Noël, cet enfer

Mis à jour le 16 février 2018 par Juliette Debruxelles
Noël, cet enfer

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Pour certains, la période des fêtes est un moment de grâce. Pour d'autres, ça ressemble à un fameux bad trip. 
Ceux-là redoutent plus que tout l'apothéose du 24 décembre et son cortège d'obligations. Parce que personne ou presque n’a envie de vivre ça. La magie, le feu qui crépite, la chaleur du foyer, ça va bien. À part dans une rediffusion de “La petite maison dans la prairie” (ou dans votre famille, la vôtre, seulement la vôtre), Noël n’est plus ce moment de grâce où bons sentiments et étreintes sincères ponctuent un repas simple mais savoureux en hommage à la naissance du petit Jésus (car pour les moins informés, Noël, c’est ça, une célébration de la naissance du Christ, et pas seulement une occasion d’ouvrir les magasins le dimanche).
Qui se réjouit de se retrouver coincée à table, moulée dans une robe en lurex qui gratte, frôlant la cuisse de tonton Jacques pendant qu’il aspire le jus de ses huitres ? Qui supporte encore les regards goguenards des vieux bilouteux présents, rendus imperméables à tout contrôle social en raison de leur âge avancé ?
Alors oui, Noël c’est l’amour qui nous vient du ciel. C’est le partage, la cohésion. C’est cette impression de parenthèse dans le rythme effréné de nos existences absurdes.
Mais c’est aussi le saumon fumé rose fluo, le Faux-Gras de Gaïa, la bûche qu’on a envie de balancer au prochain qui aura “une pensée pour les pauvres” la bouche pleine de purée de châtaignes. C’est cette bonne idée de Bobonne d’allumer la télé pour un “Signé Taloche” qui provoquera immanquablement quelques rires gras dans le chef du nouveau copain de notre cousine. C’est voir que maman est au bord de l’évanouissement, et que papa a vidé tout le schnaps. C’est ne pas trouver d’anxiolytiques dans la pharmacie familiale.
C’est, à minuit, si tout va bien, lever un verre en marmonnant des “joyeux” quelque chose.
Et voir venir les cadeaux. Jamais beaux. Toujours cheap. Même quand ils sont chers. Les cadeaux qui obligent à “donner trois baises”. Et le parfum déballé qui n’est jamais le bon. Et la paire de chaussettes qui est trop petite parce que tout le monde croit encore qu’on a 11 ans (même que si on a de la chance, un des vieux bonshommes présents nous fera “pouet-pouet” sur les tétons pour voir si ça pousse).
C’est le bouquin qui rejoindra la pile d’autres bouquins. C’est l’enveloppe, tendue par les doigts tremblants de ceux qui n’ont jamais rien compris à la conversion entre le franc belge et l’euro, sauf quand il est question de filer une dringuelle.
Ce sont toutes ces déceptions. Parce qu’on y croit encore, à la wishlist qu’on a copié-collé sur Facebook. On se dit qu’il y aura bien un convive connecté qui aura eu l’idée de la consulter. Mais Noël, tel un microclimat, semble couper le monde d’une connexion internet convenable à l’aube de se jeter dans la frénésie d’achats.
C’est dire “merci” et “Oups, c’est tombé, merde, c’est cassé”.
C’est prier fort pour que quelqu’un remette sur le tapis cette vieille histoire d’infidélité entre papy et mamy, et que ça s’empoigne façon "Festen" pour mettre un peu d’ambiance. C’est se résigner et se mordre la langue pour ne pas réagir aux mots “Zemmour”, “Grève”, “Sans-papiers” et “Prince Laurent”.
C’est convaincre Papou qu’il est trop cuit pour prendre la bagnole, et l’héberger, avec sa marmaille. Les retrouver au petit matin, ivres de cougnoles (trolls de tout pays, modérez-vous, oui, vous avez le droit de dire « cougnoux ») et d’impatience de rentrer chez eux pour regarder “Le gendarme en balade” (le 25/12 à 13h40 sur La Une).
C’est laisser passer le moment, et attendre un jour ou deux pour appeler ses parents, ses amis, ceux qui nous font du bien, et leur dire qu’on les aime vraiment. Pas sur commande. Pas seulement quand il y a des guirlandes. C’est promettre d’être gentil toute l’année, et se garder ce soir-là pour s’autoriser à râler.