Dries Van Noten: l’expo stylée de ce début d’année

Publié le 16 février 2015 par ELLE Belgique
Dries Van Noten: l’expo stylée de ce début d’année

 

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Dries Van Noten expose ModeMuseum d’Anvers. C'est le Dries Code.

Le génial créateur anversois se permet tout et ça lui réussit.  Son apparence n’est qu’un camouflage. La partie émergée d’un iceberg, les prémices d’un incendie. Car sous l’aspect monacal du créateur se terrent des volcans. Ils entreront en éruption au ModeMuseum d’Anvers, à l’occasion d’une exposition maelström, initiée au Musée des arts décoratifs de Paris il y a un an, et « remastérisée » ici dans une version qui ressemble à l’originale sans être identique.

Des fleurs géantes à la manière d'un tableau.
Des fleurs géantes à la manière d'un tableau.

 

Voilà le résultat : une mise en scène enchaînant les atmosphères et les thématiques stylistiques, des pièces qui reflètent les sources d’inspiration  de DVN, des références historiques, artistiques, ethniques, cinématographiques, musicales ou géographiques. La beauté, la laideur, la jeunesse, le foppish (un dandysme frisant le kitsch) et puis l’Orient, l’Espagne, Bollywood… Bref, une déferlante. Paradoxe, ce génie créatif reclus dans ses sublimes entrepôts des docks d’Anvers, ce sédentaire qui ne voyage jamais si ce n’est pour se délasser quatre jours par an à Capri, a fait de la planète entière sa boîte à outils. Tel un commerçant flamand du XVIIe siècle habitué à voir venir à lui les épices, le métis, les brocarts, il convoque le monde dans ses ateliers. Et, pour en maîtriser les effluves, pour contenir la fougue de ce qui l’inspire au fil des jours, il applique à toute chose des règles acquises chez les jésuites. Régularité des horaires et des collections, rigueur dans les coupes, mécanique d’horlogerie qui tourne à la sorcellerie. Car de cette astreinte naissent des splendeurs. Elles infusent ses robes, ses manteaux, ses vestes, ses accessoires. Sous la charge et les filtres, les couleurs explosent, les textures s’hybrident , la transe devient communicative.

L'art de l'imprimé, la science des couleurs.
L'art de l'imprimé, la science des couleurs.

Des fleurs comme échappées d’un tableau du Douanier Rousseau. Le rouge, fort et puissant, comme chez Mark Rothko, la lumière bleue si particulière de la grotte de Capri, une gestuelle, une atmosphère, pour Dries, tout peut être le point de départ d’une collection. Et puis, il y a les couturiers, les créateurs, les artistes qui l’inspirent eux aussi et ils sont nombreux : Yves Saint Laurent, Chanel, Thierry Mugler, Jean-Paul Gaultier, Elsa Schiaparelli ou Christian Dior… et, pêle-mêle, Yves Klein, Gerhard Richter, Van Dongen, Francis Bacon, Jackson Pollock, Damien Hirst, Van Dyck, Boldini… « Avions-nous le droit de mettre la mode sur le même plan que la peinture, la musique ou le cinéma ? Je laisse aux visiteurs le soin de nous dire si nous avons eu raison de manquer de modestie. » Dans ce portrait chinois livré sous la forme d’un cabinet de curiosités, les années 80 sont à la parade. Elles l’ont formé. « Quand je suis entré à l’Académie des beaux-arts d’Anvers, à 18 ans, en 1976, le punk voisinait avec Versace. Les créateurs japonais comme Yamamoto débarquaient. Je me suis nourri de ce mélange. Je me suis abreuvé des Sex Pistols, de David Bowie, Serge Gainsbourg, Jimi Hendrix. Dans ces années-là, chaque saison apportait son lot de surprises. Dans le même temps, on pouvait voir les vestes hyper épaulées de Montana et de grands pulls à trous. » Ces confrontations, ces téléscopages sont au cœur de l’exposition car les créations de Dries se nourrissent des constrastes et de la dualité. Les tissus connotés féminins, comme la dentelle, habillent l’homme; les coupes masculines défilent dans les collections femmes. L’esprit d’escalier s’est installé sur la plus haute marche.

Le mélange inattendu d"imprimés et de broderies géantes.
Le mélange inattendu d"imprimés et de broderies géantes.

Si l’or est partout, c’est que l’usage de cette couleur est familier pour Dries Van Noten. « Je l’utilise constamment, dit-il. L’or est double, à la fois symbole de luxe, d’opulence, de beauté, mais aussi de bling-bling et de vulgarité. Or, ce que j’aime, c’est trouver la balance entre des sentiments contradictoires. Arriver à ce point d’équilibre où les oppositions s’accordent sans pour autant se neutraliser. Dans l’objet final, les éléments contraires demeurent présents mais sont en harmonie. L’agressivité punk se marie à la douceur de la soie et chacun s’en étonne. Pour atteindre ce but, j’avance, je recule, je retouche, je peaufine. » Comme un sculpteur, comme un peintre.

De tous les couturiers, Dries Van Noten est le seul à créer tous les tissus de ses collections. En cela, il s’affirme comme un plasticien d’exception. Et, là encore, l’envers vaut l’endroit. Pour preuve, il a choisi pour orner la couverture du livre qui accompagne l’exposition non pas l’endroit, mais l’envers d’un tissu du Musée des arts décoratifs. Et c’est ainsi que, fort de son jugement dernier, cet artiste condamné aux envers titille le paradis.

Ses inspirations

« Dries Van Noten - Inspirations », du 13 février au 19 juillet, au MoMu à Anvers. Infos : www.momu.be

Philippe  Trétiack avec Laurence Descamps