FAUVE ≠ aboie mais ne mord pas

Mis à jour le 20 novembre 2018 par Tatiana
FAUVE ≠ aboie mais ne mord pas

FAUVE

Rencontre avec le collectif français à l'occasion de la sortie de son deuxième album: "Vieux frères II".

Alors qu’ils présentent leur second bébé : « Vieux frères II », éponyme de son ainée, Fauve ≠ est aujourd’hui encensé par la critique, après avoir créé son buzz sur la toile et sur scène. Leur prochain concert au cirque royal est archicomble et l’annonce toute fraîche de leur future performance, au festival les Ardentes cet été, fait déjà des émois.

Fauve c'est quoi?

Fauve ≠, c’est beaucoup de choses à la fois : Un collectif d’artistes qui fonctionne en autarcie sans maison de disques, sans marketing, en contrôlant tout -- de ce qu’ils racontent dans leur textes à leurs clips vidéos -- tout en réinventant les règles de l’industrie musicale.
Leur musique ? Un genre de slam, conduit par de doux accords indie rock, mais aux propos acérés livrant leur ressenti sur la difficulté de vivre. Ils ont soulevé une véritable armée de fans, les mauvaises langues diront majoritairement de très jeunes adolescentes, elles aussi, en mal de vivre cette « vie de merde ». En effet, les avis les concernant sont ultra tranchés, certains adorent et en redemandent, alors que d’autres exècrent et régurgitent à peu près tout ce que représente le groupe. Pour ma part, j’avoue avoir ri à la lecture de l’article parodique du Gorafi qui révélait que Fauve ≠ était en fait un canular de collégiens et ça me faisait kiffer d’essayer de lever le voile sur ce phénomène en rencontrant certains membres du groupe en personne…

Pourquoi vous êtes-vous appelés Fauve et pourquoi l’avoir conjugué au singulier?

Parce que nous ne sommes pas des fauves au sens premier, c’est un qualificatif qu’on a trouvé pour essayer de définir ce vers quoi on voulait tendre en termes de fond et de forme, en termes d’esthétique comme en termes de propos. On voulait quelque chose qui soit urgent, abrasif, brut, sincère, un peu sauvage etc. Toutes ces notions qu’on a regroupées dans le qualificatif fauve.

Pourquoi le symbole ≠ (différent de) qui y est accolé ?

Le symbole on est tombé dessus un peu par hasard, à la base c’est le F de Fauve donc 2 barres horizontales et une barre verticale. Et puis on l’a gardé parce que Fauve a été créé et construit pour être un espace de liberté d’expression, comme pour avoir un exutoire, dans un processus thérapeutique. On voulait s’accepter un peu plus nous-mêmes. L’estime de nous-mêmes nous faisait quelque part défaut. Le symbole est là comme mantra visuel, comme pour dire chacun est un peu unique avec des parts d’ombre et des parts un peu plus lumineuses, pour célébrer l’unicité de chacun.

C’est pas un peu contradictoire avec le fait que vous êtes justement une entité, vous êtes une quinzaine à vous cacher derrière Fauve, fournissant un travail très personnel comme si c’était l’histoire d’un seul mec. Finalement vous n’êtes pas si différents les uns des autres ?

Il y a des choses qui nous rassemblent. Nos caractères sont très différents mais c’est vrai qu’on se rejoint sur certaines idées et sur certaines envies. Le « je » dans Fauve peut être, en effet très personnel à l’interprète mais pour autant tout le monde est d’accord et on va tous assumer et porter le sentiment exprimé.

Il n’y a donc pas de leader dans votre bande ? Comment arrivez-vous à vous mettre d’accord ? Un album vaut combien de disputes entre vous ?

(rires) Quasiment aucune en fait.
Il y a plusieurs casquettes dans Fauve, chacun a plus ou moins son rôle. Par exemple, la personne qui écrit les textes, centralise nos émotions, nos moments de vie à tous. C’est plus un travail de scripte, de greffier et on valide le rendu final. On se fait confiance mutuellement, on se connaît, depuis largement avant Fauve. Le noyau dur de Fauve c’est une bande de copains de plus de 10 ans, voire 20 ans. On est bienveillant les uns envers les autres et c’est pour ça qu’on peut se dévoiler en toute intimité.

En vous livrant autant dans vos textes et en vous y mettant à ce point à nu, est-ce que vous êtes conscients que vous attisez la curiosité du public. On a envie de mettre un nom et un visage sur ce discours. Pourquoi le choix de l’anonymat ?

