiers textes, les premières chroniques. Ils avaient saisi la distance du personnage. Un mec comme François Damiens joue sur plusieurs casquettes, et au début, il y avait des cons en France qui le trouvaient odieux. Il faudrait donner des cours de second degré à certains Français. »

Minute 6. À propos de philosophie : « Le premier degré, c'est le rôle des politiques, pas des satiristes, pas des clowns. On n'est pas là pour faire des discours, mais pour s'en moquer. »

Minute  7. À propos de la politique : « Il y a une grande différence entre la France et la Belgique. Ici, il y a une gauche libérale qui est pour des réformes et pour la flexibilité du travail, pour plus d'oxygène pour les entreprises, et en même temps, très à gauche sur le plan sociétal, comme sur le mariage des homosexuels, adopté en très peu de temps et qui n'a jamais posé le moindre problème. Par rapport à l'immigration, vous êtes au top de la tolérance, et en même temps certains de mes amis belges ont un discours extrêmement libéral. C'est une gauche que la France n'a pas encore acceptée. Je pense qu'il y a un mal-être et une détresse qui rendent les Français beaucoup plus crispés face au changement de leurs lois. »

Minute 8. Pourquoi est-il toujours parisien ? « Parce que c'est là que je travaille. Mais ma décision n'est pas encore prise. J'ai exploré l'éventualité de venir vivre en Belgique il y a quelque temps, et ça ne serait pas pour des raisons fiscales, mais pour des raisons humaines et artistiques. Si vous demandez votre chemin dans la rue, les gens vous disent spontanément “C'est sur ma route, je vous emmène”. À Paris, la personne baisse la tête et vous dit : “Je sais pas, j'ai pas le temps.” »

Minute 9. Une dernière confession : « J'ai des rapports extrêmement passionnels avec l'alcool, que certains de mes amis belges partagent. Donc je viendrai ici pour des raisons artistiques, humaines, et alcooliques. »

Minute 10. Il doit courir à la cérémonie, alors on lui arrache son adresse préférée à Bruxelles. « Cet hôtel branché, où m'emmènent toujours Tania Garbarski, Charlie Dupont et François Damiens : Odette en ville. »