On a testé: la digital détox

Mis à jour le 20 février 2018 par ELLE Belgique
On a testé: la digital détox

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Accros aux écrans de tous les pays, faites comme nous et libérez-vous du joug numérique ! Au moins, essayez... pendant quatre jours.

  • Jour 1 

10 heures. Pleine de la bonne volonté qui me caractérise, je démarre ma cure en mettant en favori le site detox-digitale.com et en téléchargeant sur mon smartphone l’appli Offtime qui désactive les notifications. Je crée le hashtag #DetoxEtVous sur Twitter et j’envoie un snapchat à ma sœur pour lui raconter l’expérience incroyable que je suis en train de vivre.

10 h 07. Dans mon élan, j’expédie même un mail à ma boss pour lui dire que c’est trop facile, la détox. Elle me rappelle que l’idée, c’est quand même de le faire sans écran. Je lui dis : « OK, j’éteins tout. »

15 h 30. Elle m’adresse un mail pour savoir si ça se passe bien, sans écran. Je lui réponds que oui, super, ça fait déjà presque six heures et c’est les doigts dans le nez. Je clique.

15 h 31. J’essaie d’annuler le clic. Trop tard.

16 h 30. Comme dans les hôtels avec « cure détox » qui se développent un peu partout en Europe, je demande à ce qu’on me confisque mes écrans. Je donne mon portable pro, mon mec fait « tss tss » en secouant la tête. Je dépose mon portable perso. « Tss tss. » Je le supplie de me laisser ma tablette. « Tss tss. » J’ai l’impression d’arriver en prison, sauf qu’on me laisse mes lacets. (On ne devrait pas, je suis quelqu’un de sensible depuis 78 secondes.)

Fin d’après-midi. J’aurais bien continué mon article heure par heure mais, sans écran, je n’ai plus de notion du temps, et ça fait bien une dizaine d’années que j’ignore si mon four est à l’heure d’hiver ou d’été.

Soir. Il y a un gars du nom de Fred Heusse qui, dans sa vidéo « Game of Phones », a repris les scènes sexuelles de la série presque éponyme en intégrant des sonneries de téléphone pour interrompre Daenerys et les autres en pleine action. Je demande à mon mec si on ne peut pas faire l’amour, histoire que ça me serve au moins à quelque chose de ne pas être interrompue.

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  • Jour 2 

Matin. Sans réveil à côté de moi, j’ai mal dormi. Mon « Tss tss » chéri pianote au-dessus de son bol de café, je redécouvre la peinture du plafond de la cuisine qui s’écaille tellement qu’on distingue presque la voûte plantaire du voisin du dessus. « Oh », je dis en montrant le plafond. « Hmm », il répond. « Pff », je conclus. On n’est pas encore très habitués à parler avec plus de 140 caractères.

Midi. Je vais au café d’en bas. Je commande un wi-fi sans sucre, il y a des bruits de clavier partout, je tousse et j’ouvre la fenêtre en demandant aux clients s’ils ne peuvent pas aller taper dehors.

Après-midi. Les minutes passent. Enfin, je crois. Si ça se trouve, on est en guerre et je ne le sais pas. Si ça se trouve, je suis morte et je ne le sais pas. Ou pire, si ça se trouve, j’ai des amis qui sortent ce soir et je ne le sais pas. Je découvre que la peur de rater quelque chose a un nom, et que ça s’appelle le Fomo, pour Fear of Missing Out. Ça me soulage, vous ne pouvez pas savoir. Si ça se trouve, il existe aussi un nom pour la peur que toute ma famille meure si je ne me relève pas pour fermer le placard avant de dormir.

Soir. Dans le doute, je passe au bar où on a nos habitudes. Je propose à mes amis de jouer au jeu de la pile, qui consiste à déposer les téléphones les uns au-dessus des autres au milieu de la table. Le premier qui touche le sien paie sa tournée. On dirait une partouze numérique, surtout quand, au bout de quelques minutes, ils se mettent tous à vibrer en même temps. Mes amis sont prêts à dépenser beaucoup d’argent pour récupérer leur téléphone, je les comprends, il y a encore quelques jours j’ai plongé ma main dans les toilettes d’une aire d’autoroute pour récupérer le mien.