On ne pourrait pas se mettre à nu autant si justement on n’avait pas ce filtre. La scène c’est comme un confessionnal. On vide notre sac parce qu’on sait que ça ne sortira pas des murs. On est comme des internautes qui se livreraient sur internet plus facilement parce qu’ils sont derrière un avatar. Notre album c’est comme une conversation privée. C’est justement parce qu’il n’y a pas beaucoup de pudeur dans les textes qu’on a besoin de rester discrets sur qui on est. Si quelqu’un délivrait un truc aussi impudique si en plus il commençait à se mettre en scène par rapport à ça il y aurait quelque chose de fake.

Cette rage qui anime vos textes c’est du vécu ou c’est plutôt une observation factice de la société et ses problèmes ?

C’est toujours du vécu. Il n’y a pas de fiction dans fauve. Ce qui nous fait du bien de mettre des mots sur ce qu’on vit, toujours dans une approche thérapeutique, pour exorciser nos angoisses. Le bilan de ces 2 albums est super positif sur nos perceptions de la vie. On a une immense gratitude vis à vis du projet vis-à-vis des personnes qui le font vivre. C’est une aventure incroyable.

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Et il n’y a pas de nouvelles angoisses qui apparaissent avec le succès ? La peur que tout ça s’arrête, par exemple ?

Si ça crée plein de nouvelles angoisses mais pas celle là. On n’a pas forcément souhaité le succès donc on n’a pas envie de s’y accrocher. L’angoisse numéro 1, c’est que l’ampleur que prend de ce projet fasse qu’on en perdre un petit peu l’essence. C’est pour cette raison qu’on est extrêmement fier de tout faire par nous-mêmes et de faire appel à Warner, uniquement pour la distribution. On réalise nos clips, nos artwork, notre musique, on est déjà très structuré. C’est hyper rare d’obtenir un contrat de distribution sans être signé, ça n’arrive à personne ou peut-être à Booba uniquement.

Vous écoutiez quoi quand vous étiez gosses?
Enfant t’écoutes ce que tes parents écoutent, donc nos parents c’étaient les Beatles, Patricia Kaas et Eddy Mitchell, Céline Dion ou encore du Souchon. Après, début d’adolescence c’étaient plutôt Ace of Base, les Spice Girls, Gala, puis un peu plus tard Blink 182, Limp Bizkit, Nirvana, Radiohead en rap français NTM et IAM. On n’a jamais été très pointu dans nos influences parce qu’aussi on n’est pas issu de familles d’érudits de musique. Il n’y a pas eu d’initiation familiale, la musique est un peu arrivée par hasard dans nos vies.

En quoi vieux frères II est-il différent de vieux frères I ?

Il est plus apaisé et lumineux. Au début de Fauve, on avait vraiment un regard critique et noir sur ce qu’on vivait, en tout cas une insatisfaction certaine et grâce au projet, on a été amené à vivre une aventure belle et hyper enthousiasmante avec des choses plus agréables à raconter donc une grande partie du disque est plus positive, plus fouillée aussi. Plus de variété dans les instruments et dans les sonorités.

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Elle ressemble à quoi la femme idéale de Fauve ?

Fauve Hautot la danseuse ! (rires) Plus sérieusement, une fille carrément sauvage mais qui se laisserait apprivoiser. Je dirais, une personnalité assez forte, quitte à ce qu’elle soit imprévisible et impertinente mais si on creuse un peu, qui serait surtout pleine de gentillesse et de tendresse. Il y a surement trop de dureté en elle mais la nana du film « les combattants » correspondrait bien à l’idée, il y a un contraste assez fort entre son look avec son visage enfantin, de poupée et en même un esprit un peu barré, sauvage et sans limite. Elle nous plait bien.

https://www.youtube.com/watch?v=pr2tHk1XW28
Une anecdote marrante de festival pour finir cette interview ?

La date à Ward’in, l’équipe avec qui on travaille et qui fait la mise en place, nous avait préparé un tas de petites blagues, ils avaient remplacé l’eau des bouteille d’eau par de la vodka, ils avaient mis de la farine sur les caisses de batterie, du scotch sur le micro. Au début on en riait, et puis d’un coup tout s’éteint, et là on s’est dit merde, les mecs ils vont un peu loin! On peut même plus jouer et non en faite il y a vraiment eu une coupure de courant due à un problème d’alimentation et on se regardait tous sans trop savoir quoi faire, maintenant on en rigole, c’était marrant.