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  • Jour 3 

Matin. Avant, j’avais l’habitude, pour réussir à ouvrir les yeux, de les brûler à la lumière de mon téléphone. Les experts en digital detox recommandent de remplacer cette habitude par une autre qui nous fait du bien, comme boire un grand bol de thé vert, par exemple. Je bois un grand bol de thé vert et, effectivement, ça va beaucoup mieux. (Je plaisante.)

Midi. J’ai faim. J’aurais bien cherché sur internet le temps de cuisson des « salsifs ». Je demande à mon cochon d’Inde, que j’ai rebaptisé Google. Il me couine : « Essayez avec l’orthographe “salsifis”. » J’ai des hallus, je crois qu’il faut que je prenne l’air.

Après-midi. Ça fait longtemps que je n’ai pas lu. Je prends un bouquin un peu au hasard. Bonne pioche, je découvre une jeune auteure en laquelle je crois beaucoup, une certaine Françoise Sagan.

Soir. Je tente de dissimuler mes tremblements nerveux mais je porte régulièrement les mains à mes cuisses et à mes fesses dans un mouvement incontrôlable. Mon mec finit par le remarquer et me demande pourquoi. Je réponds que pour rien. Je les trouve fermes, voilà tout.

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  • Jour 4

Matin. Mon fils est vautré devant l’iPad. Je le supplie discrètement de me laisser regarder.

– Non.

– Cinq minutes.

– Non, c’est pour ton mieux, Maman.

(Pour mon bien, mais en encore plus bien.)

– Un seul épisode de « Tchoupi ».

– Non.

Pour la peine, je lui spoile la fin de la saison 2.

Midi. J’envoie une carte postale à ma boss pour lui dire que je vais lui déposer le fruit de mon travail avant ce soir dans un bureau de poste. J’ai super mal aux doigts à force d’écrire avec un stylo. En revanche, j’ai pris au moins 1 cm de tour de pouce.

Après-midi. Je croise une copine avec qui je suis un petit peu en froid depuis quelques années parce que, à la naissance de sa fille, je lui ai envoyé par SMS : « Oh, génial, bienvenue à ta petite pute », saleté de frappe intuitive. On se donne rendez-vous à 20 heures. Je lui explique que je ne serai pas du tout joignable et je lui fais jurer de ne pas me faire faux bond. Sur la tête de sa petite chérie (je n’ai pas voulu prendre de risques).

Soir. Elle a déjà deux minutes de retard. Je suis aussi stressée que si mes règles avaient deux ans de retard. Elle arrive, ouf, je ne suis pas enceinte. C’est magique, les réseaux sociaux. On a beau se perdre de vue quatre ans, quand on se retrouve, c’est comme si on s’était quittées la veille. Autrement dit, on n’a plus rien à se dire. Je rentre chez moi. Je passe par des ruelles sombres, le seul objet de valeur en ma possession étant mon stérilet, je me sens invincible, ça me donne très envie de chercher des noises à ce grand type bourré qui insulte son ami imaginaire.

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  • Jour 5

8 heures. Je récupère mon téléphone.

8 h 35. Je l’ai laissé à la maison pour aller à l’école, et je n’ai presque plus la sensation qu’il me manque quelque chose d’essentiel.

8 h 40. La directrice me demande où il est.

8 h 41. Sur la table, je réponds fièrement.

8 h 42. Sur la table ? Pour quelle raison ?

8 h 43. Disons que j’ai passé une heure dessus ce matin, donc c’est bon pour aujourd’hui, basta, ras-le-bol, j’ai une vie en dehors de lui, moi, madame.

8 h 44. Donc, il ne viendra pas à l’école aujourd’hui ?

Et merde. Mon fils.

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  • Exercices pratiques

Alia Cardyn est une ancienne avocate, qui a décidé un jour de prendre la défense du bien-être. Revirement de carrière, la jeune femme coache désormais nos vies ultraconnectées, aux réflexes digitaux compulsifs. Dans son « Petit Cahier d’exercices de digital detox », elle propose des tests ludiques pour savoir si on est accro (et si on en souffre !) et des solutions pour décrocher. Si vous avez consulté trois fois vos messages le temps de lire ces lignes, offre-vous ce cahier : pas pour vous passer de technologie, mais pour qu’elle ne vous dépasse pas. EC

Jouvence, 6,90 €.

Camille Anseaume